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Annaud ouvre Berlin avec Stalingrad

Il revient en Europe après une parenthèse américaine qui n'en était pas une : je veux parler de Jean-Jacques Annaud, cinéaste français et citoyen du monde, qui de l'Afrique au Tibet en passant par l'Indochine de Duras, le paléolithique et le Moyen-Age, n'en finit pas de surprendre son public. Ce réalisateur hors-normes se met lui-même au défi de ne jamais tourner deux fois de suite le même film. Ayant exploré déjà un certain nombre de genres, il n'avait pas essayé celui du film de guerre. C'est désormais chose faite avec Stalingrad ( Enemy at the Gates ) présenté en gala d'ouverture au Festival de Berlin.

Il est intéressant d'essayer de savoir où cette aventure prend ses sources. Jean-Jacques Annaud avait pris pour point de chute les studios américains de Sony-Columbia afin d'y travailler sur de nouveaux projets. Il y eut entre autres, l'aventure du format géant de l'Imax 3 D qui lui permit de tourner en l996 Les Ailes du Courage, un épisode de la légende héroïque de l'Aéropostale sous forme de moyen-métrage toujours projeté aujourd'hui dans son format d'origine sur l'écran du Futuroscope de Poitiers, et dans un certain nombre de salles spécialement équipées de par le monde.

Ensuite, Jean-Jacques Annaud se passionna pour la rédemption et le bouddhisme à travers une autre histoire vraie, celle de la rencontre entre un alpiniste autrichien et le jeune dalaï-lama dans les années l944/1945. La star Brad Pitt prêta son visage, sa notoriété et son talent à un film qui fut à travers le monde un nouveau succès commercial pour son auteur, après ceux de La Guerre du Feu, du Nom de la Rose ou de l'Ours.

C'est avec les mêmes partenaires, un indépendant au sein des majors, la société Mandalay, déjà productrice de Sept ans au Tibet, que Jean-Jacques Annaud peut réussir ce qui est rare pour un réalisateur étranger : garder intacte sa liberté de création et d'écriture tout en trouvant un financement qui avoisine les 90 millions de dollars.

" Je pars toujours pour faire un " petit film " intimiste, et à la fin, je me retrouve avec des budgets pharamineux " , s'exclame le cinéaste. " Je n'y peux rien, ce sont mes rêves que je veux mettre sur l'écran, sans faire de concessions…Et j'ai la chance de pouvoir y arriver à chaque fois. C'est pour cela que je préfère tourner moins souvent, mais aller au bout des sujets qui me tiennent vraiment à cœur… "

Nous approchons des racines de Stalingrad. Le film a sans doute été une réponse inconsciente à la gravité et au calme du précédent, qui faisait la part belle à la sagesse et à la grandeur intérieure. Jean-Jacques Annaud se souvenait d'une anecdote que lui avait signalé son scénariste Alain Godard (autre partenaire attitré du metteur en scène avec Gérard Brach), l'histoire authentique de deux snipers allemand et russe qui se sont poursuivis dans un duel implacable au cœur de la plus grande bataille du siècle,Stalingrad, celle qui a précipité la chute d'Hitler et du IIIème Reich. Repéré par la propagande soviétique qui avait besoin de héros, le jeune Vasssili, un berger soviétique devenu tireur d'élite en tuant des loups, va devenir la hantise des nazis pris au piège de la cité russe sur les bords de la Volga. Il faut l'abattre par tous les moyens et les allemands dépèchent un officier lui aussi expert du fusil à lunettes. Une course poursuite s'engage au milieu des ruines, et des bombes, sous les yeux d'une jeune combattante soviétique tombée amoureuse de Vassili. Chacun ira au bout de son destin, pendant que l'enfer de la guerre se déchaîne pendant ce terrible hiver 1942 - 1943.

Annaud a monté ce projet avec une rapidité inhabituelle, trouvant le financement, les décors et les comédiens en un temps record à peine le script terminé. Pas question de tourner dans une Russie moderne livrée à la mafia, c'est l'Ex Allemagne de l'Est qui a fourni les lieux nécessaires à la spectaculaire reconstitution d'une bataille d'une violence inouïe, entre les studios de Babelsberg pour la post-production et quelques scènes d'intérieur, tandis que les villages proches de la Pologne, et d'anciens camps russes désaffectés permettaient la reconstruction d'un chaos digne de Dante. Le casting est original : les trois héros sont joués par de jeunes acteurs britanniques tous venus de la scène, Jude Law ( que l'on reverra dans le prochain Spielberg A.I) Jo Fiennes, et Rachel Weisz, star pulpeuse et charmante de La Momie, mais aussi excellente comédienne. Autour d'eux, deux poids lourds, Ed Harris, dans le rôle de l'officier nazi chargé d'abattre Vassili, avec son légendaire regard bleu acier, et un superbe Bob Hoskins pour jouer un Kroutchtchev plus vrai que nature.

A l'arrivée, une fresque impressionnante pour une déchirante histoire humaine, " le mélange du plan large et du microscope " comme les aime Annaud pour un film qui sera l'un des évènements du printemps 2001, avec une sortie simultanée début mars sur les écrans français et américains.

Michel PASCAL

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JJ Annaud

L'équipe du film à Berlin

Stalingrad

Stalingrad

Jude Law, Rachel Weisz

Bob Hoskins


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