53e Festival International du Film de Locarno
2 - 12 août 2000

Little Cheung (Xilu Xiang)
de Fruit Chan
Hong-Kong - 118 mn
Compétition Internationale
Léopard d'Argent


Synopsis :


Petit Cheung vit à Hong-Kong, ville où, remarque-t-il tout le monde s'agite pour de l'argent. Son père possède un restaurant et l'emploie comme livreur. Il circule ainsi dans le quartier sur un vélo trop grand pour lui et cherche à se faire des pourboires. Tout le monde l'aime bien, et on le compare à "Grand Cheung", vieille star de cinéma, avec qui d'ailleurs sa grand-mère a joué dans sa jeunesse.

Un jour, Petit Cheung rencontre une petite fille, une clandestine chinoise du nom de Fan. Ils deviennent amis et décident de faire les livraisons ensemble, se partageant les pourboires. Mais Cheung apprend de sa grand-mère qu'il a un grand frère que son père a chassé il y a des années. Il part donc à sa recherche jusqu'à ce que son père l'apprenne et l'humilie. Petit Cheung décide alors de fuguer.


Portrait de Fruit Chan :


Né en 1959 en Chine, Fruit Chan a dix ans lorsque sa famille émigre à Hong-Kong. Après ses études au Film Hong Kong Center, il travaille comme assistant réalisateur, notamment avec Jacky Chan. En 1991, profitant de l'arrêt provisoire d'un film sur lequel il travaille, il utilise les studios pour tourner sa première oeuvre Finale in Blood, qui obtient un succès critique remarquable mais échoue au box-office.

En 1994, il récupère des stocks de pellicule non utilisés sur d'autres films et collecte de l'argent auprès de ses amis. Avec ce petit budget et une équipe réduite, il commence la production de Made in Hong Kong, film primé à Locarno en 1997, qui l'installe comme un auteur culte, un des rares, avec Wong Kar-waï, réalisateurs indépendants à Hong Kong. Depuis, il a enchaîné avec The Longuest Summer, qui se déroule, comme Made in Hong Kong et la fin de Little Cheung, durant les festivité de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. En 2000, il termine Durian, Durian.

 

1991 Finale in Blood (Da Nao Guang Chang Long)
1997 Made in Hong-Kong (Xiaggang Zhizao)
1998 The Longuest Summer (Qunian Yanhua Tebie Duo)
1999 Little Cheung (Xilu Xiang)
2000 Durian, Durian

 

Critique :


Après les déambulations de trois ados marginaux de Made in Hong Kong, c'est à un enfant de neuf ans que s'intéresse Fruit Chan dans son nouveau film. Interprété uniquement par des aceurs non professionnels, dont le jeune Yiu Yuet-Ming sidérant de naturel, Little Cheung étonne d'abord par sa justesse et sa légèreté. Proposant un regard tragi-comique sur une enfance confrontée à la tentaculaire métropole asiatique, le cinéaste atteint souvent une grâce poétique rare sur un rythme très entraînant pour le spectateur.

Ce faisant, il n'en oublie pas moins de soulever des questions sérieuses comme la clandestinité ou l'argent et surtout, n'en fait pas moins oeuvre moderne en construisant en creux un personnage d'une rare complexité. Trop souvent, les films sur l'enfance ont en effet tendance à miser sur une simplicité de bon aloi qui serait comme le reflet d'une naïveté intrinsèquement liée à cet âge de la vie. Mais pour le Petit Cheung, rien n'est simple, et le monde est pour lui comme une plaie béante, la cicatrice d'un manque intérieur. Fruit Chan dessine en effet son personnage en parallèle avec un vieil acteur à l'agonie (qui est appelé "Grand Cheung") et un grand frère absent, injustement chassé de sa vie par son père, et qu'il lui est impossible d'apercevoir. Cette béance des origines fait toute l'originalité du personnage et du film du cinéaste honng-kongais qui, comme Edward Yang cette année avec Yi Yi, parvient à filmer l'enfance avec une extraordinnaire densité sans exclure aucunement drôlerie et légèreté.

Little Cheung réussit donc la gageure, trop rarement vue dans le cinéma d'aujourd'hui, de poser un regard riche et singulier sur un monde sans repère tout en exécutant, par l'entremise de ses acteurs funambules, des pirouettes facécieuses remplies de grâce. Fruit Chan fait donc plus fort encore qu'avec Made in Hong Kong, ce qui promet une carrière prodigieuse qu'on suivra avec impatience.

Yannis Polinacci