Le petit voleur  

GENERIQUE
Producteur Agat Films, La Sept Arte
Réalisateur Erick Zonca
Scénario Erick Zonca, Virginie Wagon
Image Pierre Milon
Interprètes Nicolas Duvauchelle,Yann Tregouet, Jean-Jérôme Esposito, Martial Bezot, Jo Prestia
Durée 63 min
Distribution Diaphana

INTERVIEW DE ERICK ZONCA & VIRGINIE WAGON

F : Le Petit Voleur dure 1h03 seulement. Avez vous du sacrifier des choses dans le scénario ? Certains personnages de femmes ?

EZ : Ce film n'était pas du tout prévu pour une sortie en salles. Il était sensé rester à la télé. La durée était donc imposée par Arte. Il se trouve qu'après ils ont désiré sortir le film en salles, ce qui nous a fait plaisir. C'est sympa, quand on est cinéaste, que les spectateurs puissent voir le film sur grand écran. Donc on avait écrit une histoire d'une heure. C'est vrai qu'on n'avait pas le temps de traiter les personnages de femmes. Néanmoins, on a voulu donner des regards de femmes, des regards qui voient vraiment les choses, alors que S. évolue en aveugle. C'est sûr que si on avait écrit le Petit Voleur pour le cinéma, on l'aurait écrit différemment. Là, on s'en est donnés à cœur joie dans le côté non psychologique, les grosses ellipses, le récit abrupt marchant avec des paliers de violence.

VW : On voulait vraiment sortir de l'univers de femmes de la Vie Rêvée des Anges.

F : Arte vous a-t-elle imposé de ne pas clore le film sur la scène très dure d'égorgement ?

EZ : Tout le contraire. Quand Pierre Chevalier a vu le film sur la table de montage, il m'a dit : "coupe ta fin, on reste sur le moment où il est égorgé, sur le trottoir, c'est beaucoup plus beau". Et moi je lui ai dit : "Pierre, je ne fais pas du cinéma beau, je fais du cinéma qui raconte quelque chose". Après, quand il a vu le film à Locarno, il m'a dit "Tu as raison. Ç'aurait été esthétisant"... Il y a plus violent que l'esthétique... Quelque part, on fait rêver le spectateur même avec la violence, jusqu'à l'égorgement. On fait rêver le spectateur sur une bande de petits voleurs à Marseille, avant de le faire retomber dans le réel, la réalité du monde.

F : Votre film, c'est l'Anti-Rosetta, non ? Rosetta s'accroche éperdument à son travail, tandis que S. décroche rapidement...

EZ : Dans ce sens là, oui. Cependant, Rosetta dérive aussi vers la violence. Quelqu'un qui est capable, pour trouver un travail, de dénoncer le type qui l'aide, qui est capable de laisser se noyer quelqu'un, est effectivement perdu socialement. Il n'y a qu'à voir le trajet qu'elle fait tous les jours pour regagner sa caravane, sa mère... Socialement, ce n'est pas quelqu'un qui arrive à vivre.

F : Le Petit Voleur a reçu le Fipa d'Or de la meilleure Fiction à Biarritz l'an dernier. Qu'avez vous ressenti à l'époque, et pourquoi s'est-il écoulé un an entre Biarritz et la diffusion du film ?

EZ : On était très contents à l'époque. On avait envie de donner un coup de poing dans la télé. Avec Arte, on avait les coudées franches. Si on avait proposé ce scénario à une autre chaîne, on se serait faits traiter de fous. Il s'est écoulé un an, parce qu'il fallait que les 6 films de la collection Droite/Gauche dont fait partie le Petit Voleur soient finis et qu'ils soient programmés avec une semaine d'intervalle entre chaque film.

F : Vous avez bénéficié pour ce film de l'infrastructure marseillaise des films de Robert Guédiguian...

EZ : Oui, les gens qui travaillent avec Robert viennent de l'Estaque et connaissent très bien Marseille. Ils ont tout de suite pu nous faire repérer les endroits qu'on cherchait. Ces personnes produisent pas mal de films avec Agat Films, et Gilles Sandoz, le producteur d'Agat, les a remerciées quand il a eu son César.

F : Virgine, vous avez tourné votre premier film en tant que réalisatrice, Le Secret, avec l'acteur noir américain Tony Todd (Candyman)...

VW : Je pense changer le titre. Il y a trois rôles principaux, dont Tony Todd. J'ai fait un gros casting pour ce rôle. D'abord en France, dans le milieu des musiciens, je voulais quelqu'un d'environ 50 ans, et j'ai vu tous les noirs américains de Paris, beaucoup de musiciens. C'était un rôle assez sexuel, et les musiciens refusaient par pudeur. J'ai ensuite fait un casting à Londres. Pareillement, j'avais beaucoup de problèmes pour trouver un black américain de 50 ans, avec de la maturité. Il y a beaucoup de comédiens noirs, mais plus jeunes, entre 25 et 35 ans. Pour finir, mon producteur m'a autorisé à faire un casting américain à New York et à Los Angeles, et c'est à Los Angeles que j'ai trouvé Tony Todd.

C'est quelqu'un qui a un physique assez imposant, sa main faisait la cuisse de ma comédienne. Je lui parlais par Visiophone de Paris. Lui était avec tous ses avocats dans une immense salle à Los Angeles. On était inquiets. Il a débarqué deux jours avant le début du tournage, pour des questions d'argent. Mais ça s'est très bien passé avec lui. Il était très professionnel, il ne connaissait pas Paris, l'Europe, donc il avait l'impression de débarquer en pleine brousse africaine (rires). Il avait des scènes difficiles, beaucoup de scènes de sexe, et il a toujours été très à l'écoute de ce que je lui demandais. Le premier soir de tournage, je l'ai emmené à la Closerie des Lilas, on s'est soûlé la gueule là-bas (rires), on a fumé des cigares... A la fin du film, il m'a dit :"tu sais, tu m'as donné mon premier rôle d'humain..." C'était une belle réplique, sachant qu'il a joué dans les Candyman...

Robin GATTO