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Scandale
et Films Cultes dans la Mecque des Indies
: Compte Rendu à Mi-festival
C'est
sous une mince couche de neige qu'a débuté cette année
le Festival du Film Indépendant de Sundance. La foule se
pressait dans les rues de Park City ce jeudi 18 janvier où
les restaurants et les boîtes de nuits ne désemplissaient
pas de réalisateurs, producteurs et cinéphiles en
tout genre. C'est pourtant à quelques miles de là
qu'avait lieu l'événement de la soirée : le
gala d'ouverture de cette édition 2001. En souvenir de son
passé (c'est dans cette ville que le festival a été
créé), la Mecque du Cinéma indépendant
tient toujours sa première cérémonie à
Salt Lake City. Mais cette année le grand prêtre était
absent. Fondateur du Sundance Institute, Robert Redford n'a en effet
pas pu honorer le festival de sa présence habituellement
pourvoyeuse en paparazzi. La star se trouve en fait actuellement
en tournage au Maroc avec Brad Pitt et a envoyé un petit
mot félicitant Christine Lahti pour son premier film My
First Mister, choisi pour film d'ouverture. Mais les amateurs
de paillettes auront vite fait de se consoler car déjà
la rumeur annonce les premières arrivées : William
Baldwin, Michael Douglas, Danny Aielo pour ne citer qu'eux.
Mais
dès le lendemain, la fête laisse la place au business
et on apprend les premiers deals. L'un d'entre eux concerne Lions
Gate Entertainment, un distributeur américain qui a acheté
cinq films tournés en vidéo numériques produits
par Independent Digital Entertainment (InDigEnt). D'eux d'entre
eux font leur première américaine au festival : Tape,
un drame signé Richard Linklater avec Ethan Hawke et Uma
Thurman et Women in Film, une satire sur le monde du cinéma
signée Bruce Wagner. Parmi les autres films inclus dans le
deal, on remarquera une deuxième occurrence du nom d'Ethan
Hawke, crédité non pas comme acteur mais comme réalisateur
d'un film, Chelesea Walls, qui compte au casting des noms
comme Vincent D'Onofrio (Full Metal Jacket) et le mythique
acteur des Portes du Paradis Kris Kristofferson.
Côté
compétition, après quelques jours de festivals, la
rumeur monte déjà autour du Memento
de Christopher
Nolan. Déjà primé à Deauville, Memento
est un puzzle noir dans lequel Guy Pearce (LA Confidential)
doit sans cesse reconstruire sa mémoire qui part en morceaux.
Ce qui peut s'avérer dangereux lorsqu'on cherche l'assassin
de sa femme. Autres films émergeant dans cette section :
Mac Arthur Park premier film de Billy Wirth et Lift
de DeMane Davis et Khari Streeter. Tous deux ont offert aux spectateurs
ce qu'ils sont en droit d'attendre d'un film américain indépendant
aujourd'hui, c'est à dire du culot et de l'originalité.
Pourtant, le film culte de cette année pourrait bien se trouver
ailleurs, dans le délirant Hedwig and the Angry Inch qui
raconte l'histoire d'une rock star travestie et déjantée
et que les organisateurs n'hésitent pas à qualifier
de "futur classique du film culte à placer aux côtés
du Rocky Horror Picture Show". Un film qui pourrait
donc rencontrer une très large audience lors de sa sortie
tant sa drôlerie est irrésistible.
Films
cultes originaux ou déjantés sont le lot de Sundance
qui nous habitue généralement à cela, mais
peut être moins au scandale. Cette année, le souffre
vient de la compétition documentaire où le film Trembling
Before God de Sandi Dubowski sème la controverse par
sa manière franche et sans complexe d'aborder un thème
rarement exploré au cinéma : l'homosexualité
chez les Juifs Orthodoxes. Non content d'un sujet déjà
sulfureux en Amérique, le réalisateur a amené
à Sundance deux personnages de son film dont un rabbin gay
qui a célébré une cérémonie de
fin de Sabbath après la projection. Coup de publicité
réussi en tout cas pour ce film pour lequel la plupart des
distributeurs américains, y compris ceux qui ne sont habituellement
pas intéressés par le documentaire, se ruent dans
les salles. On murmure même qu'une projection spéciale
a été organisée pour Harvey Weinstein, le ponte
de Miramax.
Les
bruits qui entouraient le film Happy Campers, présenté
dans la section "Avants-Premières", étaient
en revanche d'un tout autre genre. Massacré par la presse
qui lui reproche sa vulgarité et son sexisme, le film fut
d'autant mal accueilli qu'il a rempacé à la dernière
minute The Secret Life of Altar Boys, changement qui le rend
suspicieux et rend les observateurs curieux quant à la façon
dont les films sont sélectionnés. Mais, avant la projection
du nouveau Chéreau dans les jours prochains, les deux films
les plus attendus dans cette prestigieuse section étaient
sans doute Double Whammy de Tom Di Cillo (réalisateur
de Ca tourne à Manhattan, gros succès du cinéma
indépendant il y a quelques années) et Enigma
du plus hollywoodien Michael Apted. Comédie romantique racontant
les déboires d'un flic qui souffre du dos, Double Whammy
est sans doute l'un des films les mieux reçus cette année
à Sundance. Di Cillo s'est révélé agréablement
surpris de cet accueil qui augure pour lui de bonnes transactions
auprès des distributeurs en quête de hits.
Quant
au film de Michael Apted, il a apporté au festival une touche
de glamour par la présence à l'écran de la
star de Titanic Kate Winslet, et surtout par la présence
en ville de l'un des producteurs du film : Mick Jagger himself.
Ecrit par Tom Stoppard (Vatel, Shakespeare in Love,
Brazil) et inspiré d'un roman de Robert Harris (sur
lequel le leader des Stones avait mis une option il y a plusieurs
années), le film se déroule pendant la seconde guerre
mondiale au sein de l'élite de l'armée anglaise chargée
de décoder les messages secrets allemands. La fête
donnée pour le film fut évidemment l'une des plus
courues et ne fut pas gâchée par certaines mauvaises
langues qui décrétèrent que, le film étant
trop dense pour le public américain, la campagne de promotion
devrait insister sur la manière dont les messages sibyllins
sont décodés.
En
tous cas, entre un soupçon de strass disséminé
entre l'underground et le business, l'édition
2001 de Sundance a bel et bien retrouvé ses marques avant
l'arrivée durant la deuxième semaine des requins d'Hollywood
qui pourraient bien changer la donne et rompre ce précieux
équilibre.
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