|
|
|
147
min, 2000, United States
|
|
| Synopsis |
|
Trois histoires très
diverses sur le sujet de la drogue :
Javier Rodriguez travaille
dans la brigade antidrogue mexicaine sur la frontière avec les Etats
Unis. Lors d'une mission dûment exécutée, il rencontre le
Général Salazar et ses troupes qui se sont donné pour mission
d'exterminer les trafiquants de drogue. Dans un milieu où la corruption
fait loi, Javier ne tardera pas à découvrir tous les dessous d'une
dangereuse lutte pour le pouvoir entre clans rivaux.
Aux Etats Unis, le juge
Robert Wakesfield vient d'être nommé par la Maison Blanche à
la tête de la lutte antidrogue. Passant de plus en plus de temps à
Washington ou au Mexique, Wakesfield délaisse sa famille et se retrouve
saisi d'impuissance lorsqu'il découvre que sa fille est toxicomane.
A San Diego, Helena et Carlos
Ayala forment un couple respecté ayant pleinement réussi leur
ascension sociale. Alors qu'elle est enceinte, Helena voit son univers basculer
lorsque son mari est arrêté par la police et accusé d'être
l'un des responsables d'un trafic de drogue d'envergure. Rejetée par
ses amis, menacées par les associés de son mari, Helena n'a bientôt
pas d'autre choix pour protéger son enfant et son futur bébé
que de reprendre les affaires de son mari...
|
Réalisateur |
|
Né en 1963 en Géorgie,
Steven
Soderbergh s'intéresse de façon très précoce
au cinéma et commence à tourner des petits films dès l'âge
de treize ans. En 1986, il réalise un documentaire sur le groupe de rock
"Yes" intitulé 9012 Live qui est cité au Grammy
de la meilleure vidéo musicale.
En 1988, il réalise
d'après un scénario qu'il a lui-même écrit, Sexe,
Mensonge et Vidéo qui lui vaut, alors qu'il a tout juste 26 ans,
de remporter la Palme d'Or du Festival de Cannes 1989 et le Prix d'Interprétation
Masculine pour James Spader. Soderbergh enchaîne ensuite avec des films
divers qui lui valent la réputation de réalisateur doué
mais encore cantonné aux exercices de style.
Plus proche du cinéma
indépendant que de l'industrie, le style de Soderbergh va pourtant s'épanouir
à Hollywood. L'élève doué va ainsi rapidement devenir
une valeur sûre du marché américain. C'est Hors d'Atteinte
qui amorce cette transformation. Cette adaptation d'Elmore Leonard avec George
Clooney et Jennifer Lopez va en effet conquérir à la fois le public
et la critique. Plus expérimental et indépendant, L'Anglais
avec Terence Stamp, est présenté à Cannes en 1999 et marque
une pause dans l'ascension de Soderbergh qui explosera définitivement
l'année suivante avec Erin Brokovich, l'un des plus gros succès
de l'année 2000 aux Etats Unis. Ce film, ainsi que Traffic, lui
valent (encore un autre exploit) d'être doublement nominé aux oscars
comme meilleur réalisateur, les deux films se partageant chacun cinq
nominations, dont celle du meilleur film (pour les deux) et celle de la meilleure
actrice (pour Julia Roberts dans Erin Brokovich).
Filmographie :
1989 Sexe, Mensonge et Vidéo
1992 Kafka
1993 King of the Hill
1995 A Fleur de Peau
1996 Schizopolis
1997 Gray's Anatomy
1998 Hors d'Atteinte
1999 L'Anglais
2000 Erin Brokovich
2001 Traffic
|
Critique |
C'est en voyant la minisérie
télévisée britannique Traffik, diffusée à
la fin des années 80 en Angleterre, que la productrice Laura Bickford
a l'idée de transposer au cinéma ces intrigues croisées
qui exposaient de façon très documentée le trafic de drogue
entre le Pakistan et la Grande Bretagne. Elle confie tout de suite son idée
à Steven Soderbergh dont elle connaît l'habileté à
maîtriser des histoires imbriquées les unes dans les autres.
Au vu du résultat,
on peut dire que son choix est d'une grande justesse. Assouvissant de front
son goût pour l'expérimentation notammant dans l'usage des filtres
et d'un montage en "jump cut", et son goût pour la direction
d'acteurs, avec un casting de rêve comptant Catherine Zeta-Jones, Michael
Douglas et Benicio Del Toro, Soderbergh est avec Traffic fidèle
à sa réputation.
Pourtant, malgré
cette évidente et parfaite maîtrise, Traffic souffre de
plusieurs défauts. Grand film dossier à l'américaine (genre
que Tavernier a adapté en France avec des films comme Ca commence
aujourd'hui ou le plus réussi L627), Traffic aborde
tous les points de vue possible sur la lutte anti-drogue, tentant de caser dans
ses répliques et ses personnages toutes les données du problème.
Cela donne parfois des scènes incongrues, comme celle où le petit
ami de la fille de Michael Douglas se met soudain à expliquer à
celui-ci pourquoi les habitants noirs d'un quartier défavorisé
se sont mis au trafic, voire dangereuses, la fille de Douglas touchant le fond
lorsqu'elle se retrouve à faire l'amour avec son dealer black. Dans ces
moments-là, Traffic sent à plein nez le politiquement correct,
voulant éloigner de façon sérieuse et systématique
le moindre point de vue subversif sur le sujet.
Mais certaines histoires
sont meilleures que d'autres. Et si, on l'aura compris, celle qui concerne le
personnage de Michael Douglas est la plus faible, les deux autres ne manquent
pas de tension, même si dans l'histoire de Zeta-Jones, Soderbergh préfère
le point de vue documentaire à une mise en scène mettant en valeur
la dimension presque tragique du dilemne du personnage (va-t-elle ou non poursuivre
les affaires de son mari ? La question est à peine posée face
à une machine qui paraît trop implacable).
En fin de compte, la partie
la plus réussie du film est peut-être celle du Mexique avec Benicio
Del Toro. Même si Soderbergh s'y laisse aller à ses défauts
de débutants (un style un peu gratuit), il y gagne en liberté,
fonçant caméra au poing (Soderbergh a été sur le
tournage de Traffic son propre caméraman et son propre chef opérateur)
dans un univers très réaliste, donnant les images de la frontière
mexicaine les plus fortes dans le cinéma américain depuis La
Soif du Mal de Welles. Malgré le "trafic" de filtres, qui
colorent peut-être inutilement l'image, cet épisode est peut-être
celui qui obéit le moins à la volonté de démonstration
du projet. Car ce qui fait la faiblesse de Traffic, film citoyen qui
a le grand mérite de faire débat, c'est de tordre le réel
aux dimensions de la fiction, alors qu'il tire ses plus beaux moments d'un simple
regard sur le monde.
Yannis
Polinacci
Critique 2
Il y a l'année Ridley Scott (Gladiator et Hannibal) mais il y a aussi l'année Steven Soderbergh, d'Erin Brockovich à Traffic. Et la seconde vaut bien la première. L'incroyable parcours de l'américain vainqueur à Cannes à 26 ans avec Sexe, Mensonges et Video, en 1989, est à lui seul un sacré " trafic " à travers le cinéma, de l'Europe à l'Amérique, et dans la jungle des studios. Il n'aura pas à rougir de son sacre annoncé et possible aux prochains Oscars, car il ne traduit en rien un renoncement ou un reniement des grands principes du cinéma d'auteur,même produit à l'ombre des majors et des stars.
Le combat d'Erin/Julia Roberts n'était pas pour la Columbia qui l'a produit une garantie de succès : et le triomphe public et critique est venu comme une divine surprise. Aujourd'hui, sur le papier, Traffic repose sur des bases peut-être plus consensuelles, mais en apparence seulement. En s'inspirant librement du principe d'une émission de la télévision britannique, Soderbergh fait une œuvre polyphonique et foisonnante, une fresque où les couleurs servent de repère à une histoire dont on ne perd jamais le fil, par la force de ses personnages et de sa mise en scène exceptionnelle.
Tout commence dans la lumière blanche et saturée du Mexique, dans la poussière des routes qui mènent vers la frontière, le lieu clef : celui du passage clandestin de la poudre blanche vers l'Amérique, où elle va s'emparer de toutes ses victimes potentielles, des plus jeunes aux plus âgés, des plus pauvres aux plus riches, de la jet set de Washington ou de Los Angeles aux ghettos blacks des grandes métropoles.
Tout continue dans la lumière dorée de San Diego, où œuvre dans l'ombre le grand ordonnateur du trafic sur le sol des Etats Unis. Marié à une jeune et superbe femme, père de famille puissant mais rangé en apparence, voilà qu'on vient soudain l'arrêter à son domicile, suite à de lourds soupçons,même s'il manque la preuve majeure, l'aveu qui le démasquera pour de bon. Son épouse, qui tombe des nues, va prendre le relais, terrorisée par les menaces qui s'abattent sur elle, et sur son jeune fils…
Tout va se dénouer dans la lumière froide de Washington, où le président des USA nomme un Monsieur Anti Drogue chargé de s'attaquer frontalement au fléau qui corrompt toute la société. Ce fringant quinquagénaire va lui aussi tomber des nues quand il va s'apercevoir que sa propre fille âgée de l7 ans cache et consomme des stupéfiants jusque sous le toit familial… Voilà pour les trois décors, les trois actes qui vont s'entrecroiser sous nos yeux pendant deux heures trente palpitantes et superbes.
Le code des couleurs est très important dans Traffic : ce n'est pas pour rien que Soderbergh s'est caché sous un faux nom pour être lui même le chef opérateur de son propre long métrage. Il a aussi choisi un casting étonnamment riche, pas seulement au niveau des stars. Car Michael Douglas et Catherine Zeta Jones, certes magistraux, se sont voler la vedette par l'acteur qui joue le flic mexicain, Benicio Del Toro, déjà titutaire d'un Golden Globe, et candidat aux Oscars. C'est ce foisonnement étonnant qui fait la force de Traffic : ce mélange réussi de drame familial classique (le grand foyer bourgeois de Washington touché de plein fouet ) de polar façon Parrain et Coppola à San Diego autour de Catherine Zeta Jones, et de film heurté et violent à la mise en scène saccadée côté mexicain, où règnent la torture et la corruption.
En mêlant le suspens pur, le thriller, l'enquête sociale, et le regard politique, Steven Soderbergh signe l'un des films les plus forts de ce printemps, comme une drogue aux effets puissants qui se prolongent longtemps après la projection.
Michel PASCAL
|
|
|
FILM CREDITS
|
| Réalisation |
Steven Soderbergh
|
| Scénario |
Simon Moore/ Stephen Gaghan
|
| Photo |
StevenSoderbergh |
| Montage |
Stephen Mirrione
|
| Décor
|
Philip Messina |
| Costume |
Louise Frogley |
| Musique |
Cliff Martinez
|
| Interprètes |
Michael Douglas
Don Cheadle
Benicio del Toro
Dennis Quaid
Catherine Zeta Jones
|
| Contact |
|
|
BEDFORD FALLS ENTERTAINMENT GROUP |
| Agent/Distributeur |
|
|
|