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La Chasse au Beineix est ouverte

Pourquoi tant de haine ? Cette question, Jean-Jacques Beineix doit se la poser chaque matin en ouvrant la presse qui le canarde à boulets rouges depuis plusieurs jours. Il y a plusieurs réponses à cette question , et elles n'ont pas forcément de rapport avec la qualité ou les défauts de son nouveau film, sans doute le plus réussi de son auteur depuis 37°2 Le Matin sorti en 1986.

Un, Beineix a construit son nom, sa notoriété et sa carrière non pas avec, mais contre la critique, et cela dès son premier film Diva, qui a été sauvé par le bouche-à-oreille du public et a connu un succès atypique, alors que déjà les grands medias l'avaient démoli, et n'avaient pas donné cher de sa peau. De cette première violence, le cinéaste a gardé une plaie ouverte qui ne s'est jamais refermée.

Deux, il revient aujourd'hui après huit années de long silence qui ont suivi l'échec commercial d'IP 5, son dernier titre, avec Yves Montand. Pendant cette traversée du désert, Jean-Jacques Beineix n'est pas resté inactif loin de là. Qu'il mène des combats courageux à la tête des Auteurs Réalisateurs Producteurs, ou qu'il signe de superbes documentaires pour la télévision, comme Assigné à Résidence, le terrible combat de Jean-Dominique Bauby face à la maladie et à la mort paralysante.

Trois, Jean-Jacques Beineix, n'est pas par nature, un champion de la communication et de la prostitution obligée à laquelle le monde moderne soumet les artistes qui en acceptent le jeu pas toujours très glorieux. C'est cette fierté hautaine et solitaire qu'il paye cher aujourd'hui, de façon terriblement injuste.

Car Mortel Transfert est un film passionnant et passionné, un objet brûlant et personnel, une analyse qui ne cherche même pas à se cacher derrière l'apparence d'un thriller baroque et érotique.

Michel Durand est psychanalyste. Lors d'une séance avec l'une de ses plus jolies patientes, une kleptomane perverse et manipulatrice, il s'assoupit et se réveille en plein cauchemar. Olga Kubler est morte, étranglée sur le divan de son médecin. Dehors, la neige tombe sur Paris, et Michel Durand doit agir à toute allure. La bonne vient faire le ménage, il faut cacher le cadavre sous le divan, et tenter de comprendre ce qui s'est passé.

Qui a pu étrangler Olga, l'épouse d'un promoteur véreux, qui fait la une des journaux ? Le psy se transforme en enquêteur, traqué par la terre entière, de la police qui le soupçonne au mari qui recherche une énorme somme d'argent que sa femme a dérobé avant de mourir… Au bout de la route et de la nuit, il y aura du sexe, de la violence, des rêves, un peu d'amour, et la recherche de quelques petites madeleines qui ont à voir avec l'enfance et les troubles enfouis qui constituent le " moi ", le sur-moi " et le " ça " freudiens de chaque homme ici-bas…

Mortel Transfert est d'abord d'une confondante beauté plastique, nous rappelant l'immense talent de réalisateur de Beineix qui n'a pas son pareil pour créer une atmosphère étrange, envoûtante, en quelques plans composés comme des tableaux. Références à Dali et Bunuel, au rêve hitchockien de La Maison du Docteur Edwards, aux récentes images du dernier Kubrick, mais d'abord fidélité à un univers personnel, celui d'un homme qui refait le même tableau depuis le début, avec une folie obsessionnelle, de Diva à Roselyne et les Lions en passant par La Lune dans le Caniveau.

Le sexe et la libido nimbent cette comédie noire et grinçante où Jean-Hugues Anglade se révèle exceptionnel, comme un double troublant du réalisateur. Donnant pour la première fois une grande place à l'humour, Beineix signe un film magique, palpitant, dans lequel il faut se plonger en oubliant tout, comme pour un plaisir volé et onaniste, tellement il nous offre de fruits défendus.

Robert Hirsch, Yves Rénier, Catherine Mouchet, Denis Podalydès sont les instruments de cette partition à la fois morbide et jubilatoire, dans un Paris nocturne et blanc, cotonneux comme un rêve poisseux. Deux visages féminins dominent l'histoire : le visage de la morte, confiée à Hélène de Fougerolles, et le visage de la femme aimée et vivante, incarné par l'excellente Miki Manojlovic.

" La chasse au Beineix est ouverte ", confiait tristement le cinéaste à un hebdomadaire. Avant que Mortel Transfert ne rentre au Panthéon des films maudits, allez vite en salle prouver aux critiques qu'ils sont devenus fous…pour que nous n'attendions pas trop longtemps son prochain film.

Michel PASCAL

coups de coeur précédents :
Dr T et les Femmes, La Saison des Hommes
Chicken Run, Billy Elliot
Girlfight
Charlie et ses Drôles de Dames
Infidèle

In The Mood for Love
The Yards
La Route d'Eldorado
Dancer in the Dark
Au Nom d'Anna
Bread and Roses
La Captive, Woman on Top, Virgin Suicides


Mortel Transfert

Mortel Transfert

Mortel Transfert

JJ Beneix

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