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Rencontre
avec Daniel Auteuil, acteur dans Le Placard
Christophe
Pinol: Le
Placard traite de la banalisation de toutes les petites humiliations
personnelles que l'on est amené à subir dans une entreprise comme
Francis Veber le décrit…
Daniel
Auteuil: Oui, c'est ça. Mais je trouve que le film traite aussi
de la peur. A partir d'un moment où il y a un chef, des sous-autorités…
Oui, c'est vrai que le film parle des rapports de pouvoir.
C.P.:
Est-ce que vous subissez encore ce genre d'humiliations. J'imagine
que, comme tout le monde, vous n'avez pas pu y échapper à vos débuts.
Mais maintenant ?
D.A.:
Je me suis très vite débarrassé de ce truc là. C'est vrai que le
métier d'acteur n'est basé que là-dessus. Il faut donc très vite
acquérir une sorte d'humilité par rapport à ça. Rien que dans une
scène, lorsque le réalisateur nous dit qu'il faut la refaire d'une
certaine manière, si on commence à le prendre comme une humiliation,
on n'avance pas. Mais j'ai mis assez de temps à sortir de ça. En
fait, c'est tout simple, l'humilité vient avec la confiance. Je
ne me sens plus remis en cause simplement parce que ma vision d'une
scène n'est pas la même que le metteur en scène. J'ai été engagé
pour faire ce qu'il veut, voilà. Je n'ai pas de problème avec ça.
C.P.:
On dit justement Francis Veber très pointilleux, très exigent. Comment
s'est passé votre collaboration ?
D.A.:
Effectivement, il a totalement en tête la vision et le son de la
scène qu'il cherche à obtenir. Il s'agit donc de restituer exactement
ce qu'il veut voir et entendre. On peut y parvenir en discutant
de la scène avec lui, mais si ça se complique, je lui demande de
me montrer exactement ce qu'il veut et je l'exécute ensuite.
C.P.:
Est-ce que cette manière de jouer reste agréable ?
D.A.:
Oui, parce que c'est fait dans un soucis de perfection, sans animosité.
C.
P.: Est-ce que le fait de vous frotter à la comédie -qui n'est pas
un des genres pour lequel on vous emploie le plus souvent, du moins
aujourd'hui,- change votre manière d'aborder le travail ?
D.A.:
Mes premières comédies étaient beaucoup plus axées sur une sorte
de mécanique… Vous savez, lorsqu'on a un beau rôle bien écrit ce
n'est pas comme lorsqu'on est obligé d'aller arranger le coup du
metteur en scène ou de l'auteur avec une énergie particulière. Ici,
j'ai juste eu besoin de vivre des situations. La seule chose, c'est
que Francis (Veber, ndr) a son rythme en tête, et pour les
scènes d'attente, de regard, de trucs comme ça, je lui en faisaient
certaines à mon propre rythme mais lui me demandait toujours de
les faire plus rapidement. Et il a raison ! Dans une comédie, où
le temps est comprimé, faire passer les choses normales plus vite,
c'est un peu ça la difficulté.
C.P.:
Finalement vous n'avez pas beaucoup de mérite alors…
D.A.:
(Rires). Non, effectivement. Le mérite c'est de parvenir à être
sollicité par ces metteurs en scène. Mais après c'est juste une
question de choix. Je n'accepte que des rôles dans lesquels je sais
que je vais pouvoir faire quelque chose. Si c'est trop compliqué,
trop loin de moi, trop abstrait, je ne le ferais pas. En même temps,
ce Pignon, il est aussi terriblement loin de moi. Par exemple, c'est
un rôle que j'aurais pu refusé si on me l'avais proposé au moment
du tournage de Sade. Parce que ça me paraît, à ce moment
présent, beaucoup trop loin de ce que je vis. Mais j'ai toujours
fonctionné comme ça. Je me rappelle avoir refusé une pièce de Gérard
Lauzier, Le Garçon d'appartement -qui est devenu au cinéma
T'empêches tout le monde dormir-, simplement parce qu'au
moment où on me l'a proposé, je jouais une pièce de François Perrier
qui s'appelait Coup de chapeau où j'interprétais un type
timide et coincé face à son père. Alors que ce qu'on me proposait
pour la pièce de Lauzier, c'était d'interpréter un mec à poil, tout
le temps à l'aise… Si on me propose un salaud, par exemple, je ne
le ferrais que si je peux comprendre pourquoi ce personnage est
comme ça. Je ne jouerais jamais un con méchant par exemple.
C.P.:
Vous semblez souvent rebondir d'un personnage à l'autre dans des
directions foncièrement différentes…
D.A.:
C'est vrai, mais il me semble qu'ils ont tous un fil qui les relient,
ces personnages. En même temps, ce fil, ce n'est peut-être que le
désir qui m'amène à choisir ces rôles. Mais c'est vrai que je ressens
aussi le besoin de faire des rôles qui sont diamétralement opposés.
Mais c'est par intérêt, vous savez. Uniquement pour pouvoir tourner
le plus possible. Là, par exemple, je me suis arrêté quatre mois
et je suis dans un état pas possible. Je l'ai fais parce qu'on avait
commencé à me dire: " Vous, vous tournez tous le temps… " Mais je
ne pourrais plus m'arrêter aussi longtemps. Je souffre le martyre.
C.P.
: Vous n'avez pas essayé de vous impliquer d'une manière différente
dans vos projets ? A la production, au scénario ou à la réalisation…
D.A.
: J'y ai pensé… Mais non ! De temps en temps, je me dis que j'aimerais
bien réaliser un film, mais ça dure dix minutes. En fait, je n'en
ai vraiment pas envie.
C.P.:
Et le théâtre ?
D.A.:
Je me prépare gentiment à l'idée de monter sur les planches dans
deux ans. Le truc que tout le monde souhaite que je fasse, Richard
III. Comme ça on sera débarrassé (rires). Je ne sais pas encore
si je vais vraiment le faire, mais depuis le temps que je le dis
…
Propos
recueillis par Christophe
Pinol
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