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119 min, 2000, France

Synopsis

Elle vient chez lui, l'après-midi, ils font l'amour. Ils ne se parlent pas, mais il doit se passer quelque chose entre eux parce qu'ils se lèvent ensemble et se couchent à côté de la table, sans un mot.

La semaine suivante, à la même heure, elle est à la porte. Ils se déshabillent immédiatement.

Si le sexe est un moyen de rencontrer et de connaître les gens, que sait-il d'elle ?


Réalisateur

Patrice Chéreau a d'abord commencé sa carrière au théâtre en 1964. Il est à la tête du Théâtre de Satrouville près de Paris entre 1966 et 69; travaille pour le Piccolo Theatre à Milan de 1969 à 73 et met en scène son premier opéra en 1969. Il dirige ensuite le Théâtre National Populaire de 1973 à 78 devient co-directeur du Théâtre des Amandiers à Nanterre entre 1982 et 90.

Egalement scénariste et acteur (on l'a vu notamment dans le rôle de Napoléon dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine), il réalise en 1974 son premier long métrage La Chair de L'Orchidée. En 1994, son sixième film La Reine Margot lui vaut la consécration en remportant le prix du Jury et le Prix d'Interprétation Féminine (pour Virna Lisi) à Cannes et le César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani. Le film connaît également un gros succès public. En 1998, Chéreau retrouve la compétition cannoise avec Ceux qui m'aiment prendront le train qui lui vaut l'année suivante le César du meilleur réalisateur. Tourné entièrement en anglais à Londres, Intimité est son huitième long métrage et a remporté l'Ours d'Or et le Prix d'Interprétation Féminine (Kerry Fox) au dernier festival de Berlin.


Filmographie :
1975 La Chair de l'Orchidée
1978 Judith Therpauve
1983 L'Homme Blessé
1987 Hôtel de France
1993 Le Temps et la Chambre
1994 La Reine Margot
1998 Ceux qui m'aiment prendront le train
2000 Intimité


Critique

Critique

Un homme qui dort. Recroquevillé sur son lit, la main ouverte glissée entre ses jambes, dans une improbable pause. Lentement, la caméra glisse sur ses jambes dénudées. Dès les premiers plans de son nouveau film, Patrice Chéreau annonce son projet : filmer le corps humain au plus près, dans l'intimité suggérée par le titre.

Cette ambition est un désir qui travaille de plus en plus le cinéma français dans des films aussi divers que Romance ou Baise moi. Mais c'est aussi l'aboutissement en quelque sorte du travail de Chéreau qui a toujours mis le corps de ses acteurs au premier plan. C'est ce qui faisait d'ailleurs toute l'originalité d'un film comme La Reine Margot, fresque historique dont les décors s'effaçaient au profit des comédiens, le corps tenant lieu de décor.

On retrouve donc tout cela dans les premières images d'Intimité où la caméra d'Eric Gautier épouse la silhouette de Mark Rylance, corps au repos avant d'être secoué par le désir lorsque la sonnette de la porte retentit et qu'entre l'inconnue qu'il rencontre chaque mercredi après-midi. Et Chéreau d'enchaîner les séquences les plus érotiques de son cinéma, d'entrée de jeu de donner à voir la chair sans fausse pudeur, montrant le sexe tendu de son acteur (objet du désir de moins en moins obscur au cinéma) et le rapprochement de deux corps. Entre crudité et esthétisme (voir la scène où Jay arrange la posture de Claire avant de la contempler), le cinéaste trouve la bonne distance pour filmer les plus belles scènes de sexe vues depuis longtemps sur grand écran.

Certes, Intimité ne se limite pas à ces moments-là. Il y a fort à parier qu'on en entendra beaucoup parler, qu'il ne sera question que de cela, comme à Berlin, comme à Sundance. Mais si on ne "réduire" le film à ces seules séquences, on peut le juger à l'aune de celles-ci. Filmer l'amour physique n'est pas facile, c'est un des grands paris du cinéma et on comprend rien qu'à la vision des corps mêlés de Mark Rylance et de Kerry Fox qu'on a affaire à un film passionnant et à un grand cinéaste.

Mais comme le dit Chéreau lui-même, il y a 35 minutes de sexe dans Intimité, donc une heure et demie d'autres choses. Ce film est en fait un film double, mêlant d'ailleurs deux récits d'Hanif Kureishi, La Veilleuse, nouvelle qui donne l'argument originel, et Intimité, roman qui raconte paradoxalement la partie peut-être la moins réussie du film, celle où Jay se remémore comment il a quitté sa femme. Travaillant à la fois avec Kureishi et Anne-Louise Trividic, Chéreau en profite aussi pour greffer ses propres interrogations en faisant de Claire une comédienne qui joue chaque soir dans le sous-sol d'un pub où le théâtre est à côté des toilettes.

Histoire d'attraction amoureuse formidable dans ses silences (les scènes d'amour, les scènes de filature), plus traditionnelle dans ses scènes écrites (qui peuvent aussi se révéler passionantes comme les échanges entre Jay et Andy), Intimité est fascinant en ce qu'il concentre l'essence même du cinéma de Chéreau : filmer la grâce nue de ses acteurs écorchés.

Yannis Polinacci

FILM CREDITS
Réalisation Patrice Chereau
Scénario Anne-Louise Trividic, P. Chereau
Photo Eric Gautier
Montage Francois Gedigier
Décor Hayden Griffin 
Costume Caroline de Vivaise 
Musique Eric Neveux  
Interprètes
Mark Rylance
Marianne Faithul
Kerry Fox
Timothy Spall
Phillipe Calvario
 
Contact Charles Grassot  
TELEMA FILMS 
Agent/Distributeur Studio Canal  

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