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Ouverture
tranquille ?
Encore une fois cette année, le festival de Gardanne est victime
(dans le bon sens) de son succès au vu du nombre de personnes malheureusement
refusées à l'entrée de la grande salle du cinéma Trois Casino. Le
public s'étaient en effet déplacé en nombre pour assister à la présentation
du dernier film de Robert Guédiguian, La
ville est tranquille.
Attendu depuis plusieurs année dans la cité minière, Robert Guédiguian
a enfin fait honneur au public de sa présence, accompagné de Gérard
Meylan, présent à plusieurs reprises aux différentes ouvertures
du festival lorsqu'un film de son réalisateur de prédilection y
était présenté et Malek Hamzaoui, producteur et directeur de production
de la plupart des films du metteur en scène Estaquais (ndlr : originaire
de l'Estaque, arrondissement -le 16ème !- de Marseille, cher notamment
à tous les amoureux du réalisateur).
Tout le monde s'est ensuite retrouvé tout d'abord au débat en compagnie
des invités pour ensuite aller déguster le traditionnel et néanmoins
très agréable cocktail de bienvenue.
Une ouverture qui augure bien de la suite du festival et de la suite
de la compétition puisque La ville est tranquille était le
premier film en lice pour le prix du public.
Entretien
avec Robert Guédiguian
Quelle
sorte d'expérience représente le fait de tourner deux
films en continuité?
Robert
Guédiguian: Le fait d'avoir fait deux films, A l'Attaque!
et La Ville est Tranquille, à trois semaines d'intervalle,
a été une expérience très intéressante.
On avait commencé à écrire le scénario
de La Ville est Tranquille. Etrangement Jean Louis Milési,
mon coscénariste habituel, et moi, avons trouvé que
l'écriture de ce film allait trop vite. Donc on s'est remis
à penser à une autre histoire et le processus d'écriture
s'est là aussi déroulé très rapidement.
De fil en aiguille, on s'est retrouvés à écrire
deux histoires, l'une extrêmement drôle et l'autre noire.
Et ça nous a excité, et je pense que ça a extrémisé
les deux récits et les tournages. Le fait d'avoir fait un
premier film très stylisé, typé, optimiste,
très haut en couleurs, où l'on montre le réel
tel qu'il pourrait être, ou tel qu'on aurait tous envie qu'il
soit, c'est à dire avec des possibilités de changer
le monde, d'actions collectives, etc., avec un contenu formel jubilatoire
dont les formes ressortissent à la culture populaire, l'opéra,
le guignol, la commedia dell'arte nous a probablement encouragé
à faire l'opposé, La Ville est Tranquille,
où l'on montre le monde tel qu'il est - bien que je pense
que le monde soit des deux côtés, il faut réunir
les deux films pour avoir une vision un peu plus exhaustive. Ce
second film était aussi très intéressant d'un
point de vue formel, pour tous les techniciens et les acteurs qui
l'ont fait, il s'agissait de travailler sur le registre inverse,
faire le contraire de la stylisation, imaginer que ces personnages
existaient et quasiment faire un documentaire sur eux. On faisait
donc un grand écart sur ce qu'est le cinéma, l'illusion
totale ou la coïncidence totale avec le réel, et aussi
la façon de parler du monde, soit en étant optimiste,
du côté de la volonté, soit en étant
dans le constat, forcément du côté de quelque
chose de pessimiste et de l'intelligence - pour reprendre ma formule,
"optimisme de l'intelligence et pessimisme de la volonté".
Dans
votre prochain film vous représenterez peut-être le
monde la fois tel qu'il est et tel que vous voudriez qu'il soit...
Non,
justement, je crois qu'il faut être excessif , prendre un
registre et aller jusqu'au bout de ce registre-là. Il faut
faire des films qui ne soient pas nuancés, qui ne mélangent
pas les deux aspects, il faut faire des tragédies ou des
comédies, mais pas faire des tragicomédies, je pense
que ce n'est pas bien.
La
musique a vraiment un rôle important dans ce film...
Il
est vrai qu'elle a un rôle très particulier à
l'intérieur du film, un rôle un peu plus dramaturgique
que les autres fois, et il s'avère qu'elle se situe un peu
plus du côté des choses positives. Les comportements
les plus positifs sont du côté de gens qui, comme par
hasard mais ce n'est pas un hasard, s'occupent ou se préoccupent
de musique. Peut-être parce qu'il y a dans ce film une recherche
d'harmonie et de beauté qui est assez désorientée.
Les trois personnages qui sont la professeur de musique, le jeune
sorti de prison, et le gamin qui joue du piano et qui réussit
au fil du film à se payer un piano en jouant tous les dimanches,
sont donc les trois personnages les plus positifs du film. Ce sont
les "notes" les plus belles du film.
suite
de l'interview
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