www.filmfestivals.com
 

 

Toy Story 2

John Lasseter réédite avec brio la performance de ses deux précédents films en image de synthèse, en donnant une fois de plus la vie à ses jouets favoris.

Initialement prévu pour le marché vidéo uniquement, Toy Story 2 commence sa vie sur grand écran en fanfare puisque ce film vient de remporter le prix de la meilleure comédie lors de la 57ème cérémonie des Golden Globe décernés le 23 janvier 2000 à Los Angeles. Une consécration pour John Lasseter, lui-même " oscarisé " en 1995, dont c'est ici le troisième long-métrage. Co-produit par Disney et Pixar, Toy Story 2 remet donc en scène Woody le cow boy, Buzz l'éclair et les autres jouets préférés du petit garçon Andy. Rompant avec l'univers champêtre décrit dans 1001 pattes, Lasseter nous plonge à nouveau dans celui de la vie urbaine, un imaginaire qu'il cultive si bien depuis ses premiers courts métrages (Luxo Jr, Tin Toy, etc.). Son créneau est de jouer sur le réalisme troublant que procure la 3D pour donner vie à des jouets, effet magique que les humains ignorent et dont les jouets eux-mêmes sont seuls à connaître l'existence.

Lasseter chef d'orchestre
Prenant de la hauteur dans une production qui réunit plusieurs dizaines d'animateurs, d'infographistes, de directeurs artistiques, de décorateurs, d'éclairagistes, Lasseter s'est entouré pour ce troisième opus de plusieurs scénaristes dont Doug Chamberlin et Chris Webb, co-auteurs de Casper II et de Small Soldiers et de deux co-réalisateurs, Lee Unkrich, chef monteur sur ses deux précédents films, et Ash Brannon, directeur de l'animation sur le premier Toy Story. Car le deuxième épisode s'est enrichi en personnages et en décors et a gagné en complexité technique. On trouve de nouveaux jouets animés tels que Jessie l'écuyère, Papi Pépite le prospecteur, le cheval Pil Poil et le sinistre Al qui kidnappe Woody. Tout ce petit monde évolue dans 18 décors originaux, dont le magasin Toy Barn, un bureau et une cage d'ascenseur dans un immeuble art déco de 23 étages, un aéroport et un avion cargo. Les décorateurs ont dû ainsi dessiner plus de 1200 modèles 3D d'accessoires, arbres, meubles, immeubles, maisons, rues et voitures. On croit avoir à faire à des scènes réelles, tant les détails ont été soignés. " Nous avons consacré beaucoup de temps à introduire de la vie, de l'imprévu, de petits défauts et même quelques grains de poussière afin de contrer la pureté uniforme de l'image informatique " rapporte Bill Cone, l'un des deux chefs décorateurs. Comme l'expliquent les auteurs du film " l'animation par ordinateur recourt à un langage et des techniques de plus en plus proches du cinéma " live " contemporain, et invite par là même à la recherche de formes d'expression toujours plus vivantes et dynamiques ". Pour sauver Woody, victime d'un rapt, ses amis Buzz, Mr Patate, Rex le dino et autre cochon tirelire vont se lancer dans une " jungle d'asphalte " oh combien périlleuse pour le sortir de ce mauvais pas. Mais Woody découvre qu'il est un jouet très recherché des collectionneurs, " collector " comme on dit. Car, comme lui explique Jessie, son alter-ego féminin qu'il rencontre chez Al, ses jours sont comptés. En effet les enfants grandissent et leurs jouets finissent abandonnés plein de poussière sous un lit ou dans un placard, avant d'être finalement donnés ou jetés… à moins d'être sauvés en devenant des objets de musée. Il doit alors choisir entre une " panthéonisation " prématurée au Japon ou retrouver la chambre d'Andy et ses amis. " Le film aborde des émotions fondamentales - la peur de grandir ou la crainte de voir nos enfants s'éloigner " explique Lee Unkrich.
Cinq secondes par semaine.
Réaliser une heure trente trois minutes de film en images 3D de cette facture est un énorme enjeu technique et un processus très lent, puisque le rythme de production n'a pas dépassé les 4 à 5 secondes par semaine avec vingt heures de travail en moyenne pour finaliser une seule image. Mais l'informatique, si souvent décriée par les puristes de l'animation, a ses avantages. Pour la productrice Karen Robert Jackson, " l'animation assistée par ordinateur nous fournit la meilleure des " caméras ". Le point est assuré en toutes circonstances, et l'on peut arrêter et démarrer au quart de seconde. Nous exerçons un contrôle total sur l'image ". Sur le terrain Kyle Balda, l'un des deux directeurs de l'animation, y trouve lui aussi son compte : " C'est le mouvement que je préfère dans l'animation, et l'ordinateur vous permet de vous concentrer totalement sur cet aspect. Vous n'avez plus besoin de vérifier la conformité du personnage à son modèle (qui est fixé une fois pour toutes dans la machine, NDLA), vous pouvez consacrer tous vos efforts à l'interprétation et au rythme ". Surtout lorsqu'on sait que les personnages clés sont deux fois plus complexes que ceux du premier film sur le plan de l'animation. Des progrès ont été accomplis au niveau de l'éclairage, du lissage et des expressions faciales ; et de nouveaux logiciels ont permis de développer des interactions plus riches entre personnages et objets ainsi que des personnages entre eux. D'autres avancées portent sur la simulation de la peau, des poils, des chevelures et des tissus. Des outils innovants, comme ceux développés sur Le Joueur d'échec (Geri's Game), produit par Pixar en 1997, ont permis notamment de perfectionner le système musculaire et les comportements humains. En clin d'œil à ce court métrage de Jan Pikava, le personnage Geri réapparaît en restaurateur de jouets dans Toy Story 2. Lasseter ne se prive d'ailleurs pas d'injecter ça et là d'autres hommages cinématographiques : à Jurassic Park et à Star Wars . Une référence au cinéma que l'on retrouve techniquement dans le travail sur la profondeur de champ " qui valorise les éléments clefs du plan et améliorent la lisibilité " souligne Ash Brannon, mais aussi sur la mobilité de la caméra et les techniques de prise de vues. " En créant des premiers plans ou des arrières plans légèrement flous, nous améliorons le relief de l'image et donnons un surcroît de profondeur " fait remarquer Lee Unkrich qui rappelle que dans Toy Story 1, tout dans l'image était net, ce qui donnait une tonalité artificielle à l'ensemble. Au niveau de l'éclairage, l'accent a été mis sur une lumière plus douce et certains plans contiennent jusqu'à cinquante sources lumineuses, sans compter les innombrables effets de réflexion.
Comme l'explique Sharon Calahan, directrice de la photographie, alors que " la dynamique de Toy Story reposait sur le montage et non sur les mouvements de caméra, c'est ici l'inverse. Le résultat est beaucoup plus cinématographique et proche des techniques de prise de vue réelles ".
Au stade final, la puissance des ordinateurs ayant encore progressé, l'opération de rendu des images est aujourd'hui deux fois plus performant qu'en 1995 avec le premier long métrage. Le modelage 3D et l'animation ont été accomplis sur stations Silicon Graphics avec les logiciels d'Alias Wavefront, la peinture 2D avec ceux d'Interactive Effects le rendu avec Renderman de Pixar ; et le calcul de rendu final obtenu sur serveur Sun Microsystems. Rappelons pour conclure que Tom Hanks prête une nouvelle fois sa voix au personnage de Woody et que les musiques et chansons sont signées Randy Newman comme dans les deux précédents films du tandem Disney-Pixar. A quand un Toy Story 3 ?

FilmFestivals.com reporter
Jean Segura

Official website


 
CREDITS
Producteur Helene Plotkin, Karen Robert Jackson
Réalisateur John Lasseter
Histoire Originale John Lasseter, Pete Docter, Ash Brannon, Andrew Stanton
Musique Randy Newman
Voix Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusak,
Durée 93 min
Distribution GBVI