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Edward Norton - Interview

Edward NortonSept films comme acteur, et déjà les grands rôles, déjà le grand saut vers la mise en scène. A Deauville où il présente Au nom d'Anna, il incarne un prêtre catholique ami avec Ben Stiller, lui placé dans la peau d'un rabbin. Dans son échange avec Philippine Dautun, comme dans tous les propos qu'il tient, Edward Norton se montre d'une lucide et calme intelligence, d'une belle "normalité" qui force l'admiration.

Philippine Dautun : Comment, vous êtes-vous retrouvé metteur en scène ?

Edward Norton : Au départ, je devais simplement produire le film. Disposant d'une plage de liberté imprévue, je donnais simplement un coup de main à mon ami d'enfance, Stuart Blumberg. Il réécrivait le script alors, et a commencé à insister pour que je le dirige moi-même. Ceux à qui j'ai demandé conseil, dont Milos Forman qui tient un petit rôle dans le film, m'y ont ensuite poussé.

PD. Comment l'Eglise catholique a-t-elle réagi devant ce sujet confrontant un prêtre à la tentation de l'amour ?

Au Nom d'AnnaEN. Je n'ai jamais craint une réaction négative de la part des représentants de l'Eglise Catholique. L'histoire ne prétendait pas lancer un débat sur la foi, c'était juste le contexte dans lequel se nouait une relation entre trois personnages. En revanche, je voulais tourner dans des églises catholiques et obtenir les conseils techniques de prêtres pour être crédible. Je suis donc allé voir les autorités catholiques de New York. (Sourire) Je dois dire qu'ils sont extrêmement conservateurs… bien plus qu'à Rome. Leur réaction a néanmoins été immédiatement positive. Ils nous ont totalement soutenus, nous ouvrant grands les portes de leurs églises. J'imagine qu'ils étaient grandement soulagés qu'il ne s'agisse pas d'un prêtre qui frappe les gens ou tire sur la foule. Il s'agissait simplement d'un prêtre traversant une crise personnelle, sans pour autant renoncer à son engagement. Nous avons tous tendance à cataloguer ceux qui font ce choix de vie comme n'étant plus des êtres humains, à l'évidence c'est faux. Plein de rabbins et de prêtres, heureux et soulagés, nous ont envoyé des lettres de remerciements. Le comportement de mon personnage s'inspire d'ailleurs largement de celui de l'homme remarquable qui m'a conseillé tout au long de cette aventure. C'est un homme moderne, il joue au basket, ne porte pas de col dur lorsqu'il sort pour dîner, et refuse de monter dans sa hiérarchie pour demeurer dans sa paroisse, auprès de ses ouailles.

PD. L'histoire s'inscrivant dans le souvenir de votre vieille amitié avec le scénariste, cette femme idéale qui surgit entre les deux personnages, a-t-elle existé dans votre enfance ?

Edward NortonEN. Enfants, nous avions en effet une copine qui, dès le départ, nous a inspiré pour créer le personnage féminin. Lorsque ce scénario a commencé à faire le tour des agents d'Hollywood, bon nombre d'actrices très en vue ont manifesté leur intérêt pour le rôle. Mais je ne voulais pas une de ces stars qui, avec son statut, aurait dévoré l'écran dès l'instant de son apparition. J'ai préféré prendre Jenna Elfman, moins connue encore, et à cause de sa fraîcheur tonique et intelligente. Elle était parfaite.

PD. Parfaite, mais très grande…

EN. Très grande en effet, mais je suis plus grand qu'elle ! En revanche, lorsque nous l'avons rencontré pour la première fois, Ben (Stiller) s'est approché de mon oreille et a murmuré : "elle géniale, mais TRES grande !" Après que je lui ai répondu : "tu sais, Jessica Lange est infiniment plus grande que Dustin Hoffman", il a conclu soulagé : "t'as raison, ok, ok".

Avoir tourné un succès tel que Fight club avec Brad Pitt ne semble pas vous avoir tourné la tête ?

Je n'ai jamais fait partie de ceux qui pensent qu'être acteur signifie que vous devez être en mauvaise santé psychologique. Il ne m'a jamais été très difficile d'entrer dans un personnage le matin puis, le déposer au vestiaire le soir. Pour Fight club, le plus dur a été de prendre des coups sans arrêt.

Philippine Dautun