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Vive les Femmes !

Coïncidence de dates ? Pas sûr. Trois films de femmes déboulent en même temps cette semaine sur vos écrans, la très proustienne Captive de Chantal Ackerman projetée à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. L'étonnant premier film de la fille Coppola Virgin Suicides qu'on attendait depuis plus d'un an. Et enfin une fantaisie érotique et piquante signée Fina Torres, Woman on Top maladroitement rebaptisé pour la France Amour, piment et Bossa Nova.
Dans les trois, l'amour fait mal, qu'il soit sublimé, sacrifié ou librement assumé. Mais les trois chemins qui nous sont racontés valent tous la peine d'être empruntés…

Le plus audacieux pari, c'est bien cette libre adaptation de La Prisonnière de Marcel Proust par Chantal Ackerman. On appréciera sa fidèlité à l 'esprit plus qu'à la lettre dans cette transposition moderne et parisienne de la mise sous verre d'une jeune femme par un jeune homme qui se cogne à sa partenaire comme un papillon sur une vitre. Entre Simon et Ariane, des mots plus que des actes, la chambre comme prison des jeux de l'amour, le verre dépoli d'une salle de douche qui laisse entrevoir le sombre mystère du sexe opposé, pour nous raconter une guerre et une fascination sans cesse renouvelée… La jalousie exacerbée de l'amant entomologiste pour l'objet de son désir est jouée par un Stanislas Mehrar impeccable face à l'étonnante Sylvie Testud, révélée dans Karnaval. Femmes entre elles dans un boudoir, jeux de plages et jeux de mains, ,échappées en voiture, passage à l'opéra, frustration et consommation , tout cela est raconté sur un ton volontairement monocorde qui finit par nous envoûter comme les méandres de la phrase proustienne. Un exploit, un film pur et dur, tranchant, à prendre ou à laisser. Prenez-le, vous ne le regretterez pas.

Oui, Sofia mérite de s'appeler Coppola et ce n'était pas gagné d'avance quand il faut porter le poids écrasant de papa au moment de dire moteur pour la première fois de sa vie. En adaptant le roman de Jeffrey Eugenides, Sofia Coppola part avec son narrateur sur les traces de cinq sœurs blondes et belles, qui ont décidé de mettre fin à leurs jours les unes après les autres par une nuit des années 7O. Pourquoi, comment en sont-elles arrivées là ? Trip Fontaine va essayer de nous le faire comprendre, lui qui couchait vingt ans plus tôt avec la plus ardente fille de cette famille, pur produit Wasp du Michigan. L'adolescence n'est pas le plus bel âge de la vie, c'est une certitude, mais tous les boutons d'acné et tous les chagrins d'amour ne conduisent pas forcément au tombeau. C'est dans le secret des chambres de jeunes filles que se cachent les secrets de leur mort brutale, nous montre le film de la jeune Coppola, à coup de polaroïds, de morceaux de ciel bleu, de murs roses et fades, de regards desespérés. La jolie Kirsten Dunst jue Lux Lisbon, la brûlante égérie du clan qui sort du cloître familial pour échanger des disques de Gilbert O'Sullivan avec ses copains. La bande originale est superbe, les actrices aussi, la mise en scène mélange le clair et l'opaque avec génie. Bref, on sort secoué, remué, par ce désastre : les vierges ne méritent pas de mourir et pourtant elles le font…

Pour vous remettre du mal-être et du malaise de Virgin, il vous reste la version positive et coquine de Fina Torres qui a fait délibérément œuvre commerciale et grand public avec la trajectoire de sa jolie brésilienne qui s'échappe de Bahia vers San Francisco pour ne plus subir la loi du mâle. Elle veut être " dessus " et pas dessous, c'est le sens du titre, et il dit bien ce qu'il veut dire. En devenant cuisinière et star de télé, la craquante Penelope Cruz exporte en Californie des secrets de son pays, des recettes pleines d'aphrodisiaques qui enchaînent les hommes au cœur et au corps des femmes. Coloré, charnel, musical, c'est un moment de plaisir éphémère qui se savoure comme un verre de punch et laisse les hommes en état de transes…On aurait bien tort de bouder cette samba qui ensoleille l'automne du cinéma.

Michel Pascal


La Captive

Virgin Suicides

Woman on Top


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