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12ème Festival Cinématographique d'automne de Gardanne
du 27 Octobre au 7 Novembre

Qu'avez vous voulu faire passer à travers le personnage de tueur joué par Gérard Meylan?

Je crois que le personnage que joue Gérard est un personnage qui fictionnalise le film, le récit, en termes de mystère, d'opacité, de suspense, parmi d'autres personnages qui sont, je trouve, plus allégoriques, plus porteurs de chose que je veux dire. Le personnage de Gérard, bien qu'il "trimballe" tout un tas de choses - je donne quelques clés, une histoire d'amour longtemps avant, une histoire d'avortement très grave, il vit dans l'endroit où ses parents habitaient, il écoute Janice Joplin... - a été maintenu volontairement dès le scénario dans quelque chose d'opaque. Il n'y a pas de symbolique particulière dans ce personnage. Il est clair qu'il a du honorer quelques "contrats" dans sa vie, illustrés par l'assassinat qu'il commet à la fin du film et qui boucle l'histoire de ce personnage. Le rapport entre le réel et un élément de fiction forte est quelque chose qui "tient" le film. Cependant, cela appartient à la manière de faire un film plus qu'à une symbolique. Je souhaite que les spectateurs se laissent aller à interpréter le personnage de Gérard Meylan avec leurs propres émotions. C'est un personnage de cinéma, un tueur, un personnage dans des archétypes de cinéma, une ligne fictionnelle dans un film qui prétend être en coïncidence avec un certain nombre de réalités jusqu'à s'appuyer sur des faits divers.

Gérard Meylan: Je pense aussi que ce personnage est une respiration fictionnelle du film. Il est peut-être le seul personnage du film qui n'est pas accroché à une réalité qui est linéaire. Je crois que Robert et moi avions compris tous les deux que ce personnage devait être énigmatique pour, quelque part, permettre cette respiration dans le parcours du film.

On a la sensation qu'en 20 ans de carrière vous êtes restés très fidèle à vous-même, à votre démarche...

Robert Guédiguian: J'ai toujours fait des films où des problématiques très fortes étaient incarnées dans mes personnages. Ces problématiques évoluent bien évidemment avec l'âge. Quand j'ai commencé à faire du cinéma, j'ai fait des films avec des gens qui avaient 25 ans. Aujourd'hui j'ai 45 ans, les personnages principaux de mes films ont 45 ans, les problématiques correspondent à cet âge. Ce que je fais dans le film avec le flashback - montrant Gérard et Ariane 20 ans auparavant - est quelque chose de proprement diabolique, je trouve. Il arrête le temps. Il y a cette particularité au cinéma que le mouvement nous fait penser que ce qu'on voit existe. Il est est donc diabolique de mettre en continuité immédiate une image de gens qui ont vingt ans de moins et vingt ans de plus. Mais cela m'intéresse de prendre cette mesure sur des choses qui me sont familières, des corps et des décors - car les décors ont eux aussi beaucoup changé en 20 ans.

La réception de vos films est-elle la même selon l'endroit où vous les présentez?

C'est pareil, ce qui est plutôt rassurant. En France, ça ne marche pas très bien à Strasbourg, et très bien à Toulouse. Mieux qu'à Marseille. De la même manière que ça marche mieux en Espagne, Argentine, Italie, au Canada. Après, ça dépend des films. Marius et Jeannette n'a pas marché en Angleterre, alors qu'A la Place du Coeur a bien marché. C'est l'inverse en France. A la Vie à la Mort est resté 6 mois à l'affiche à Toulouse et a fait 25 000 entrées, ce qui est énorme par rapport à la population de cette ville. A Marseille on n'a même pas fait 10 000 entrées. Le film a plus de réputation qu'il n'a fait d'entrées. Parfois on imagine que des films ont bien marché parce qu'ils sont cultes. A la Vie à la Mort est un film dont beaucoup de gens parlent, mais il n'a pas fait tant d'entrées que ça, 120 000 entrées. On en parle plus qu'A la Place du Coeur, qui en a fait 250 000. Ca dépend de beaucoup de choses, de l'exploitant notamment. A Toulouse, ça se passe toujours autour d'un cinéma qui s'appelle Utopia Toulouse, monté par les gens qui avaient fondé Utopia Avignon. C'est une des salles qui marche extrêmement bien en France, particulièrement sur des types de cinéma comme les miens. Ceci dit, Toulouse est aussi une ville où il y a beaucoup de réfugiés espagnols, c'est celle qui a le plus accueilli de réfugiés espagnols en 1936, et A la Vie à la Mort parle aussi de ça avec le personnage de Papa Carlosa.

Propos recueillis par Frédéric Leconte, Robin Gatto & Yannis Polinacci

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Robert Guédiguian

Robert Guédiguian et Gérard Meylan

Robert Guédiguian


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