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Rencontre
avec Francis Veber, réalisateur du Placard
Christophe
Pinol: Comment aborde-t-on son prochain film après un succès comme
Le Dîner de cons?
Francis
Veber: Avec sérénité. Parce que s'il y a bien une chose à éviter
c'est de refaire le même film. Il ne faut pas se donner l'impression
qu'on court derrière soi-même. Ce qu'il faut, c'est essayer de trouver
un sujet et de le faire le plus honnêtement possible; sans essayer
de refaire un énorme succès… Le box-office, ça ne veut rien dire.
C.P.:
Pourtant, vous vous apprêter à refaire Le Dîner de cons aux
Etats-Unis, non ?
F.V.:
Eventuellement. Seulement si l'adaptation me convient en fait. Parce
que refaire un film que j'ai déjà fait, ce n'est pas drôle. Si je
le refais, ce sera plutôt pour le protéger, comme un bébé. Mais
si l'adaptation ne me convient pas, je préfère faire un film nouveau.
C.P.:
Qu'est-ce que vous pensez qui n'a pas marché avec l'adaptation américaine
des Fugitifs, Three Fugitives ?
F.V.:
Ah non, celui-là a très bien marché ! C'est mon deuxième film (Out
on a Limb, ndr) qui n'a pas du tout marché. Après le premier,
on me proposait tous les scénarios possibles. J'ai même eu des films
comme Thelma et Louise sur mon bureau, que je n'ai pas fait
parce que je n'étais pas sûr de pouvoir. Mais j'ai une explication
pour l'échec du deuxième: c'est le seul film que je n'ai pas écris.
J'ai été paresseux. Le patron d'Universal m'a un jour convoqué dans
son bureau pour me dire qu'il n'y avait qu'un seul homme capable
de mettre en scène ce scénario: moi. Du coup, m'a tête s'est mise
à enfler. Il m'a eu à la flatterie. Mais j'ai eu tors parce qu'écrire,
pour un metteur en scène, c'est se protéger d'une certaine manière.
Si on fabrique le moteur d'une voiture, le fait de la conduire après
pose moins de problème.
C.P.:
Est-ce pour cette raison que vous reprenez si souvent le nom de
François Pignon; pour pouvoir le conduire avec plus de facilité
?
F.V.:
(Rires) Pignon c'est plus comme une espèce de porte-bonheur pour
moi. En plus, il a une façon de conjurer la page planche. Au moment
où je vais me lancer, j'ai l'impression qu'il y a un ami qui m'attend
pour m'aider à écrire. Mais ce n'est pas pour autant le même personnage
à chaque fois, parce qu'entre L'Emmerdeur, Les Fugitifs,
Le Dîner de cons et maintenant Le Placard, il y a
un monde.
C.P.:
Pourquoi avoir porté votre choix sur Daniel
Auteuil pour ce rôle de comédie ?
F.V.:
Il y a deux raisons. La première c'est que c'est un comédien qui
n'a pas été très exploité dans la comédie, du moins pas depuis très
longtemps. A mon avis, on lui a donné un peu trop de films noirs
à faire, un peu trop intello… La deuxième, c'est que c'est " un
homme dans la foule " comme ces très grands acteurs que sont Pacino,
Hoffman ou De Niro. Ce n'est pas quelqu'un comme Brad Pitt, par
exemple, qui, lorsqu'il entre dans pièce, se fait immédiatement
remarquer. Auteuil, s'il n'était pas connu, on ne le remarquerait
pas. Pour cette raison, il faut un talent fou, comme les gens dont
je vous parle, pour devenir la star qu'il est devenu.
C.P.:
On vous sait très exigeant dans votre façon de diriger vos acteurs…
F.V.:
Il y a une exigence à avoir quand on fait ce métier de metteur en
scène… mais de scénariste aussi d'ailleurs. Et si vous prenez des
libertés, vous les payez. Dans la pièce de théâtre de L'Emmerdeur,
à l'époque, c'étaient Jean Le Poulain et Raymond Jérôme qui jouaient
la pièce. Le Poulain, qui était une folle finie -et qui était très
drôle d'ailleurs-, devait à un moment demander à son partenaire:
" Qu'est ce que vous faites comme tour de coup ? ". Et dans les
répétitions, ça commençait à se transformer en " trou de coup… ".
Je demande alors à Le Poulain s'il ne préférait pas dire: " Qu'est-ce
que vous faites comme encolure ? ". " Mais enfin, coco, poussin…
" parce qu'il parlait comme ça, " …je suis un grand professionnel
moi ! ". Et puis en pleine cinquième représentation, l'inévitable
se produit: " Qu'est-ce que vous faites comme trou du cul ? " demande-t-il.
Je me rappelle, c'est sortit parfaitement clair. Là, j'ai regretté
de n'avoir pas été plus exigeant.
C.P.:
Il semble qu'avec Le Placard, vous ouvrez un peu aux femmes
votre monde d'hommes. Pourquoi avoir attendu ce film ?
F.V.:
Parce que je connaissais mal les femmes. Et puis j'avais peur d'elles.
Mais là, le personnage de Michèle Laroque dit des choses que j'avais
envie de faire dire à des femmes.
C.P.:
Les projets sont plus faciles à monter aux Etats-Unis ?
F.V.:
Pas pour moi, justement à cause du bide de mon deuxième film. Les
américains ont une formule toute faite pour ce genre de cas: " Vous
êtes aussi beau que votre dernier film. " Ce qui fait que je ne
suis pas très beau (rires). Mais ça m'est égal parce que j'ai découvert
que la comédie a des racines culturelles très importantes, ce qui
a d'ailleurs tendance à m'handicaper. Parce que pour ce qui est
de l'action, avec les Wolfgang Petersen, Roland Emmerich, Paul Verhoeven
et même Jeunet avec son Alien IV, il n'y a pas besoin de
racines culturelles. Vous câblez les gens, vous les faites voler
sous le plafond et puis ça va très bien comme ça.
Propos
recueillis par Christophe
Pinol
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