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Critique
(critique
écrite par un non fumeur et fier de l'être dans un monde où bien
des rêves partent en fumée)
Le dernier
film phare de Michael Mann, Révélations, tire sa
force d'une histoire vraie, celle du plus gros scandale de l'industrie
du tabac des Etats Unis.
Tout commence au printemps 1993. Lowell Bergman, producteur de
l'émission vedette de CBS, "60 Minutes ", découvre sur le seuil
de sa maison un carton de documents confidentiels envoyés par
un employé anonyme de Philip Morris. Afin de décrypter ces documents
très techniques, Lowell Bergman finit par contacter Jeffrey Wigand,
ancien directeur du département Recherche et Développement du
troisième fabricant de cigarettes des Etats Unis, Brown & Williamson.
En refusant
tout contact, Jeffrey réveille le sixième sens de Lowell Bergman
qui dès lors ne mégotera pas sur ses efforts pour découvrir une
sombre vérité cachée, et convaincre Jeffrey de la révéler au grand
jour, sur l'antenne de CBS, malgré tous les dangers qu'implique
une telle audace..
De ce scandale
à très grande échelle, Michael Mann a tiré un film admirable,
effrayant, puissant, qui provoque dès les premiers instants une
terrible accoutumance émotionnelle.
Se départissant
du maniérisme glacé et glaçant qui, en provenance directe de Miami
Vice, marquait un peu trop Le Sixième Sens et Heat,
Michael Mann adopte cette fois ci un style brut, dont les flous
et les décadrages malades servent parfaitement un réel mouvementé
et son corollaire de vérités mises à mal par l'arène médiatique
et politico-financière.
Sans renier
son affection pour le suspense - et il y en a dans Révélations
- Michael Mann signe avant tout les portraits de deux hommes affaiblis
mais animés d'une foi farouche dans la défense de la vérité. Le
premier, Jeffrey Wigand, est selon les propres termes du second,
"un homme ordinaire mis sous une pression extraordinaire." Un
homme précipité sur une pente vertigineuse, victime d'une campagne
de dénigrement monumentale, et qu les malgré tous les obstacles
jetés sur son chemin de croix, poursuivra sa défense de la vérité,
jusqu'au bout, même au prix de son bonheur familial. Cet homme
perpétuellement sous tension est incarné avec une intensité extraordinaire
par Russell Crowe, visage livide et cheveux blancs à l'appui.
Face à lui,
Al Pacino est irréprochable dans le rôle Lowell Bergman, journaliste
d'enquête au passé d'agitateur gauchiste, pour qui une parole
est une parole et la vérité plus importante que les scores d'audimat,
la gloire et la reconnaissance des pairs ou les enjeux politico-financiers
de CBS (ça fait beaucoup).
Révélations
a provoqué quelques remous outre atlantique. Le patron de Brown
& Williamson a un temps menacé Disney, producteur du film, de
poursuites en justice. Mike Wallace, l'interviewer vedette de
" 60 Minutes " s'est offusqué du portrait parfois peu flatteur
que le film fait de lui. Tout semble s'être au final tassé dans
une indifférence dont même le fil a fait les frais, récoltant
à peine 30 millions de dollars au sacro-saint box office, soit
pas même la moitié de son budget.
Il serait
regrettable que le public français ne soit pas davantage au rendez-vous,
pensant que le sujet de Révélations n'est qu'un scandale de plus
sans intérêt au pays de l'Oncle Sam. N'oublions pas que deux procès
visant des fabricants de tabac sont actuellement en cours en France.
Voir Révélations et en parler peut donc s'avérer
être un acte citoyen contre la gigantesque hypocrisie qui entoure
un commerce mortel.
Pour l'anecdote,
signalons que pas une seule cigarette n'est montrée pendant les
2 heures 48 que dure les Révélations de Michael
Mann. Un choix certainement très délibéré de la part du réalisateur
qui affirme avoir arrêté de fumer grâce à ce film.
Robin
GATTO
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