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Lasseter
chef d'orchestre
Prenant de la hauteur dans une production qui réunit plusieurs dizaines
d'animateurs, d'infographistes, de directeurs artistiques, de décorateurs,
d'éclairagistes, Lasseter s'est entouré pour ce troisième opus de plusieurs
scénaristes dont Doug Chamberlin et Chris Webb, co-auteurs de Casper
II et de Small Soldiers et de deux co-réalisateurs, Lee
Unkrich, chef monteur sur ses deux précédents films, et Ash Brannon,
directeur de l'animation sur le premier Toy Story. Car
le deuxième épisode s'est enrichi en personnages et en décors et a gagné
en complexité technique. On trouve de nouveaux jouets animés tels que
Jessie l'écuyère, Papi Pépite le prospecteur, le cheval Pil Poil et
le sinistre Al qui kidnappe Woody. Tout ce petit monde évolue dans 18
décors originaux, dont le magasin Toy Barn, un bureau et une cage d'ascenseur
dans un immeuble art déco de 23 étages, un aéroport et un avion cargo.
Les décorateurs ont dû ainsi dessiner plus de 1200 modèles 3D d'accessoires,
arbres, meubles, immeubles, maisons, rues et voitures. On croit avoir
à faire à des scènes réelles, tant les détails ont été soignés. " Nous
avons consacré beaucoup de temps à introduire de la vie, de l'imprévu,
de petits défauts et même quelques grains de poussière afin de contrer
la pureté uniforme de l'image informatique " rapporte Bill Cone, l'un
des deux chefs décorateurs. Comme l'expliquent les auteurs du film "
l'animation par ordinateur recourt à un langage et des techniques de
plus en plus proches du cinéma " live " contemporain, et invite par
là même à la recherche de formes d'expression toujours plus vivantes
et dynamiques ". Pour sauver Woody, victime d'un rapt, ses amis Buzz,
Mr Patate, Rex le dino et autre cochon tirelire vont se lancer dans
une " jungle d'asphalte " oh combien périlleuse pour le sortir de ce
mauvais pas. Mais Woody découvre qu'il est un jouet très recherché des
collectionneurs, " collector " comme on dit. Car, comme lui explique
Jessie, son alter-ego féminin qu'il rencontre chez Al, ses jours sont
comptés. En effet les enfants grandissent et leurs jouets finissent
abandonnés plein de poussière sous un lit ou dans un placard, avant
d'être finalement donnés ou jetés… à moins d'être sauvés en devenant
des objets de musée. Il doit alors choisir entre une " panthéonisation
" prématurée au Japon ou retrouver la chambre d'Andy et ses amis. "
Le film aborde des émotions fondamentales - la peur de grandir ou la
crainte de voir nos enfants s'éloigner " explique Lee Unkrich.
Cinq secondes par semaine.
Réaliser une heure trente trois minutes de film en images 3D de cette
facture est un énorme enjeu technique et un processus très lent, puisque
le rythme de production n'a pas dépassé les 4 à 5 secondes par semaine
avec vingt heures de travail en moyenne pour finaliser une seule image.
Mais l'informatique, si souvent décriée par les puristes de l'animation,
a ses avantages. Pour la productrice Karen Robert Jackson, " l'animation
assistée par ordinateur nous fournit la meilleure des " caméras ". Le
point est assuré en toutes circonstances, et l'on peut arrêter et démarrer
au quart de seconde. Nous exerçons un contrôle total sur l'image ".
Sur le terrain Kyle Balda, l'un des deux directeurs de l'animation,
y trouve lui aussi son compte : " C'est le mouvement que je préfère
dans l'animation, et l'ordinateur vous permet de vous concentrer totalement
sur cet aspect. Vous n'avez plus besoin de vérifier la conformité du
personnage à son modèle (qui est fixé une fois pour toutes dans la machine,
NDLA), vous pouvez consacrer tous vos efforts à l'interprétation et
au rythme ". Surtout lorsqu'on sait que les personnages clés sont deux
fois plus complexes que ceux du premier film sur le plan de l'animation.
Des progrès ont été accomplis au niveau de l'éclairage, du lissage et
des expressions faciales ; et de nouveaux logiciels ont permis de développer
des interactions plus riches entre personnages et objets ainsi que des
personnages entre eux. D'autres avancées portent sur la simulation de
la peau, des poils, des chevelures et des tissus. Des outils innovants,
comme ceux développés sur Le Joueur d'échec (Geri's
Game), produit par Pixar en 1997, ont permis notamment de perfectionner
le système musculaire et les comportements humains. En clin d'œil à
ce court métrage de Jan Pikava, le personnage Geri réapparaît en restaurateur
de jouets dans Toy Story 2. Lasseter ne se prive d'ailleurs
pas d'injecter ça et là d'autres hommages cinématographiques : à Jurassic
Park et à Star Wars . Une référence au cinéma
que l'on retrouve techniquement dans le travail sur la profondeur de
champ " qui valorise les éléments clefs du plan et améliorent la lisibilité
" souligne Ash Brannon, mais aussi sur la mobilité de la caméra et les
techniques de prise de vues. " En créant des premiers plans ou des arrières
plans légèrement flous, nous améliorons le relief de l'image et donnons
un surcroît de profondeur " fait remarquer Lee Unkrich qui rappelle
que dans Toy Story 1, tout dans l'image était net, ce
qui donnait une tonalité artificielle à l'ensemble. Au niveau de l'éclairage,
l'accent a été mis sur une lumière plus douce et certains plans contiennent
jusqu'à cinquante sources lumineuses, sans compter les innombrables
effets de réflexion.
Comme l'explique Sharon Calahan, directrice de la photographie, alors
que " la dynamique de Toy Story reposait sur le montage
et non sur les mouvements de caméra, c'est ici l'inverse. Le résultat
est beaucoup plus cinématographique et proche des techniques de prise
de vue réelles ".
Au stade final, la puissance des ordinateurs ayant encore progressé,
l'opération de rendu des images est aujourd'hui deux fois plus performant
qu'en 1995 avec le premier long métrage. Le modelage 3D et l'animation
ont été accomplis sur stations Silicon Graphics avec les logiciels d'Alias
Wavefront, la peinture 2D avec ceux d'Interactive Effects le rendu avec
Renderman de Pixar ; et le calcul de rendu final obtenu sur serveur
Sun Microsystems. Rappelons pour conclure que Tom Hanks prête une nouvelle
fois sa voix au personnage de Woody et que les musiques et chansons
sont signées Randy Newman comme dans les deux précédents films du tandem
Disney-Pixar. A quand un Toy Story 3 ?
FilmFestivals.com
reporter
Jean Segura
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