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INTERVIEW
AGNES JAOUI, JEAN-PIERRE BACRI
AJ : "Quand
on a écrit "Cuisine et Dépendances," qu'on l'a joué
au théâtre, et qu'on nous a proposé de le mettre en scène nous
mêmes au cinéma, à l'époque on a dit non. Mais cette proposition
a fait son chemin dans ma tête...
F : Vous êtes vous répartis l'écriture entre les rôles féminins
et masculins ?
JPB : Tout à fait, j'ai dit à Agnès "Pars faire les filles !"
(rire) "Puisque tu n'a rien à faire aujourd'hui, va faire les
filles !" (rire) Alors elle m'a dit "Oui, mais toi qu'est ce que
tu fais ?" Et j'ai répondu : "Ben moi je vais faire les mecs !"
Plus sérieusement, quand on a écrit Cuisine et Dépendances, on
écrivait ensemble, et au moment où le schéma narratif, la construction
étaient terminés, au bout de 6/7 mois, on se mettait à écrire
les dialogues, chacun de son côté, pour confronter les scènes.
C'était un petit peu idiot de procéder de cette façon. A partir
d'un Air de Famille, on a commencé
à écrire tout à fait ensemble, y compris les dialogues. En ce
qui concerne votre question, il se trouve qu'on ne se répartit
pas les rôles. Agnès a bien évidemment une connaissance plus pointue
des femmes, mais comme je ne suis pas un imbécile, j'ai un peu
tendance à savoir moi aussi ce qu'est une femme, et vice versa.
On s'exprime plus en humains, qu'en hommes et femmes. La bêtise,
l'intransigeance et la mesquinerie sont très bien partagées entre
les sexes. Donc on écrit plus sur des caractères que sur des sexes.
" Au départ de ce film, on avait envie de parler des clans, des
chapelles, du sectarisme, des tribus, du fait que les gens se
groupent par références culturelles, que chacun croit détenir
dans son clan la vérité, et que tout ce qui n'est pas sa vérité
est de la connerie. On avait envie de parler de l'exclusion, du
fait que les gens sont si méprisants les uns envers les autres
à partir du moment où ils n'ont pas les mêmes références".
AJ : "Et on avait envie de montrer que de toute façon on est toujours
le snob, le connard d'un autre".
"Anne Alvaro est une actrice qui nous a procuré une émotion immense
au théâtre, et puisqu'on parle de cloisonnement, elle en apporte
une preuve supplémentaire, puisqu'il y aussi un cloisonnement
entre le théâtre subventionné dont elle fait partie et le théâtre
privé. Passer de l'un à l'autre est même mal vu. Nous, on va dans
les deux et à chaque fois qu'on a vu Anne Alvaro jouer, elle nous
a vraiment beaucoup émus. C'est une immense actrice, cela faisait
longtemps qu'on avait envie de travailler avec elle et de lui
proposer un rôle.
JPB : On avait vraiment envie de réunir tous les gens qu'on aime,
c'était comme un rêve, sans penser forcément "cinéma" ou "théâtre".
Moi j'attendais de travailler avec Anne Alvaro, donc on s'est
donnés l'occasion de travailler avec elle, comme avec tous les
autres.
Robin GATTO et Frédéric
LECONTE
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