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Rencontre
avec Stephen Daldry, réalisateur de Billy Elliot
Sorti
sur les écrans français le 20 décembre, Billy
Elliot est sans conteste (avec Amours Chiennes de
AG Inarritu) un des films les plus primés de l'année.
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs
à Cannes, le film a ensuite fait le tour du monde, remportant
des prix à Dinard, Gand, Valladolid ou Stockholm. Sorti en
Angleterre, on compare déjà son succès à
celui d'un autre film anglais ayant causé un raz de marée
surprise sur la box office mondial : The Full Monty de Peter
Cattaneo.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que son réalisateur
Stephen Daldry signe là un coup de maître pour son
premier film. Nous l'avons rencontré à Edimbourg en
août dernier, où nous avons entre autres parlé
de ses origines théâtrales, point qu'il partage avec
d'autres réalisateurs britanniques ayant connu une consécration
fulgurante ces dernières années comme Sam Mendes (American
Beauty) ou Mike
Figgis (Leaving Las Vegas, Time
Code).
FilmFestivals.com
: Quelles sont les différences essentielles entre le cinéma
et le théâtre?
Stephen
Daldry: Je n'ai peut-être pas assez d'expérience cinématographique
pour en juger, mais il me semble qu'il n'y a tout simplement aucune
relation entre les deux. Il me semble que ce sont deux disciplines
entièrement différentes. Maintenant, ce que j'apporte
au cinéma en venant du théâtre, c'est une conscience
particulière de la narration et une expérience du
travail avec les acteurs. Tout le reste est entièrement nouveau
pour moi. Je pense que la différence essentielle, sans trop
vouloir entrer dans les détails techniques, est que la méthodologie
du jeu d'acteur au théâtre réside dans la notion
de répétition. En d'autres termes, l'acteur de théâtre
doit répéter son rôle, sa performance soir après
soir; ceci n'est pas le cas au cinéma, où l'on poursuit
avant tout l'intensité du moment. Au cinéma, l'acteur
n'est pas en charge du rythme de l'histoire - c'est au réalisateur,
donc à moi de l'être - tandis qu'au théâtre
l'acteur porte l'histoire et l'histoire est portée par l'acteur.
Cela veut dire également que je dois utiliser d'autres méthodologies
pour obtenir ce que je veux de mes acteurs. Notamment avec les enfants.
Pas besoin de les mettre en garde contre les écueils habituels
du théâtre, au cinéma ils doivent savoir évoluer
dans la brièveté.
Diriez
vous qu'avec vous et vos pairs, Hytner, Warchusn, Mendes et même
Figgis, le théâtre est devenu, comme la BBC l'était
auparavant, un terrain d'expérimentation privilégié
pour le cinéma?
Non.
Je trouve cette idée absurde. Le théâtre est
un monde brillant, fantastique, avec ses propres lois, ses propres
joies et récompenses. C'est vrai qu'en ce moment, on voit
pas mal de metteurs en scène de théâtre se diriger
vers le cinéma, mais je ne sais pas pourquoi. Ce qui est
vraiment intéressant, c'est que nous sommes une même
génération, et que nous nous connaissons tous et nous
entraidons. Mais une telle chose s'était déjà
produite dans les années 60, avec Woodfall Films, avec Tony
Richardson, Richard Osborne, Karel Reisz, Lindsay Anderson. Je pense
que quand ça arrive, c'est que l'opportunité est là,
c'est tout.
Vous
avez il me semble quitté votre poste de directeur artistique
du Royal Court parce que vous vouliez entreprendre une carrière
cinématographique. Est-ce le motif exact?
Je
ne sais pas si j'ai dit les choses de cette manière. J'ai
dit que je ne souhaitais pas rester au Royal Court parce que je
pensais devoir y rester trop longtemps. La chose la plus naturelle
pour moi aurait été de prendre ma révérence
une fois le labeur de reconstruction du théâtre terminé,
laissant la place à mon successeur pour la grande première.
Mais j'avais peur, ce faisant, de déclencher une fuite du
staff artistique, alors j'ai fait en sorte de transmettre le relais
au moment le plus opportun.
Pensez
vous que le succès de Sam Mendes (American Beauty)
a ajouté à la pression de votre projet?
Je
pense que l'"oncle" de notre génération
est Nick Hytner (La Folie du Roi Georges), parce qu'il a
été le premier à réussir. Nick est un
homme très affable et généreux, et je pense
que nous avons tous pensé à lui dans nos jeunes carrières.
Parce que nous nous connaissons bien, qu'il règne entre nous
une atmosphère collégiale sans aucune rivalité,
il n'existe aucune pression, vraiment.
Ayant
mis en scène les pièces de Arnold Wesker, Caryl Churchill
et JB Priestly, quelle importance revêt la politique dans
votre travail?
Eh
bien, c'est une bonne question. Vous savez, je suis vraiment un
vieux tendron de gauche, alors cela détermine ce que je fais
et ce qui m'intéresse.
Est-ce
que parce que cela vous intéresse ou parce que vous pensez
que l'art couplé à une conscience sociale peut aider
à changer les choses?
Je
ne parlerais pas forcément de conscience sociale, mais je
suis toujours assez bête pour croire que, oui, l'art peut
changer le monde et le fait. Je tiens à être impliqué
dans les problèmes et les perspectives de notre époque,
et je suppose que la majeure partie de mon travail comporte un aspect
légèrement gauchiste.
A-t-il
été facile d'obtenir ce que vous vouliez de Jamie
Bell?
Jamie
Bell est fantastique, ça a été un véritable
plaisir de l'avoir pour le film. Pour que les enfants puissent s'épanouir,
il fallait créer un environnement chaleureux, et toute l'équipe
a été vraiment formidable, notamment Brian Tufano,
le directeur de la photographie. L'atmosphère sur le plateau
était vraiment conviviale, les enfants jouaient avec les
caméras.
Comment
était-ce en vérité de tourner dans une communauté
minière en regard du sujet du film?
Pour
être honnête, je pense qu'il y avait à Eastington
des sentiments assez mélangés. Beaucoup de gens étaient
contents que nous tournions un film traitant de la grève
minière, d'autres pensaient que nous ne faisions que remuer
le couteau dans de vieilles plaies.
Est-ce
le sujet de la grève qui vous a attiré vers le film?
J'ai
longtemps vécu à Sheffield, je suis allé à
l'université là-bas, et j'y suis resté après.
Mon premier job payé était avec la communauté
minière, juste en dehors de Sheffield, avec une compagnie
qui s'appelait Doncaster Arts Co-operative. Pendant la grève,
nous avons monté une pièce intitulée "Plus
jamais les mêmes" et nous avons fait une tournée
dans les communautés minières. C'était une
pièce qui s'intéressait aux femmes des mineurs. Quand
j'ai reçu le scénario de Lee Hall, j'ai ressenti une
grande joie à l'idée de faire le film, parce que cette
grève est l'un des moments les plus importants de la politique
intérieure d'après guerre. C'est le combat qui a tout
changé. Margaret Thatcher a très clairement déclaré
que son but était de briser l'accord de 1945, ce qu'elle
a réussi à faire. Sa guerre contre les syndicats est
arrivée à un point où elle voulait détruire
non seulement toute la base industrielle de notre pays mais aussi
tous les syndicats, dont le plus puissant, la NUM. Ce qu'elle voulait,
c'était vraiment commettre un génocide industriel.
Alors, on peut reprocher au film de ne pas entrer assez dans les
détails de cette grève, j'en suis conscient, mais
pour moi le simple fait de la remémorer est quelque chose
de très fort.
Pensez
vous que le Nord s'est remis des blessures des années 80?
Je
dirais que ni la communauté minière de Durham ni celle
de Northumberland ne s'en sont remises. Je pense qu'elles sont au
point mort et qu'il n'y a que peu d'espoir de reprise. Ce dont les
miniers avaient peur, ce que la NUM prédisait s'est bel et
bien produit. Les mines ont fermé, des communautés
entières se sont déchirées.
Etiez-vous
inquiet à l'idée de faire un film social compte tenu
du nombre et de la qualité des films ainsi produits en Angleterre?
Je
ne pense pas que j'étais inquiet plus que cela, ce qui m'inquiétait
beaucoup plus c'était de savoir où mettre la caméra!
Cependant, je pense que, consciemment ou non, j'ai tenu à
être à la hauteur des réalisateurs auxquels
vous faites allusion.
Pourquoi
selon vous l'Angleterre fait elle autant de films sur les classes
ouvrières?
Je
ne sais pas. Et pourquoi fait-on autant de films avec Helena Bohnam-Carter
se dandinant en robe dans un jardin? Ce qui me paraît intéressant
c'est que ces films réalistes, fondés sur des sujets
ouvriers, véhiculent tous une très grande sensibilité
artistique. Je pense que la plupart des réalisateurs qui
font ces films se tournent vers les cinéastes de l'est pour
l'inspiration, ce qui est assez étrange. Tout devient potentiellement
artistique: la culture populaire comme la vie politique. En faisant
Billy Elliot, nous nous sommes tout le temps demandé
si les scènes de ballet devaient être très "artistiques",
alors que le reste du film l'est beaucoup moins. Nous savions de
toute façon que l'intelligentsia journalistique verrait le
film comme un film très commercial. Mais nous, nous avons
simplement voulu faire un bon film en nous amusant.
Selon
vous, qu'elle serait l'opinion de JB Priestly sur Billy Elliot?
Bonne
question! Je n'en ai pas la moindre idée.
Sur
quoi travaillez vous en ce moment?
Je
travaille au Royal Court sur une pièce de Caryl Churchill
qui s'appelle "Far Away".
Vous
pensez revenir au cinéma après ça?
Oui,
je pense faire un autre film l'an prochain. Peut-être un remake
réaliste de Chitty-Chitty-Bang-Bang (film de Ken
Hugues réalisé en 1968 d'après le roman de
Roald Dahl, ndlr) dans un village de pêcheurs du
nord.
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