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Rencontre
avec Jean-Pierre Sinapi, réalisateur de Nationale 7
C'est
un réalisateur heureux qui est venu présenter au public
de Gardanne son dernier né
Nationale 7. Cette comédie atypique tournée
en dv raconte l'histoire d'un hadicapé moteur dans un foyer
qui convainc son éducatrice de l'emmener voir une prostituée.
Sujet osé, sujet risqué. Mais Sinapi s'en sort remarquablement,
dee l'avis de tous, et en particulier de tous les publics des festivals
auquel le film a prticipé. Sinapi est ainsi revenu de Berlin
et de San Sebastian (deux des plus grands festivals européens)
avec le Prix du Public. Une série en cours qui explique la
bonne humeur du cinéaste qui nous a accordé un entretien.
Quelles
sont les origines de
Nationale 7?
Nationale
7 fait partie de la collection Petite Caméra d'Arte.
C'est une collection qui a été proposée par
le producteur Jacques Fansten de Telecip. Qui l'a proposée
à Pierre Chevalier d'Arte. Son idée était de
faire fabriquer des films à des metteurs en scène
venant d'horizons différents. Des metteurs en scène
confirmés, comme Claude Miller, qui a ouvert le bal avec
La Chambre des Magiciennes. Des meteurs en scène comme moi,
qu'on dit atypiques. Des metteurs en scène de théâtre,
comme Olivier Py. Birigtte Rouan, qui vient de faire un film aussi.
Donc 6 films dont le dénominateur était d'utiliser
une petite caméra DV, c'est à dire l'outil de l'amateur.
C'était l'ambition de jacques, voir ce que le professionnel
pouvait faire avec loutil de l'amateur, voir quel pouvait être
le regard du public, qui connapit vien ce type d'image, parce que
beaucoup de gens ont chez eux une caméra vidéo aujourd'hui.
Alors, les budgets étaient très petits. On tournait
en DV Cam, et ensuite on transférait le film sur supoort
35 mm, on le "kinescopait". Le budget était de
4 millions, ce qui est très très peu même pour
un film de télévision. Et donc on était totalement
libres du choix de notre sujet, totalement libres de la façon
de le traiter - si on voulait partir à l'autre bout du monde
et tourner un plan par jour, on était libres. Il se trouve
que moi, quand on m'a proposé de faire partie de l'aventure,
je n'avais pas d'idée. J'en ai proposé 3, 4, 5 à
Jacques et Pierre Chevalier, ils n'étaient pas emballés.
Et ne désespoir de cause, j'ai dit à Jacuques: "Ecoute,
Jacques, j'ai une histoire dont personne ne voudra jamais, un film
qui n'est pas faisable. Voila, ma soeur est éducatrice spécialisée
dans un foyer de vie pour handicapés moteur près de
Toulon.
Moi
je connais bien ces handicapés, il y a sept ou huit ans,
chaque fois qu'ils venaient à Paris pour visiter, je leur
sers de guide en moto. Je leur faisvisiter la capitale, ma soeur
me suit avec sa petite camionnette. Et puis inévitablement,
ils voualeitn traverser le Bois de Bouilogne. Et là, j'étais
dans la camionnette avec eux, et ils voyaient ces belles créatures,
ces beaux travelos, ils avaient des yeux comme ça Et un jour
j'ai demandé à ma soeur: "Dis, moi, cesgens-là,
est-ce qu'ils ont une sexualité, est-ce qu'ils font l'amour,
est-ce qu'ils ont envie d'avoir des histoires d' amour?" Et
elle me dit: "Mais qu'est ce que tu crois? C'est des gens comme
nous!" "Mais Julie, il y en a qui sont quand même
très durement appareillés, est-ce qu'ils y vont quand
même?" Alors elle me raconte cette histoire qui s'était
passée peu de temps auparavant dans son foyer, où
pour la première fois un handicapé avait osé
demander à une éducatrice d'aller faire l'amour avec
une femme. Et il lui avait dit:"Aucune femme normale ne voudra
de moi, il n'y a qu'une prostituée qui acceptera peut-être
de me rencontrer..." Et cette éducatrice, elle a pris
son petit ruban de couturirère, et elle est allée
sur la Nationale 7 mesurer en douce l'ouverture des portes des caravanes
où travaillent les prostituées. Et ensuite elle a
tenté de convaincre une prostituée de bien vouloir
rencontrer son handicapé, et cette fille a accepté.
Ert non seulement elle a accepté, mais par la suite elle
a accepté d'en rencontrer d'autres et c'est devenu un peu
une "collègue", une éducatrice spécialisée
à sa façon... (rires). Et quand j'ai raconté
tout ça à Jacques, il m'a dit: "Fonce, Jean Pierre,
c'est du Maupassant!" Donc j'ai écrit le scénario
en trois mois, j'ai fait trois version en trois mois avec ma co-scénariste
Anne Marie Catois, une directrice littéraire que j'ai débauchée
d'une boîte de production. Et puis voilà...
J'ai
voulu tourner cette histoire dans le foyer où travaille ma
soeur, qui fait partie de La Vieille Fête. Le directeur, les
éducateurs et les résidents étaient prêts
à ce que je tourne là-bas. Tout le monde voulait participer
au film, on avait l'autoridsation de la présidente de l'association,
mais 15 jours avant le début du tournage, elle a refusé
parce qu'elle a eu peur que ça choque les parents des résidents
handicapés faisant partie du conseil d'administration. Les
hotels étaient réservés, le matériel
était prêt, les repérages étaient faits,
et tout était annulé. Donc il a fallu que je trouve
une solution. Le film était en danger. Sur les 21 comédiens,
il y a 18 comédiens professionnels. Des gens qui tournent
beaucoup. Si je décalais le film, je perdais Olivier Gourmet,
le rôle principal, qui était dans La Promesse
des frères Dardenne, dans Rosetta, qui a eu la Palme d'Or
à Cannes. J'ai envoyé le scénario à
L'Association des Paralysés de France, ils l'ont lu en un
week end, et ils m'ont dit "Ecoutez, ça tombe pile dans
nos préoccupations actuelles. Choisisez le foyer où
vous voulez tourner. Et donc en fait, j'ai tourné à
Combes la Ville, à 40 kilomètres de Paris, au grand
désespoir des résidents du foyer où travaille
ma soeur qui avaient déjà choisi ceux qui devaient
tenir des rôles.
Le
personnage de René est-il totalement inspiré de l'handicapé
du foyer de votre soeur?
En
fait, je me suis inspiré pour René d'un vieil ami
qui était myopathe, qui est mort à 50 ans, qui était
mineur de fond en Lorraine et qui m'a aidé à écrire
la partie ouvrière de mon premier scénario il y a
une quinzaine d'années. Parce que j'ai été
scénariste pendant 15 ans. Le premier scénario que
j'ai écrit, c'était sur l'histoire de ma femme italienne
arrivant en France dans la vallée sidérurgique de
l'Est de la France, près de Metz, Tionville. René
Amistadi, que j'ai rencontré à cette occasion, était
militant syndicaliste, rouge, révolté, mais déjà
myopathe.Je l'ai vu se déplacer sur des béquilles,
ensuite dans un fauteuil mécanique, ensuite dans un fauteuil
électrique, ensuite il est parti à Saint Quentin.
On avait toujours envie de faire un film sur les handicapés,
et c'est après qu'il soit parti que j'ai eu l'idée.
Donc je me suis inspiré de lui pour travailler le personnage
principal de René. Le vrai René est mort il y a 4
ans. J'ai voulu lui rendre un hommage, ainsi qu'à la vraie
Julie, ma soeur... Mais elle ne veut pas qu'on sache que c'est elle
qui a vécu cette histoire, ça l'embête! (sourire)
Avez
vous montré le film au premier foyer?
Non,
malheureusement, eux, ils ont vu le film à la télé.
Mais dans l'autre foyer, oui. Les réactions ont été
très partagées!
Vous
avez délibérément opté pour le ton de
la comédie...
J'ai
choisi le ton de la comédie, peut-être parce que je
suis d'origine italienne, et j'aimais tellement les comédies
à l'italienne des années 70/80, Pain au Chocolat,
Nous nous sommes Tant Aimés... Et puis je pense que
plus les choses sont dures et douloureuses, plus le rire est la
meilleure façon d'en parler aux autres. Parce que sinon je
pense que personne n'irait voir ce film! (rires) Et puis j'ai envie
de rire avec eux. Quand on rencontre quelqu'un en fauteuil, on ne
sait jamais comment l'aborder, comment lui parler, on est mal...
Eh bien non! Ce sont des gens comme les autres, ils peuvent être
cons, avoir des défauts, on peut se moquer d'eux, rire avec
eux. Donc j'avais envie de partager le rire avec eux, de me marrer
avec eux. C'est une façon de les respecter, l'une des plus
belles. Ce sont des êtres humains avec des défauts
et une sexualité.
suite
de l'interview
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