Star Wars

Episode 1: La Menace Fantôme

 

Trucages
LUCAS PULVÉRISE LE RECORD DES EFFETS SPÉCIAUX

L'affiche de La Menace Fantômr

 

Plus de 90% des plans de La Menace Fantôme ont été partiellement ou entièrement réalisés sur ordinateur.

Avec 1 heure et 50 minutes de plans truqués, La menace fantôme devient à ce jour le plus long film de toute l'histoire du cinéma… pour ses effets spéciaux, soit 1836 plans numériques contre 229 dits " normaux " pour une durée totale de 2h et 13 mn. Pour avoir idée d'un tel chiffre, on doit se rappeler que Le Monde Perdu de Steven Spielberg ne comptait que 300 plans de dinosaures en 3D, totalisant 17 minutes d'effets numériques sur 2h 14 mn, et Alien4 La résurrection de Jean-Pierre Jeunet, 200 plans truqués en tout ; deux super-productions sorties à la même époque il y a seulement deux ans. Comme le rapporte Ned Gorman, l'un des cinq producteurs pour les effets visuels chez ILM, " faire un film d'une telle durée (en numérique) s'apparente à la fabrication d'un long métrage d'animation ".

Industrial Light & Magic (ILM), petite compagnie lancée en 1977 par George Lucas lui-même pour fabriquer les effets spéciaux du premier " Star Wars ", a dû mobiliser un bon tiers de son personnel (qui compte aujourd'hui 1000 personnes) pour livrer entre l'automne 1997 et le printemps 1999 une trentaine de plans par semaine avec des pointes à plus de 35 plans. Pour diriger cette troupe de magiciens sur ordinateur (mais aussi de maquilleurs, costumiers, décorateurs, maquettistes, modeleurs et marionnettistes), Lucas s'est entouré de cinq producteurs d'effets visuels (qui en gèrent le budget) et de trois " généraux ", les superviseurs, tous vétérans en la matière. John Knoll, l'un des inventeurs du logiciel Photoshop, qui a notamment été patron des " SFX " sur Mission Impossible et sur Star Trek Premier Contact ; Dennis Muren, le démiurge des créatures numériques de Terminator 2 et de Jurassic Park 1 et 2 ; et Scott Squires, qui a travaillé sur The Mask avec Jim Carey et sur Cœur de Dragon. Et ne pas oublier dans cette liste, Rob Coleman, superviseur de l'animation, assisté par le Français Christian Rouet, superviseur de la recherche et du développement pour les logiciels d'animation 3D. " Entre 1997 et 1998, le groupe R&D s'est attaché soit à améliorer les outils existants développés pour les précédents films, soit à en inventer de nouveaux " raconte Christian Rouet.

UN GUNGAN AUX OREILLES DE " DINGO " EN 3D

The Phantom Menace

Pour reconstituer les décors des trois planètes, Naboo, luxuriante et écologique, Tatooine, aride et rude, et Coruscant, mégapole et siège du pouvoir central de la galaxie, les magiciens d'ILM ont sorti tous les ressorts de la machinerie infographique. Le spectateur sait-il que ce qu'il voit à l'écran est presque toujours un canevas " sans couture " d'images de provenances différentes ? Dans cette opération d'assemblage numérique, appelée " compositing ", on récupère sur ordinateur les prises de vue de décors naturels (Tunisie, Italie, etc) ou construits en studio à Londres, ou bien de modèles réduits (par exemple les édifices de la ville de Theed sur la planète Naboo ou l'arène des courses sur Tatooine). Ces décors, qui n'occupent volontairement que des portions de l'image, sont complétés à la palette graphique par des artistes appelés " matte painters ". Quelques décors sont même entièrement en 3D tel le Sénat en coquille sur Coruscant ou le canyon de la course de pods sur Tatooine. Après les décors, les personnages ! Comme on l'appris dans les épisodes antérieurs de La Guerre des Étoiles, la galaxie regorge d'espèces vivantes, humanoïdes ou non, et de machines cybernétiques, robots et autres droïdes. C'est pourquoi les visages nus - Liam Neeson, Natalie Portman, etc - ne sont pas légion. La plupart des silouhettes, qu'elles soient maquillées comme celle de Dark Maul ou costumées, comme Yoda, sont méconnaissables. D'autres personnages sont des mécaniques articulées. Ainsi le marionnettiste qui manipule le droïde C3PO est habillé d'une combinaison verte pour pouvoir être effacé numériquement à la post production. Mais la majorité des héros de La menace fantôme sont entièrement numériques. Les 45 animateurs-infographistes de Rob Coleman ont fait naître de leurs ordinateurs 66 personnages entièrement en 3D : tribu des Gungans, hordes d'animaux sauvages affolés et monstres marins de Naboo, droïdes guerriers de la Fédération, bétail et montures sur Tatooine, sans compter les foules clonées qui permettent - depuis Forrest Gump notamment - de faire des économies très sensibles de figurants. Certains de ces " Toons " en 3D sont d'égale importance que les personnages incarnés par les acteurs et apparaissent dans quelque 812 plans du film, dialoguant naturellement avec les uns et les autres. A lui seul, Jar Jar Binks, le Gungan aux oreilles de " Dingo ", fait son zouave dans 350 plans aux côtés du Jedi/Liam Neeson ; lequel, dans une scène mémorable, fait mine de parler buisiness droit dans les yeux de Watto, le ferrailleur ventripotent en 3D qui vole comme un colibri. Et n'oublions pas Boss Nass, le chef obèse des Gungan qui postillonne ses pixels à la figure de ses interlocuteurs, ou Sebulba, le " Messala " à six pattes vicieux de la course de pods. Pour ces quatre As-là, les programmeurs de Christian Rouet ont dû écrire des logiciels spéciaux afin de contrôler leurs expressions et comportements : démarches, grimaces, mouvements des lèvres, des oreilles et des antennes et plissements des vêtements.

Enfin, urgence de la production oblige, George Lucas a confié aux trois superviseurs John Knoll, Dennis Muren et Scott Squires la responsabilité de grandes scènes épiques, revisitant par le truchement de l'ordinateur quelques grands moments du cinéma à grand spectacle. C'est ainsi que l'on peut s'extasier devant une course de " pods " à la Ben Hur, une bataille rangée à la Spartacus, ou encore un final en fanfare, à la Star Wars, bien sûr !

 

Jean SEGURA
Spécialiste des effets spéciaux dans le cinéma.
D'autres articles de Star Wars par le même auteur,
ont été publiés dans Libération et MicroHebdo.

 

Anakin durant la course de Pod
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Site officiel de Star Wars



 
Film Credits
Producer Rick McCallum
Director George Lucas
Screenplay George Lucas
Editing Paul Martin Smith, Ben Burtt
Photo David Tattersall
Music John Williams
Production Design Gavin Bocquet
Costume Designer Trisha Biggar
Creature Effects Supervisor Nick Dudman
Concept Designer Doug Chiang
Sound Designs Ben Burtt
Cast Liam Neeson, Ewan McGregor, Natalie Portman, Pernilla August, Jake Lloyd, Ian McDiarmid, Anthony Daniels, Frank Oz and Samuel L. Jackson
Running time 132 min
Distribution 20th Century Fox