Conférence de presse des Lauréats

Bjork et Lars Von Trier, grands vainqueurs du Palmarès 2000

On a beaucoup glosé, non sans une certaine recherche du sensationnel. Bjork et Lars Von Trier se détesteraient, le tournage a traumatisé la chanteuse dont c'est la première et dernière expérience au cinéma, et bien d'autres choses encore. Chacun de leurs gestes a été commenté, chaque phrase analysée, avec, en point d'orgue, l'absence de Bjork à la conférence de presse du film le 17 mai dernier. La soirée du Palmarès aura fait taire toutes les rumeurs, effacé tous les commentaires pour faire place à l'émotion, à la joie, au triomphe.
Bjork : "C'est comme une bataille entre les mots et la musique, entre deux aspects de moi-même. Je suis à la fois extravertie et introvertie, avec une vie extérieure et une vie intérieure. Dans la vie intérieure, tout est possible, tout peut se réaliser. Pendant le tournage, je me réveillais le matin, cela ne me plaisait pas tellement, ce n'était pas le rêve ou l'évasion, mais le règne de la logique. Après quatre mois de tournage, je me suis retrouvée comme un poisson hors de l'eau. J'étais trop dans le monde des mots, pas assez dans celui de la musique".
Qui apprend aujourd'hui que Bjork est un personnage ? Qui apprend aujourd'hui que pour elle, c'est d'abord et ce sera toujours la musique ? Depuis ses premières vidéos, avec Mondino ou Gondry, depuis les rythmes hypnotiques de "Violently happy", le "bjorkisme", élevé au rang de religion, avait déjà des millions d'adeptes dans le monde. Aujourd'hui, la déesse fait un entrée fracassante dans le monde du cinéma. Et par la grande porte.
Bjork : "Je n'ai jamais voulu devenir actrice. Je devais seulement écrire la musique du film et puis Lars m'a convaincu que c'était la même personne qui devait jouer le personnage de Selma. C'est ma première et dernière expérience au cinéma, mais aujourd'hui, je pense que tout cela valait la peine. J'ai oublié toutes ces journées. Je suis ravie. Il y a un gros ruban rose sur cette année. Au moment de la remise du prix, j'ai eu le coeur qui est passé de 60 à 120 battements par minute. Je ne sais pas encore ce que cela me fait. Je pourrais le dire dans dix ans, dans des chansons, dans plein d'autres choses. Je crois farouchement en l'instinct. Je suis une personne très réservée et j'ai un peu de mal à laisser les choses sortir comme cela. Mais maintenant, il faut que je retourne faire des disques".
"Lorsque j'ai vu le film, la seule chose qui retenait mon attention, c'était la musique. J'écoutais les cordes, les arrangements ... Le tournage a duré quatre mois mais j'ai passé deux ans à écrire la musique du film".
Pour sa sixième participation à Cannes, Lars Von Trier décroche donc la récompense suprème.
Lars Von Trier : "Un festival, ce n'est pas une course de cent mètres, mais quand on ne gagne pas les prix, on les déteste. Je suis très heureux de tout ce que Cannes m'a apporté".
Sur leur relation houleuse pendant le tournage ? Ils balayèrent tout cela de plusieurs éclats de rire, d'une complicité retrouvée. Bjork : "Lars, bien sûr que je l'aime!"
Lars Von Trier : "Chacun aime l'autre bien plus que ce qu'il ne le croit !".

David Dibilio


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