Au départ du projet,
il y a un livre, le bestseller "Pleure pas Germaine" de Claude Jasmin.
Alors qu'il est se trouve au Québec, dans un aéroport, Eric van
Beuren décide d'acheter un roman pour emplir ses longues heures d'avion.
Ce sera Pleure pas Germaine, un choix heureux et... un coup de foudre
immédiat. "Quel éblouissement!" écrit-il à
propos du livre. "J'étais embarqué jusqu'à la fin.
C'est un roman de la misère des villes, comme en firent Zola et Hugo,
les seuls romans qui durent parce qu'ils sont durs, parce qu'ils vont chercher
l'âme humaine dans son plus profond et son plus vrai. La rencontre avec
l'auteur Claude Jasmin fut un enchantement."
Comme caméraman et
producteur (La Nuit Sacrée de Marion Hänsel, déjà
avec une actrice espagnole, Carmen Maura), Eric Van Beuren décèle
immédiatement les possibilités filmiques du roman. "J'ai
tout de suite lu des images dont l'humour, la générosité
et la poésie m'ont semblé vraiment contemporains" révèle-t-il.
Pour couper court à
la déception encourue face aux premières moutures du scénario,
Eric Van Beuren décide de faire appel à un jeune cinéaste
belge découvert à l'occasion d'une commande de télévision:
Alain de Halleux. Ce choix se révèlera aussi heureux. Alain de
Halleux apporte dans le projet toute sa fougue, toute sa passion et son empathie
pour une famille où l'amour et le courage tiennent la dragée haute
au malheur. "Pleure pas Germaine a un parfum de famille, un parfum familier"
confiet-t-il. "J'aime ça, moi, la famille. C'est un lieu d'amour,
de transformation et de conflit. Un révélateur puissant."
Pour les besoins du film,
l'histoire du roman, qui se situe au Québec, doit être transposée
en Europe. De plus, le personnage de Gilles, le père de famille, essentiellement
monologué dans le roman, doit prendre vie à l'écran. "Dans
le roman, Gilles nous raconte les évènements" remarque Alain
de Halleux, " et le cinéma va devoir nous les montrer. L'adaptation
a dû éliminer du roman le recours à la voix intérieure
et retenir des monologues tout ce qui pouvait servir aux dialogues du film".
Quant au voyage canadien, il devient dès lors une savoureuse odyssée
en fourgonnette de la banlieue industrielle de Bruxelles à l'air pur
des Pyrénées espagnoles.
Reste alors à trouver
l'actrice espagnole qui interprètera Germaine. Victoria Abril? Angela
Molina? La seconde se déclare très intéressée par
le rôle. Mais Alain de Halleux ne le voit pas cette oreille. Ce sera Rosa
Renom, la première actrice à s'être présentée
aux auditions à Barcelone. Comme pour parfaire la magie qui entoure ce
film, Alain de Halleux avoue: "Avant de faire le casting à Barcelone,
j'avais rêvé que la première personne que je verrais serait
Germaine. Et puis cette petite femme catalane est arrivée, et je me suis
dit: "Non, ce n'est pas possible, ce ne peut être elle". Et
pourtant, quand elle a commencé à jouer, j'ai du me rendre à
l'évidence: c'était elle!" Point de rêve cependant
pour le rôle masculin principal. Après des recherches infructueuses
dans la communauté française, Eric et Alain découvrent
finalement le flamand Dirk Roothooft. "Notre tension était à
son comble" note Alain. "Nous n'avions pas de doute que Dirk était
Gilles. Mais qu'arriverait-il s'il refusait ou s'il était déjà
booké? Il faut croire que Pleure pas Germaine devait se réaliser
car, deux jours après lui avoir envoyé le script, il nous fixa
rendez-vous à Anvers."
De la complicité
totale entre un producteur et un réalisateur amoureux du même livre,
et de l'excellente ambiance du tournage est né un film bouleversant et
drôle, où l'amour, la tolérance et l'acceptation de soi
se font jour au long d'un voyage profondément initiatique. Alain de Halleux
filme avec pudeur des personnages criants de vérité, une famille
un peu cassée, un peu perdue, mais jamais désunie, une famille
qui pourrait être la notre et qui est déjà celle des spectateurs
des festivals du monde entier.
Robin Gatto