Guinevere  




GENERIQUE
Producteur Jonathan King, Brad Weston
Réalisateur Audrey Wells
Scénario Audrey Wells
Image Charles Minsky
Montage Dody Dorn
Décor Stephen McCabe
Costumes Genevieve Tyrrell
Musique Christophe Beck
Interprètes Sarah Polley, Stephen Rea, Jean Smart
Durée 100 min
Distribution Nu Image/Millennium Films

Synopsis

Issue d'une riche famille d'avocats de San Francisco, Harper Sloane doit intégrer à la rentrée l'université de Harvard, section droit. Même si elle n'est pas bien sûre de bien vouloir y aller, sa mère Deborah, elle, en est persuadée. Au mariage de sa sœur aînée, Harper tombe sous le charme de Cornelius - Connie - le photographe irlandais du mariage qui a bien 30 ans de plus qu'elle. Tous les deux se sentent loin de cet univers d'apparat et commencent à se lier d'amitié autour d'une bouteille de champagne...

Critique (pour)

Harper a-t-elle trouvé son prince charmant ? Est-il ce photographe vieillissant, Cornelius, ayant connu sa petite heure de gloire au temps des hippies, Pygmalion fatigué donnant vie à des jeunes femmes en quête d'identité, statues sublimes de ses vieux fantasmes photographiques ?...

A travers la relation passionnelle qui se noue entre eux, Harper parvient à s'extraire - non sans douleurs - d'un environnement familial étouffant pour accéder, par successifs paliers de "décompression", à sa véritable conscience de femme et d'artiste. Mais cette libération n'est pas sans contraintes, qui imposent à Harper de veiller sur un Cornelius à la santé toujours plus chancelante, le vouant à une inéluctable déchéance physique et mentale.

A contre-courant des conventions hollywoodiennes qui éludent les questions de l'âge en amour, mais sans pathos excessif, Audrey Wells nous guide, à la lumière d'une permanente mansuétude, vers toutes les zones d'ombre d'un amour douloureux, au carrefour d'une mort annoncée et d'une renaissance. Avec pudeur et grâce, Audrey déroule lentement les fils que la tragédie noue autour de cet amour, jusqu'à une ultime séquence renversante de beauté. Stephen Rea prête ses traits fatigués et chaleureux à un personnage de professeur-séducteur mis à nu dans toutes ses contradictions et ses ambivalences, tandis que Sarah Polley irise de mille regards lumineux la pâle copie de femme qu'elle souffrait d'être avant de rencontrer son fragile mais providentiel libérateur.

Audrey Wells signe un film sensible, délicat, émouvant, pétri d'humanité, justement récompensé par le prix du Jury au 25° Festival de Deauville.

Critique (contre)

Une jeune fille riche menant une existence confortable et oisive au sein de sa famille bourgeoise tombe amoureuse d'un ténébreux photographe, beaucoup plus âgé qu'elle, qui l'initie à l'amour et à la vie d'artiste. Ce Pygmalion improbable collectionne en fait les conquêtes féminines qu'il métamorphose en artistes accomplies. Ses élèves, qu'il renouvelle tous les cinq ans, il les appelle ses Guinevere. On se demande comment une telle succession de clichés a pu valoir à Audrey Wells, scénariste et réalisatrice du film, le prix du scénario au festival de Sundance 1999 avant d'enlever à Deauville le Prix du Jury. On se demande aussi comment un spectateur normalement constitué peut croire au " charme " du terne Stephen Rea (un habitué des films de Neil Jordan) bien peu à son aise dans un rôle caricatural. Seule la belle et intriguante Sarah Polley (remarquée et remarquable dans De beaux lendemains d'Atom Egoyan) présente un intérêt dans ce film boursoufflé dont la mise en scène et le scénario, notamment dans la scène finale, flirtent allègrement avec la banalité quand ce n'est pas avec le ridicule ou le grotesque.

Yannis POLINACCI

Infos réalisatrice/scénariste

Audrey Wells commence sa carrière comme journaliste à la radio et consultante pour différents journaux. Elle obtient ensuite son diplôme de la réputée Université UCLA dans la section " production de films ". Elle a écrit depuis cette époque de nombreux scénarios dont celui de Michael Lehmann " Entre chien et chat ". Guinevere est son premier film en tant que réalisarice et scénariste. Il a obtenu le prix du meilleur scénario au festival de Sundance 1999 et le prix du jury Ex-aequo au festival de Deauville 99.

Infos acteurs

L'actrice canadienne Sarah Polley débute très jeune à la télévision, devenant entre 1990 et 1996 la vedette de la série "Road to Avonlea." De sa carrière cinématographique déjà riche et aux titres très divers, on retiendra surtout les Aventures du Baron Münchhausen de Terry Gilliam, Existenz de David Cronenberg, Exotica et De Beaux Lendemains (Grand Prix à Cannes 97) d'Atom Egoyan. Sarah Polley semble promise à un bel avenir hollywoodien.

Stephen Rea, comédien attitré de Neil Jordan (The Crying Game) était membre du jury du dernier festival de Montréal (le FFM).