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Entretien avec Jean Paul Gaultier, Jury au Festival de Cannes 2012

Couturier de renommée internationale et cinéphile avéré, Jean-Paul Gaultier est la première personnalité de la mode à rejoindre le Jury du Festival de Cannes. Celui
qu’on surnomme l’Enfant terrible de la mode a travaillé à plusieurs reprises pour le cinéma, aux côtés de Luc Besson et Pedro Almodovar.

Votre vocation de couturier est née après avoir vu Falbalas, de Jacques Beker. Est-ce que votre carrière ressemble au film finalement ?
C’est absolument fou, je me suis vu moi-même vivre !
Heureusement, il n’y a pas la scène où il passe par la fenêtre et devient fou… J’ai revu le film et je me suis rendu compte que j’ai vraiment vécu le moment où il montre des vêtements et il dit «c’est pas mal ouais… ».
La façon de le dire, j’ai eu l’impression de me voir moi-même, c’est étrange ! Je dis que ma vocation vient du film mais en fait, c’est sur le tard que je me suis rendu compte que Falbalas m’avait marqué.

Vous avez habillé Milla Jovovich dans Le Cinquième élément et travaillé trois fois avec Pedro Almodovar. Y a-t-il un autre réalisateur dont l’univers vous inspire et avec qui vous aimeriez travailler ?
Ils ont des univers visuels, des couleurs et un esthétisme particuliers. Jaime bien Carax par exemple, il a un univers assez onirique qui va vers le rêve. J’aime bien aussi Tim Burton mais son univers est tellement précis et marqué que ça laisserait peu de place à l’imagination d’un créateur.

Vous avez pris la mode à contre-pied en cassant les codes, ou du moins en imposant les vôtres. Est-ce que c’est une démarche que vous attendez de la part d’un cinéaste ?
Quand je regarde un film, j’attends un côté rebelle. C’est en cela que j’aime Almodovar
qui a été dans des endroits dans lesquels où on ne l’attendait pas et qui n’a pas hésité à bousculer les codes. J’aime bien les formes de rébellion, quand on donne un coup de pied aux traditions, à ce qu’on doit faire et ne doit pas faire. Mes coups de cœur vont quand il y a des surprises et qu’on passe des barrières.

La mode et le glamour font aussi partie du Festival de Cannes. Vous souvenez-vous d’une tenue vestimentaire qui vous a marqué sur les marches ?

Ce n’est pas la Cicciolina qui une fois est venue nue sous un voile il y a une vingtaine d’années ? Sinon, moi-même, quand  je suis venu deux fois en short et que j’ai été refusé !

A votre manière, dans un défilé, vous dirigez vos modèles, vos ambiances, vous racontez une histoire par l’art de la mode.
Pourriez-vous le faire au cinéma ?

Non, c’est un travail au-delà. En ayant collaboré avec des metteurs en scène, je me rends compte à quel point c’est difficile. C’est quelque chose sur les épaules qui me tuerait ! Je ne pense pas avoir la force de diriger les acteurs, la psychologie, les images qu’on veut soi-même…
Je préfère collaborer et suggérer.

 

AST

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