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Entretien
avec Jack Cardiff, Enfant terrible du Technicolor
Né
à Yarmouth en Angleterre en 1914, Jack Cardiff est le fils
de comédiens ambulants et passe donc toute son enfance sur
la route et dans le monde du spectacle. Il fait sa première
figuration à 4 ans avant de travailler sur des tournages
divers (dont de Hitchcock en 1931) à partir de 1928. Il devient
chef opérateur car ce sont les chefs opérateurs qui
voyagent le plus. On lui propose dans les années 30 d'être
formé au Technicolor, dont il devient rapidement un maître
en travaillant avec Michael Powell sur Une Question de Vie et
de Mort, Le Narcisse Noir (qui lui vaut l'oscar de la
meilleure photo en 1948) et Les Chaussons Rouges. Son originalité
et son esprit inventif, accentués par l'audace de Powell,
lui valent une réputation d'enfant terrible auprès
des laboratoires de Technicolor. Après le succès des
Chaussons Rouges aux Etats Unis (alors que le film fait un
flop en Angleterre), il débute une brillante carrière
à Hollywood et travaille successivement avec Alfred Hitchcock
(Les Amants du Capricorne), John Huston (African Queen),
King Vidor (Guerre et Paix) ou Joseph L Mankiewicz (La
Comtesse aux Pieds Nus).
Il commence sa carrière de metteur en scène en 1953
avec une transposition des aventures de Guillaume Tel avec
Errol Flynn qui ne peut malheureusement être menée
à bout . Il réalise une quinzaine de longs métrages
entre 1958 et 1991, dont Sons and Lovers en 1968 et Girl
on a Motorcycle, avec Marianne Faithfull, en 1968.
Il publie en 1966 chez Faber and Faber une autobiographie riche
en anecdotes intitulée Magic Hour.
Rencontre avec une personnalité marquante de l'Histoire
du Cinéma.
1.
Michael Powell/Les Débuts
Vous
êtes à Aix pour présenter un film du patrimoine
britannique, pourquoi avoir choisi Une Question de Vie et de
Mort ?
Parce
qu'il y a deux ans, il a été choisi comme meilleur
film britanique depuis l'apparition du Technicolor. Il a donc fait
le tour de nombreux festivals. C'est un film qui a été
fait il ya plus de cinquante ans, en 1946. Il a eu beaucoup de succès
récemment quand il est ressorti à Londres. Et les
critiques lui ont donné cinq étoiles.
C'était
votre premier film avec Michael Powell.
Oui,
après j'ai fait le Narcisse Noir, pour lequel j'ai
obtenu un oscar, et les Chaussons Rouges. J'ai fait trois
films avec lui. C'était une personne avec laquelle j'ai beaucoup
aimé travailler. C'était un grand metteur en scène,
très audacieux... Et un peu fou, il aimait essayer des choses
folles. Comme moi avec le Technicolor. J'étais l'enfant
terrible (en français dans le texte) du Technicolor,
parce que je transgressais sans arrêt les règles. Je
préférais expérimenter mes propres techniques.
On formait donc une bonne équipe, Michael et moi. Pressburger,
l'associé de Michael, était tout le contraire. Michael
était toujours plein d'idées fantasques et merveilleuses,
et Pressburger était très intelligent, très
sage et raisonné. Il disait toujours de faire attention et
empêchait que le tournage ne devienne trop fou. C'était
vraiment une bonne équipe.
Comment
êtes vous devenu chef opérateur ?
Eh
bien, dans l'industrie du cinéma, ce n'est pas comme dans
une banque ou une entreprise quelconque, où il y a des délais
officiels pour les promotions. Vous savez, vous avez été
deux ans à tel poste, alors on vous propose un poste plus
haut... Dans le monde de cinéma, c'est un peu fou : vous
devez apprendre en regardant. J'ai commencé comme assistant,
dans des secondes équipes, et après on m'a proposé
de faire des petites choses. Puis Michael Powell a vu mon travail
et m'a demandé si je voulais bien photographier son prochain
film. C'était mon premier film en tant que chef opérateur.
C'est une question de chance et d'opportunité. Quelquefois,
vous pouvez travailler très dur et n'avoir jamais d'opportunité.
Moi, j'ai été chanceux.
Et
vous avez eu l'opportunité, notamment, d'être le premier
chef opérateur britannique formé au Technicolor...
Oui,
c'est exact. Tecnicolor avait envoyé des délégués
en Grande Bretagne pour trouver un jeune assistant qu'ils pourraient
former. Et j'ai été choisi. J'ai donc débuté
comme jeune opérateur technicolor, faisant quelques éclairages
à la demande. Et pendant la guerre, parce que tout cela se
passait au début de la guerre, nous avons fait beaucoup de
travaux pour le gouvernement. Je participais à des opérations
de camouflage, j'étais à bord d'avions et de bateaux
en convoi pour l'Amérique. C'était très excitant.
Une nuit, nous avons été attaqués par des sous-marins
allemands. C'était terrifiant. Il y avait aussi un procédé
de simulation, par lequel les jeunes pilotes pouvaient apprendre
les trajectoires de tir en Technicolor. C'était notre travail
pour le gouvernement. C'était très intéressant.
Après la guerre, j'ai fait toute une série de petits
travaux, en espérant avoir la possibilité d'émerger.
Et je l'ai eue grâce à Michaël Powell.
Quels
ont été les changements dans l'histoire du Technicolor
?
Le
grand changement, ça a été quand Technicolor
est devenu Eastmancolor. Puisque nous étions partis des caméra
technicolor, qui étaient des caméras qui comprenaient
trois films tournant en même temps derrière un prisme.
C'était très compliqué. Nous devions avoir
un magasin pour les films qui était très large. La
caméra était énorme, et le blimp qui l'entourait
pour étouffer le bruit des moteurs était gigantesque
aussi. Et pour moi c'était très difficile car il n'y
avait pas beaucoup d'espace pour placer un projecteur à côté
de la caméra. Ensuite Eastmancolor est apparu avec les couleurs
primaires sur une seule bande et Technicolor a arrêté
les caméras à trois films. L'Eastmancolor est devenu
universel et utilisable par tout le monde. Ce fut le changement
majeur.
Une
autre chose, c'est que le film qu'on utilisait au départ
nécessitait une grande quantité de lumière.
On était obligé d'utiliser des projecteurs imposants,
ce qui était gênant quand on voulait produire des effets
de lumières subtiles comme des éclairages à
la bougie. Vous pouvez imaginer un éclairage à la
bougie avec ces énormes projecteurs ! Avec l'Eastmancolor,
on pouvait utiliser des petites lampes incandescentes, ce qui était
beaucoup plus intéressant pour varier les effets. Maintenant,
c'est Eastmancolor qui domine et la photographie est toujours meilleure.
Certaines personnes prétendent parfois que le vieux Technicolor
était meilleur, mais ce n'est pas vrai. Ils me disent peut
être ça pour être gentils (rires). Mais ce n'est
pas vrai du tout.
2.
Hollywood
3. Jack Cardiff réalisateur
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