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53e
Festival International du Film de Locarno
2 - 12 août 2000
Baba (Papa) de Wang Shuo
Chine
- 1996 - 92 mn
Première Oeuvre
Léopard d’Or
Synopsis :
Ma
Linsheng, petit bureaucrate à la fois veule, violent et passionné,
se comporte de façon imprévisible face à son fils, un adolescent
sensible et ouvert. Président du syndicat de son entreprise, il
dissimule ses rêves romantiques sous des allures de macho indifférent.
Un jour, Ma Che commet une erreur à l’école en mettant en doute
avec insolence les propos de son professeur. Son père rédige alors
pour lui une lettre de conscience ; mais le garçon, qui ne se reconnaît
pas dans ce portrait, refuse de le signer. Humilié par cette attitude,
Linsheng le frappe. Dès lors, leur relation déjà houleuse se transforme
en épreuve de force...
Portrait de Wang Shuo :
Né en 1958 à Nanjing, Wang Shuo a surgi comme un météore dans le
paysage culturel chinois, se positionnant rapidement comme un acteur
essentiel de la littérature de son pays. Ecrivain, essayiste, scénariste
pour le cinéma et la télévision, réalisateur et producteur, ce personnage
public adulé par les jeunes, est aussi une figure controversée,
attaqué par la critique officielle, qui a qualifié ses livres de
« littérature de voyous », au nom de son influence négative sur
la jeunesse.
Après avoir exercé plusieurs sortes de métiers, dont celui de marin,
il débute en 1984 avec un bref roman, L’Hôtesse, qui mettra d’emblée
le feu aux poudres en imposant un ton qui exprime le mal de vivre
d’une jeunesse hostile à l’ordre établi et irrespectueuse des tabous
et de la vie civique. Il a enchaîné depuis avec plus de vingt ouvrages.
Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, avec le même
effet de brûlot. Comme le note une critique : « Les films adaptés
des romans de Wang Shuo furent comme un lancer de grenades à main
dans le monde du cinéma chinois. » Parmi ces adaptations, on peut
noter celle des Bêtes Féroces, adapté sous le titre Des Jours éblouissants
en 1994 par Jiang Wen, futur réalisateur de Guizi Lai Le (Devils
on the doorstep), grand prix du jury cette année à Cannes. Réalisé
en 1996, Baba, également adapté de l’un de ses romans(Who shi ni
baba, Je suis ton père), est son premier et unique long métrage.
Le film est interdit par le Bureau du cinéma avant même de passer
devant la commission de censure. Wang Shuo s’exile alors pendant
deux ans aux USA, puis retourne dans son pays pour continuer son
travail d’écrivain et de polémiste à la verve corrosive.
1996 Baba
Critique :
Interdit dans son pays, on comprend d’emblée pourquoi Baba suscite
tant de méfiance auprès des autorités chinoises. Plus qu’une analyse
des rapports père-fils, le film, par son ironie mordante, s’impose
dès les premières images comme une véritable fable politique qui
remet en cause et déconstruit l’autorité, le père représentant celle-ci
à tous les niveaux : familial, social et politique. Cette figure
paternelle est en effet présenté comme un homme pathétique souvent
ridicule, et ridiculisé par un fils aux attitudes plus posées, au
regard aussi vif et intelligent que pernicieux. Le ton qu’adopte
Wang Shuo pour décrire ce raaport de force passe allègrement du
tragique au comique, mais le burlesque des situations domine toujours.
Adapté de l’un de ses propres romans, on aurait pu craindre que
l’oeuvre perde de sa verve dévastatrice. Il n’en est rien, car Wang
Shuo réussit une vraie adaptation cinématographique en exprimant
chacune de ses idées de manière très visuelle et en utilisant un
style très marqué, où lumière et composition des cadres sont toujours
très rigoureux. Ses inventions stylistiques font la force de cette
fable aux allures de faux mélodrames, dont la forme tranche singulièrement
avec la production locale dominante partégée entre l’académisme
d’un Zhang Yimou ou le naturalisme de la nouvelle génération, comme
Jia Zhang Ke, Grand Prix à Nantes il y a deux ans et dont le nouveau
film sera présenté cette année à Venise.
Pour toutes ces raisons Baba est un brûlot passionnant. Pour toutes
ces raisons, malheureusement, on risque de devoir attendre avant
de la voir distribuer en Occident. A moins qu’un Léopard ne vienne
changer la donne...
Yannis
Polinacci
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