|
C’est un Robert Altman
en super forme qui vient frapper les trois coups de la nouvelle
année. Son
Docteur T et les Femmes prouve que l’auteur de Short
Cuts a gardé intact son humour de satiriste et sa capacité de jeter
du vitriol sur la société américaine.
Ici, il prend pour cible la bonne société de Dallas, en faisant
le portrait inattendu du plus grand gynécologue de la ville, livré
aux frasques et aux bourrasques de ses patientes et de sa famille.
Comment un homme normalement constitué, peut-il subir du matin au
soir, les assauts de clientes tour à tour ménopausées ou nymphomanes,
névrosées ou affolantes, sans oublier une épouse qui devient folle
et se refuse à lui, une fille qui se révèle être lesbienne à la
veille de son mariage, une maitresse qui lui apprend le golf et
le laisse tomber dès qu’il tombe amoureux, des cousines alcooliques
et givrées, et une assistante qui l’aime évidemment en secret dès
le premier jour, et attend le soir pour lui sortir ses bas et ses
portes jarretelles, etc…etc…
La vision décapante de la salle d’attente du médecin en proie aux
piaillements et aux crises de nerfs permanentes, est l’une des plus
réjouissantes qu soit. Tout le monde n’appréciera pas la férocité
du regard, et bien des femmes jugeront sans doute ce film caricatural
ou injuste. Car le miroir tendu n’est pas d’une grande tendresse.
Le plus surprenant sans doute, est que ce film permet à Richard
Gere de faire une de ses plus belles prestations de comédien depuis
ses débuts au cinéma. Il est un docteur Travis séduisant et puéril,
accablé et prévenant, absolument parfait. On se régale aussi des
multiples numéros d’actrices qui se déploient autour de lui : de
Helen Hunt à Farah Fawcett en passant par Liv Tyler et Laura Dern,
toutes contribuent à faire de ce bouquet d’hormones en folie un
cocktail explosif. La photo et la mise en scène sont éblouissantes,
pour livrer une œuvre chorale comme les aime le réalisateur de Nashville,
pleine de misanthropie galopante et de désillusion sur la race humaine
en général, hommes et femmes confondus. En attendant, la forme est
là, et le pamphlet touche juste. On se régale, mais c’est de l’alcool
fort qui s’achève en apocalypse généralisée.
Il serait injuste de ne pas signaler pour compenser ce regard, celui
que jette Moufida Tatli sur la société tunisienne contemporaine,
avec La Saison des Hommes. Même si ce film n’a pas la même
réussite éclatante que les superbes Silences du Palais, il
faut aller se plonger dans l’atmosphère des maisons de Djerba, véritable
gynécée où les épouses et les filles attendent la venue rituelle
des hommes chaque été, pour leur apporter l’argent gagné à Tunis,
les honorer de cadeaux, et aussi les féconder. Il y a dans cette
chronique des dialogues et des moments éblouissants, comme cette
baignade dans la mer où les robes se déploient en corolles multicolores.
Entre sensualité et révolte, soumission et injustice, le film dit
à voix feutrée la condition des femmes du Maghreb avec un talent
sûr et une belle émotion.
Enfi,n pour le plaisir, on signalera un féroce polar anglais, une
farce sanglante aux dialogues et aux situations assez sauvages,
Sexy Beast de Jonathan
Glazer qui permet à Ben
Kingsley et à quelques autres un numéro jubilatoire.
Michel PASCAL
coups
de coeur précédents :
Chicken Run, Billy
Elliot
Girlfight
Charlie et ses
Drôles de Dames
Infidèle
In The Mood for
Love
The Yards
La Route d'Eldorado
Dancer in the
Dark
Au Nom d'Anna
Bread and Roses
La Captive, Woman
on Top, Virgin Suicides
|