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INTERVIEW
JEAN-CLAUDE BRISSEAU
De quoi
êtes vous parti pour écrire votre scénario ?
C'était à l'origine une commande. Mais tous les films que j'ai
pu faire, y compris Noce Blanche, étaient à l'origine
l'expression d'une interrogation sur le sens de la vie, du monde
dans lequel nous sommes - mais ce n'est pas pour autant qu'il
y avait des réponses. Je me débrouille malgré tout pour que les
gens puissent éprouver de l'émotion et que ce côté interrogation
ou philosophique n'empêche pas l'amusement. Les Savates
du Bon Dieu procède d'une histoire d'amour et renvoie
à une sorte de spectacle du monde indirect. Ces deux aspects,
vision de la société et histoire d'amour, étaient mélangés dès
le départ.
Le financement du film a été assez long - pourquoi ?
Vous avez pu remarquer qu'il y a pas mal de choses spectaculaires
dans ce film, pas mal de déplacements. Du même coup, il y avait
un minimum d'argent à obtenir, et du moment que je ne prenais
pas de vedettes pour faire le film, le financement était plus
difficile. Il y a une centaine de séquences différentes dans le
film, la durée totale du tournage a été de 50 jours - vous en
retirez 10 pour deux séquences - ça veut dire qu'il y a eu en
gros 90 séquences à tourner en quarante jours ; ça fait plus de
2 séquences différentes par jour. Ca fait beaucoup. Heureusement
qu'il n'a pas trop plu.
La scène dans la cité était-elle difficile
à tourner ?
Elle était évidemment difficile à tourner, il y avait des flammes
de 20, 30 mètres de haut. Les deux héros sont entourés d'un cercle
de flammes, sans compter tous les objets qui tombent du ciel.
Rien que pour les flammes, il ne fallait pas abîmer les arbres,
les immeubles, alors que les flammes se trouvaient à 3 mètres.
Cela posait toute une série de problèmes ; le repérage du trajet
du feu a été délicat. La première fois, il n'est pas parti comme
il fallait, il a fallu tout recommencer. Pour une scène qui dure
à peine 4 minutes à l'écran, nous sommes restés plus d'une semaine.
Ce n'était pas agréable d'avoir la sensation d'être dans une cité
après une émeute.
Vous avez déclaré être assez mécontent de la promotion du film...
Je suis très maladroit en ce qui concerne la publicité. L'affiche
ne donne pas l'idée du contenu du film, du moins si j'écoute bien
les réactions des spectateurs. Elle donne plus l'impression d'une
histoire à la Bonnie & Clyde avec des jeunes gens
français.
Vous avez été professeur de français avant d'être réalisateur.
Pensez vous que d'une certaine manière le fait d'avoir transmis
un savoir, des connaissances, vous a permis par la suite de mieux
franchir le pas vers la réalisation ?
Il est certain que le fait d'avoir été enseignant m'a servi. Mais
je me dois d'atténuer cela. Un jour un ami m'a dit : ne confonds
jamais ton travail d'enseignant et ton travail d'artiste ou de
cinéaste. En effet, un enseignant doit parfois recommencer 10
fois son travail de manière que chaque élève puisse redécouvrir
le concept ou la vérité qu'on essaie de lui faire comprendre,
alors que quand on est cinéaste, on doit éventuellement être plus
énigmatique et laisser au spectateur le soin de deviner tout seul.
Autrement dit, il ne faut jamais que le cinéaste souligne à gros
traits de crayons ses intentions. Mais malgré tout, le fait de
faire un travail en tant qu'enseignant qui m'obligeait à faire
redécouvrir à chaque élève des concepts fondamentaux, ce travail
du rapport à autrui m'a beaucoup aidé pour faire des films. Quand
je veux faire passer quelque chose de complexe dans un film, je
fais un travail de clarification pour ne laisser au spectateur
que le minimum nécessaire à sa compréhension du film.
Robin
GATTO
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