Les savates du bon dieu  



GENERIQUE
Réalisateur Jean-Claude Brisseau
Scénario Jean-Claude Brisseau
Musique Jean Musy
Interprètes Stanislas Merhar, Raphaële Godin, Emile Abossolo M'Bo, Coralie Revel, Paulette Dubost
Durée 107 min

INTERVIEW JEAN-CLAUDE BRISSEAU

De quoi êtes vous parti pour écrire votre scénario ?

C'était à l'origine une commande. Mais tous les films que j'ai pu faire, y compris Noce Blanche, étaient à l'origine l'expression d'une interrogation sur le sens de la vie, du monde dans lequel nous sommes - mais ce n'est pas pour autant qu'il y avait des réponses. Je me débrouille malgré tout pour que les gens puissent éprouver de l'émotion et que ce côté interrogation ou philosophique n'empêche pas l'amusement. Les Savates du Bon Dieu procède d'une histoire d'amour et renvoie à une sorte de spectacle du monde indirect. Ces deux aspects, vision de la société et histoire d'amour, étaient mélangés dès le départ.

Le financement du film a été assez long - pourquoi ?

Vous avez pu remarquer qu'il y a pas mal de choses spectaculaires dans ce film, pas mal de déplacements. Du même coup, il y avait un minimum d'argent à obtenir, et du moment que je ne prenais pas de vedettes pour faire le film, le financement était plus difficile. Il y a une centaine de séquences différentes dans le film, la durée totale du tournage a été de 50 jours - vous en retirez 10 pour deux séquences - ça veut dire qu'il y a eu en gros 90 séquences à tourner en quarante jours ; ça fait plus de 2 séquences différentes par jour. Ca fait beaucoup. Heureusement qu'il n'a pas trop plu.

La scène dans la cité était-elle difficile à tourner ?

Elle était évidemment difficile à tourner, il y avait des flammes de 20, 30 mètres de haut. Les deux héros sont entourés d'un cercle de flammes, sans compter tous les objets qui tombent du ciel. Rien que pour les flammes, il ne fallait pas abîmer les arbres, les immeubles, alors que les flammes se trouvaient à 3 mètres. Cela posait toute une série de problèmes ; le repérage du trajet du feu a été délicat. La première fois, il n'est pas parti comme il fallait, il a fallu tout recommencer. Pour une scène qui dure à peine 4 minutes à l'écran, nous sommes restés plus d'une semaine. Ce n'était pas agréable d'avoir la sensation d'être dans une cité après une émeute.

Vous avez déclaré être assez mécontent de la promotion du film...

Je suis très maladroit en ce qui concerne la publicité. L'affiche ne donne pas l'idée du contenu du film, du moins si j'écoute bien les réactions des spectateurs. Elle donne plus l'impression d'une histoire à la Bonnie & Clyde avec des jeunes gens français.

Vous avez été professeur de français avant d'être réalisateur. Pensez vous que d'une certaine manière le fait d'avoir transmis un savoir, des connaissances, vous a permis par la suite de mieux franchir le pas vers la réalisation ?

Il est certain que le fait d'avoir été enseignant m'a servi. Mais je me dois d'atténuer cela. Un jour un ami m'a dit : ne confonds jamais ton travail d'enseignant et ton travail d'artiste ou de cinéaste. En effet, un enseignant doit parfois recommencer 10 fois son travail de manière que chaque élève puisse redécouvrir le concept ou la vérité qu'on essaie de lui faire comprendre, alors que quand on est cinéaste, on doit éventuellement être plus énigmatique et laisser au spectateur le soin de deviner tout seul. Autrement dit, il ne faut jamais que le cinéaste souligne à gros traits de crayons ses intentions. Mais malgré tout, le fait de faire un travail en tant qu'enseignant qui m'obligeait à faire redécouvrir à chaque élève des concepts fondamentaux, ce travail du rapport à autrui m'a beaucoup aidé pour faire des films. Quand je veux faire passer quelque chose de complexe dans un film, je fais un travail de clarification pour ne laisser au spectateur que le minimum nécessaire à sa compréhension du film.

Robin GATTO