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Coup d'essai, coup de maître. La formule n'est pas nouvelle, mais
elle convient parfaitement à Karyn
Kusama, 32 ans. Cette disciple de John Sayles a non seulement
appris la boxe pendant huit ans, mais aussi ce qu'est le cinéma
indépendant en travaillant avec l'auteur de Lone Star et
Men with Guns. Le résultat, c'est Girlfight,
qui a glané à Sundance en janvier dernier à la fois le prix du jury
et celui de la mise en scène, avant de passer par la Quinzaine des
Réalisateurs à Cannes et de triompher à Deauville en remportant
le Grand Prix.
A l'opposé de l'excellent
Billy Elliot, le triomphe anglais annoncé prochainement
sur nos écrans, où un jeune garçon passe de la boxe à la danse,
nous voyons ici une collégienne exorciser toute la violence qui
est en elle en montant sur le ring pour libérer sa rage et sa colère.
Dès les premiers plans du film, nous savons que Diana Guzman est
une ado pas commode qui explose si on la chatouille un peu trop…Ses
copines de lycée en font les frais à l'occasion. Les directs peuvent
partir à la moindre contrariété. Pareil à la maison. Comme les joies
sont rares dans le quartier de Brooklyn où elle grandit, Diana décide
de transformer son atout en jeu et en défi. Elle convainc un entraîneur
de la prendre sous sa coupe pour lui permettre d'affronter des hommes
en combats mixtes, autorisés par la fédération…Un long apprentissage
commence.
Le film de Karyn Kusama est d'une totale simplicité formelle,et
c'est ce qui fait sa force et sa beauté. Car si le scénario reste
volontairement linéaire et sans grande surprise,c'est dans le portrait
de la jeune femme et de son cheminement que réside toute l'intensité
du propos. En filmant au plus près son héroïne, son regard blessé,
son corps prêt à bondir, Karyn fait de Diana une jeune Brando féminine,
féline et violente, cachant mal ses fêlures derrière une carrure
de jeune poids coke…
On l'a deviné : le film doit aussi beaucoup au choix miraculeux
de son interprète. La jeune Michelle Rodriguez, qui ne quitte pratiquement
jamais l'écran pendant 90 minutes, est tout simplement extraordinaire
dans son mélange étonnant de féminité et de violence prête à jaillir.
Qu'elle soit à l'entraînement, cognant comme une bête, trempée de
sueur et de fatigue, ou dans sa chambre d'adolescente, elle nous
touche constamment par des regards aussi intenses que ses coups…
Boxe, boxe, comme chante Nougaro. Michelle Rodriguez fait une belle
entrée en cinéma à travers ce récit qui nous dit comme Nizan que
vingt ans n'a jamais été le plus bel âge de la vie.
Les
400 coups de Diana Guzman mis en scène par Karyn Kusama ont un air
de Nouvelle Vague, dans leur verdeur agressive, dans leur dénonciation
calme des injustices du monde et des souffrances de la jeunesse.
On attend avec impatience le prochain film de Karyn comme celui
de Michelle… Gageons qu'ils ne tarderont pas !
Michel PASCAL
coups
de coeur précédents :
Charlie et ses
Drôles de Dames
Infidèle
In The Mood for
Love
The Yards
La Route d'Eldorado
Dancer in the
Dark
Au Nom d'Anna
Bread and Roses
La Captive, Woman
on Top, Virgin Suicides
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