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12ème Festival Cinématographique d'automne de Gardanne
du 27 Octobre au 7 Novembre

Rencontre avec Jean-Pierre Sinapi, réalisateur de Nationale 7

C'est un réalisateur heureux qui est venu présenter au public de Gardanne son dernier né Nationale 7. Cette comédie atypique tournée en dv raconte l'histoire d'un hadicapé moteur dans un foyer qui convainc son éducatrice de l'emmener voir une prostituée. Sujet osé, sujet risqué. Mais Sinapi s'en sort remarquablement, dee l'avis de tous, et en particulier de tous les publics des festivals auquel le film a prticipé. Sinapi est ainsi revenu de Berlin et de San Sebastian (deux des plus grands festivals européens) avec le Prix du Public. Une série en cours qui explique la bonne humeur du cinéaste qui nous a accordé un entretien.

Quelles sont les origines de Nationale 7?

Nationale 7 fait partie de la collection Petite Caméra d'Arte. C'est une collection qui a été proposée par le producteur Jacques Fansten de Telecip. Qui l'a proposée à Pierre Chevalier d'Arte. Son idée était de faire fabriquer des films à des metteurs en scène venant d'horizons différents. Des metteurs en scène confirmés, comme Claude Miller, qui a ouvert le bal avec La Chambre des Magiciennes. Des meteurs en scène comme moi, qu'on dit atypiques. Des metteurs en scène de théâtre, comme Olivier Py. Birigtte Rouan, qui vient de faire un film aussi. Donc 6 films dont le dénominateur était d'utiliser une petite caméra DV, c'est à dire l'outil de l'amateur. C'était l'ambition de jacques, voir ce que le professionnel pouvait faire avec loutil de l'amateur, voir quel pouvait être le regard du public, qui connapit vien ce type d'image, parce que beaucoup de gens ont chez eux une caméra vidéo aujourd'hui. Alors, les budgets étaient très petits. On tournait en DV Cam, et ensuite on transférait le film sur supoort 35 mm, on le "kinescopait". Le budget était de 4 millions, ce qui est très très peu même pour un film de télévision. Et donc on était totalement libres du choix de notre sujet, totalement libres de la façon de le traiter - si on voulait partir à l'autre bout du monde et tourner un plan par jour, on était libres. Il se trouve que moi, quand on m'a proposé de faire partie de l'aventure, je n'avais pas d'idée. J'en ai proposé 3, 4, 5 à Jacques et Pierre Chevalier, ils n'étaient pas emballés. Et ne désespoir de cause, j'ai dit à Jacuques: "Ecoute, Jacques, j'ai une histoire dont personne ne voudra jamais, un film qui n'est pas faisable. Voila, ma soeur est éducatrice spécialisée dans un foyer de vie pour handicapés moteur près de Toulon.

Moi je connais bien ces handicapés, il y a sept ou huit ans, chaque fois qu'ils venaient à Paris pour visiter, je leur sers de guide en moto. Je leur faisvisiter la capitale, ma soeur me suit avec sa petite camionnette. Et puis inévitablement, ils voualeitn traverser le Bois de Bouilogne. Et là, j'étais dans la camionnette avec eux, et ils voyaient ces belles créatures, ces beaux travelos, ils avaient des yeux comme ça Et un jour j'ai demandé à ma soeur: "Dis, moi, cesgens-là, est-ce qu'ils ont une sexualité, est-ce qu'ils font l'amour, est-ce qu'ils ont envie d'avoir des histoires d' amour?" Et elle me dit: "Mais qu'est ce que tu crois? C'est des gens comme nous!" "Mais Julie, il y en a qui sont quand même très durement appareillés, est-ce qu'ils y vont quand même?" Alors elle me raconte cette histoire qui s'était passée peu de temps auparavant dans son foyer, où pour la première fois un handicapé avait osé demander à une éducatrice d'aller faire l'amour avec une femme. Et il lui avait dit:"Aucune femme normale ne voudra de moi, il n'y a qu'une prostituée qui acceptera peut-être de me rencontrer..." Et cette éducatrice, elle a pris son petit ruban de couturirère, et elle est allée sur la Nationale 7 mesurer en douce l'ouverture des portes des caravanes où travaillent les prostituées. Et ensuite elle a tenté de convaincre une prostituée de bien vouloir rencontrer son handicapé, et cette fille a accepté. Ert non seulement elle a accepté, mais par la suite elle a accepté d'en rencontrer d'autres et c'est devenu un peu une "collègue", une éducatrice spécialisée à sa façon... (rires). Et quand j'ai raconté tout ça à Jacques, il m'a dit: "Fonce, Jean Pierre, c'est du Maupassant!" Donc j'ai écrit le scénario en trois mois, j'ai fait trois version en trois mois avec ma co-scénariste Anne Marie Catois, une directrice littéraire que j'ai débauchée d'une boîte de production. Et puis voilà...

J'ai voulu tourner cette histoire dans le foyer où travaille ma soeur, qui fait partie de La Vieille Fête. Le directeur, les éducateurs et les résidents étaient prêts à ce que je tourne là-bas. Tout le monde voulait participer au film, on avait l'autoridsation de la présidente de l'association, mais 15 jours avant le début du tournage, elle a refusé parce qu'elle a eu peur que ça choque les parents des résidents handicapés faisant partie du conseil d'administration. Les hotels étaient réservés, le matériel était prêt, les repérages étaient faits, et tout était annulé. Donc il a fallu que je trouve une solution. Le film était en danger. Sur les 21 comédiens, il y a 18 comédiens professionnels. Des gens qui tournent beaucoup. Si je décalais le film, je perdais Olivier Gourmet, le rôle principal, qui était dans La Promesse des frères Dardenne, dans Rosetta, qui a eu la Palme d'Or à Cannes. J'ai envoyé le scénario à L'Association des Paralysés de France, ils l'ont lu en un week end, et ils m'ont dit "Ecoutez, ça tombe pile dans nos préoccupations actuelles. Choisisez le foyer où vous voulez tourner. Et donc en fait, j'ai tourné à Combes la Ville, à 40 kilomètres de Paris, au grand désespoir des résidents du foyer où travaille ma soeur qui avaient déjà choisi ceux qui devaient tenir des rôles.

Le personnage de René est-il totalement inspiré de l'handicapé du foyer de votre soeur?

En fait, je me suis inspiré pour René d'un vieil ami qui était myopathe, qui est mort à 50 ans, qui était mineur de fond en Lorraine et qui m'a aidé à écrire la partie ouvrière de mon premier scénario il y a une quinzaine d'années. Parce que j'ai été scénariste pendant 15 ans. Le premier scénario que j'ai écrit, c'était sur l'histoire de ma femme italienne arrivant en France dans la vallée sidérurgique de l'Est de la France, près de Metz, Tionville. René Amistadi, que j'ai rencontré à cette occasion, était militant syndicaliste, rouge, révolté, mais déjà myopathe.Je l'ai vu se déplacer sur des béquilles, ensuite dans un fauteuil mécanique, ensuite dans un fauteuil électrique, ensuite il est parti à Saint Quentin. On avait toujours envie de faire un film sur les handicapés, et c'est après qu'il soit parti que j'ai eu l'idée. Donc je me suis inspiré de lui pour travailler le personnage principal de René. Le vrai René est mort il y a 4 ans. J'ai voulu lui rendre un hommage, ainsi qu'à la vraie Julie, ma soeur... Mais elle ne veut pas qu'on sache que c'est elle qui a vécu cette histoire, ça l'embête! (sourire)

Avez vous montré le film au premier foyer?

Non, malheureusement, eux, ils ont vu le film à la télé. Mais dans l'autre foyer, oui. Les réactions ont été très partagées!

Vous avez délibérément opté pour le ton de la comédie...

J'ai choisi le ton de la comédie, peut-être parce que je suis d'origine italienne, et j'aimais tellement les comédies à l'italienne des années 70/80, Pain au Chocolat, Nous nous sommes Tant Aimés... Et puis je pense que plus les choses sont dures et douloureuses, plus le rire est la meilleure façon d'en parler aux autres. Parce que sinon je pense que personne n'irait voir ce film! (rires) Et puis j'ai envie de rire avec eux. Quand on rencontre quelqu'un en fauteuil, on ne sait jamais comment l'aborder, comment lui parler, on est mal... Eh bien non! Ce sont des gens comme les autres, ils peuvent être cons, avoir des défauts, on peut se moquer d'eux, rire avec eux. Donc j'avais envie de partager le rire avec eux, de me marrer avec eux. C'est une façon de les respecter, l'une des plus belles. Ce sont des êtres humains avec des défauts et une sexualité.

suite de l'interview




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