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Festival Tous Courts d'Aix en Provence
du 2 au 9 décembre 200

Entretien avec Jack Cardiff, Enfant terrible du Technicolor

Né à Yarmouth en Angleterre en 1914, Jack Cardiff est le fils de comédiens ambulants et passe donc toute son enfance sur la route et dans le monde du spectacle. Il fait sa première figuration à 4 ans avant de travailler sur des tournages divers (dont de Hitchcock en 1931) à partir de 1928. Il devient chef opérateur car ce sont les chefs opérateurs qui voyagent le plus. On lui propose dans les années 30 d'être formé au Technicolor, dont il devient rapidement un maître en travaillant avec Michael Powell sur Une Question de Vie et de Mort, Le Narcisse Noir (qui lui vaut l'oscar de la meilleure photo en 1948) et Les Chaussons Rouges. Son originalité et son esprit inventif, accentués par l'audace de Powell, lui valent une réputation d'enfant terrible auprès des laboratoires de Technicolor. Après le succès des Chaussons Rouges aux Etats Unis (alors que le film fait un flop en Angleterre), il débute une brillante carrière à Hollywood et travaille successivement avec Alfred Hitchcock (Les Amants du Capricorne), John Huston (African Queen), King Vidor (Guerre et Paix) ou Joseph L Mankiewicz (La Comtesse aux Pieds Nus).
Il commence sa carrière de metteur en scène en 1953 avec une transposition des aventures de Guillaume Tel avec Errol Flynn qui ne peut malheureusement être menée à bout . Il réalise une quinzaine de longs métrages entre 1958 et 1991, dont Sons and Lovers en 1968 et Girl on a Motorcycle, avec Marianne Faithfull, en 1968.
Il publie en 1966 chez Faber and Faber une autobiographie riche en anecdotes intitulée Magic Hour.
Rencontre avec une personnalité marquante de l'Histoire du Cinéma.

1. Michael Powell/Les Débuts

Vous êtes à Aix pour présenter un film du patrimoine britannique, pourquoi avoir choisi Une Question de Vie et de Mort ?

Parce qu'il y a deux ans, il a été choisi comme meilleur film britanique depuis l'apparition du Technicolor. Il a donc fait le tour de nombreux festivals. C'est un film qui a été fait il ya plus de cinquante ans, en 1946. Il a eu beaucoup de succès récemment quand il est ressorti à Londres. Et les critiques lui ont donné cinq étoiles.

C'était votre premier film avec Michael Powell.

Oui, après j'ai fait le Narcisse Noir, pour lequel j'ai obtenu un oscar, et les Chaussons Rouges. J'ai fait trois films avec lui. C'était une personne avec laquelle j'ai beaucoup aimé travailler. C'était un grand metteur en scène, très audacieux... Et un peu fou, il aimait essayer des choses folles. Comme moi avec le Technicolor. J'étais l'enfant terrible (en français dans le texte) du Technicolor, parce que je transgressais sans arrêt les règles. Je préférais expérimenter mes propres techniques. On formait donc une bonne équipe, Michael et moi. Pressburger, l'associé de Michael, était tout le contraire. Michael était toujours plein d'idées fantasques et merveilleuses, et Pressburger était très intelligent, très sage et raisonné. Il disait toujours de faire attention et empêchait que le tournage ne devienne trop fou. C'était vraiment une bonne équipe.

Comment êtes vous devenu chef opérateur ?

Eh bien, dans l'industrie du cinéma, ce n'est pas comme dans une banque ou une entreprise quelconque, où il y a des délais officiels pour les promotions. Vous savez, vous avez été deux ans à tel poste, alors on vous propose un poste plus haut... Dans le monde de cinéma, c'est un peu fou : vous devez apprendre en regardant. J'ai commencé comme assistant, dans des secondes équipes, et après on m'a proposé de faire des petites choses. Puis Michael Powell a vu mon travail et m'a demandé si je voulais bien photographier son prochain film. C'était mon premier film en tant que chef opérateur. C'est une question de chance et d'opportunité. Quelquefois, vous pouvez travailler très dur et n'avoir jamais d'opportunité. Moi, j'ai été chanceux.

Et vous avez eu l'opportunité, notamment, d'être le premier chef opérateur britannique formé au Technicolor...

Oui, c'est exact. Tecnicolor avait envoyé des délégués en Grande Bretagne pour trouver un jeune assistant qu'ils pourraient former. Et j'ai été choisi. J'ai donc débuté comme jeune opérateur technicolor, faisant quelques éclairages à la demande. Et pendant la guerre, parce que tout cela se passait au début de la guerre, nous avons fait beaucoup de travaux pour le gouvernement. Je participais à des opérations de camouflage, j'étais à bord d'avions et de bateaux en convoi pour l'Amérique. C'était très excitant. Une nuit, nous avons été attaqués par des sous-marins allemands. C'était terrifiant. Il y avait aussi un procédé de simulation, par lequel les jeunes pilotes pouvaient apprendre les trajectoires de tir en Technicolor. C'était notre travail pour le gouvernement. C'était très intéressant. Après la guerre, j'ai fait toute une série de petits travaux, en espérant avoir la possibilité d'émerger. Et je l'ai eue grâce à Michaël Powell.

Quels ont été les changements dans l'histoire du Technicolor ?

Le grand changement, ça a été quand Technicolor est devenu Eastmancolor. Puisque nous étions partis des caméra technicolor, qui étaient des caméras qui comprenaient trois films tournant en même temps derrière un prisme. C'était très compliqué. Nous devions avoir un magasin pour les films qui était très large. La caméra était énorme, et le blimp qui l'entourait pour étouffer le bruit des moteurs était gigantesque aussi. Et pour moi c'était très difficile car il n'y avait pas beaucoup d'espace pour placer un projecteur à côté de la caméra. Ensuite Eastmancolor est apparu avec les couleurs primaires sur une seule bande et Technicolor a arrêté les caméras à trois films. L'Eastmancolor est devenu universel et utilisable par tout le monde. Ce fut le changement majeur.

Une autre chose, c'est que le film qu'on utilisait au départ nécessitait une grande quantité de lumière. On était obligé d'utiliser des projecteurs imposants, ce qui était gênant quand on voulait produire des effets de lumières subtiles comme des éclairages à la bougie. Vous pouvez imaginer un éclairage à la bougie avec ces énormes projecteurs ! Avec l'Eastmancolor, on pouvait utiliser des petites lampes incandescentes, ce qui était beaucoup plus intéressant pour varier les effets. Maintenant, c'est Eastmancolor qui domine et la photographie est toujours meilleure. Certaines personnes prétendent parfois que le vieux Technicolor était meilleur, mais ce n'est pas vrai. Ils me disent peut être ça pour être gentils (rires). Mais ce n'est pas vrai du tout.

2. Hollywood
3. Jack Cardiff réalisateur

 


Jack Cardiff

Les Chaussons Rouges, éclairé par J. Cardiff

Jack Cardiff

Girl on motorcycle


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