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Qu'avez
vous voulu faire passer à travers le personnage de tueur
joué par Gérard Meylan?
Je
crois que le personnage que joue Gérard est un personnage
qui fictionnalise le film, le récit, en termes de mystère,
d'opacité, de suspense, parmi d'autres personnages qui sont,
je trouve, plus allégoriques, plus porteurs de chose que
je veux dire. Le personnage de Gérard, bien qu'il "trimballe"
tout un tas de choses - je donne quelques clés, une histoire
d'amour longtemps avant, une histoire d'avortement très grave,
il vit dans l'endroit où ses parents habitaient, il écoute
Janice Joplin... - a été maintenu volontairement dès
le scénario dans quelque chose d'opaque. Il n'y a pas de
symbolique particulière dans ce personnage. Il est clair
qu'il a du honorer quelques "contrats" dans sa vie, illustrés
par l'assassinat qu'il commet à la fin du film et qui boucle
l'histoire de ce personnage. Le rapport entre le réel et
un élément de fiction forte est quelque chose qui
"tient" le film. Cependant, cela appartient à la
manière de faire un film plus qu'à une symbolique.
Je souhaite que les spectateurs se laissent aller à interpréter
le personnage de Gérard Meylan avec leurs propres émotions.
C'est un personnage de cinéma, un tueur, un personnage dans
des archétypes de cinéma, une ligne fictionnelle dans
un film qui prétend être en coïncidence avec un
certain nombre de réalités jusqu'à s'appuyer
sur des faits divers.
Gérard
Meylan: Je pense aussi que ce personnage est une respiration fictionnelle
du film. Il est peut-être le seul personnage du film qui n'est
pas accroché à une réalité qui est linéaire.
Je crois que Robert et moi avions compris tous les deux que ce personnage
devait être énigmatique pour, quelque part, permettre
cette respiration dans le parcours du film.
On
a la sensation qu'en 20 ans de carrière vous êtes restés
très fidèle à vous-même, à votre
démarche...
Robert
Guédiguian: J'ai toujours fait des films où des problématiques
très fortes étaient incarnées dans mes personnages.
Ces problématiques évoluent bien évidemment
avec l'âge. Quand j'ai commencé à faire du cinéma,
j'ai fait des films avec des gens qui avaient 25 ans. Aujourd'hui
j'ai 45 ans, les personnages principaux de mes films ont 45 ans,
les problématiques correspondent à cet âge.
Ce que je fais dans le film avec le flashback - montrant Gérard
et Ariane 20 ans auparavant - est quelque chose de proprement diabolique,
je trouve. Il arrête le temps. Il y a cette particularité
au cinéma que le mouvement nous fait penser que ce qu'on
voit existe. Il est est donc diabolique de mettre en continuité
immédiate une image de gens qui ont vingt ans de moins et
vingt ans de plus. Mais cela m'intéresse de prendre cette
mesure sur des choses qui me sont familières, des corps et
des décors - car les décors ont eux aussi beaucoup
changé en 20 ans.
La
réception de vos films est-elle la même selon l'endroit
où vous les présentez?
C'est
pareil, ce qui est plutôt rassurant. En France, ça
ne marche pas très bien à Strasbourg, et très
bien à Toulouse. Mieux qu'à Marseille. De la même
manière que ça marche mieux en Espagne, Argentine,
Italie, au Canada. Après, ça dépend des films.
Marius et Jeannette n'a pas marché en Angleterre,
alors qu'A la Place du Coeur a bien marché. C'est
l'inverse en France. A la Vie à la Mort est resté
6 mois à l'affiche à Toulouse et a fait 25 000 entrées,
ce qui est énorme par rapport à la population de cette
ville. A Marseille on n'a même pas fait 10 000 entrées.
Le film a plus de réputation qu'il n'a fait d'entrées.
Parfois on imagine que des films ont bien marché parce qu'ils
sont cultes. A la Vie à la Mort est un film dont beaucoup
de gens parlent, mais il n'a pas fait tant d'entrées que
ça, 120 000 entrées. On en parle plus qu'A la Place
du Coeur, qui en a fait 250 000. Ca dépend de beaucoup
de choses, de l'exploitant notamment. A Toulouse, ça se passe
toujours autour d'un cinéma qui s'appelle Utopia Toulouse,
monté par les gens qui avaient fondé Utopia Avignon.
C'est une des salles qui marche extrêmement bien en France,
particulièrement sur des types de cinéma comme les
miens. Ceci dit, Toulouse est aussi une ville où il y a beaucoup
de réfugiés espagnols, c'est celle qui a le plus accueilli
de réfugiés espagnols en 1936, et A la Vie à
la Mort parle aussi de ça avec le personnage de Papa
Carlosa.
Propos
recueillis par Frédéric Leconte, Robin Gatto
& Yannis Polinacci
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