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Le
chemin de Francis Veber
dans le cinéma français est unique, exemplaire, et mérite qu'on
s'y arrête. Pas seulement parce qu'il est constellé de succès qui
ont crevé souvent le plafond du box-office (Le Dîner de Cons
a dépassé les dix millions d'entrées) mais aussi parce que si certains
films peuvent être oubliés (il y en a très peu), beaucoup sont de
vrais bijoux, dépassant largement le cadre de la comédie banale
pour offrir un vrai regard de moraliste sur les hommes, la société,
et leurs travers. La sortie du Placard le confirme : cette
comédie fine et subtile est la plus brillante satire qu'on ait vu
chez nous depuis des lustres sur le monde du travail, la férocité
des rapports hiérarchiques, le politiquement correct. Après la visite
impromptue du contrôleur fiscal devenu héros malgré lui d'un "dîner
de cons", Le Placard gratte encore plus là où ça fait mal,
tout en déclenchant rires et émotion : c'est un grand bonheur.
Oui, il y a certainement du Molière chez le petit neveu de Tristan
Bernard qui a commencé sa carrière comme journaliste à Radio-Luxembourg
avant de bifurquer vers l'écriture, le théâtre et le scénario. Il
signe d'abord L'emmerdeur, Le Grand Blond avec une chaussure
noire, Le magnifique, puis l'adaptation de La Cage
aux Folles.Il passe à la réalisation avec Le Jouet en
1976 suivi bientôt d'une trilogie restée célèbre, La Chèvre,
Les Compères et les Fugitifs.
Devant un tel succès, Hollywood l'appelle et fait retentir ses sirènes
pour adapter ses films au moule américain, notamment une nouvelle
version des Fugitifs. Même dans une très belle maison à Malibu,
on peut s'ennuyer, et l'exil doré va très vite peser sur les épaules
de Francis Veber qui écrit là-bas sa future pièce, Le Dîner de
Cons avant de réintégrer sa douillette maison de Neuilly et
le pays de France qui lui semble mieux convenir à son esprit, à
son travail, à sa liberté d'auteur.
Cette triomphale rentrée française le prouve : et Le Placard
ne peut que combler le grand public comme les spectateurs les plus
exigeants. On retrouve évidemment le protéiforme François Pignon,
véritable double du cinéaste, exprimant ses angoisses et ses doutes
face au reste d'un monde hostile et fourbe. Cette fois, notre ami
Pignon n'est plus un agent du fisc mais le modeste comptable d'une
société de caoutchouc de la région parisienne qui s'apprête à faire
une "charrette". Et Pignon apprend du côté de la machine à café
qu'il est sur la liste. Un ami et voisin lui glisse un conseil avisé
: dites que vous êtes homo et ils ne vous toucheront plus ! Aussitôt
dit, aussitôt fait : la rumeur court l'entreprise et monte jusqu'au
PDG. Pignon est homo, on ne peut plus le virer, ça ne se fait pas…Une
nouvelle vie commence, face aux voisins de bureau, face à l'ex-femme,
face à tous les autres.L'homo qui ne l'est pas doit apprendre à
vivre avec sa nouvelle image…
Ecrit et réalisé au rasoir, filmé et joué avec une précision diabolique,
Le Placard est un régal d'écriture et donc d'interprétation
pour une pléiade d'acteurs qui n'ont jamais été aussi bons. C'est
Daniel Auteuil qui
roule ses grands yeux ronds à la cantine du bureau face à tous les
" vrais " hommes qui le regardent de travers depuis qu'on sait "qu'il
en est …". C'est son copain Gérard Depardieu, le Directeur des Ressources
Humaines, qui d'un seul coup, le regarde autrement, et se demande
si par hasard, lui aussi… Depardieu joue ici son meilleur rôle depuis
longtemps. Et il y a tous les autres, Rochefort, Lhermitte, Michel
Aumont, et du côté des femmes, une Michèle Laroque formidable, comme
la petite secrétaire " salope ", l'excellente Armelle Deutsch.
Ce Placard est un régal, du grand art. Une comédie intelligente
comme on en fait peu.
Michel PASCAL
coups
de coeur précédents :
Mortel Transfert
Dr T et les Femmes,
La Saison des Hommes
Chicken Run, Billy
Elliot
Escrocs mais pas
trop
Girlfight
Charlie et ses
Drôles de Dames
Infidèle
In The Mood for
Love
The Yards
La Route d'Eldorado
Dancer in the
Dark
Au Nom d'Anna
Bread and Roses
La Captive, Woman
on Top, Virgin Suicides
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