----Un Certain Regard
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Critics' Week

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Un Certain Regard
Asi es la Vida
d'Arturo Ripstein

Julia vit dans un sombre appartement avec ses deux enfants, dans une métropole sud-américaine sans âme. Elle passe son temps à jeter des sorts, vendre des potions mystérieuses et arranger clandestinement des avortements. Son mari, l'homme de sa vie, son seul amour, l'a quittée pour une jeune et sensuelle jeune femme, fille du caïd du coin, "l'Obèse", qu'il doit épouser prochainement. Acculée à la solitude et à l'exil, Julia refuse sa condition et décide de faire payer son infidélité au mari volage : ses enfants seront l'instrument de sa terrible vengeance.

Transposée en Amérique du Sud, on aura reconnu la tragique histoire de Médée et Jason. Pour son 23ème film, le grand et prolifique cinéaste mexicain Arturo Ripstein, dont l'adaptation de Marquez Pas de Lettre pour le Colonel avait illuminé la sélection officielle l'année dernière, a donc choisi une histoire basique. Mais, un peu comme le chef d'oeuvre qu'en avait tiré Pasolini en 1970, c'est avec la plus grande modernité qu'il décide de s'affronter à ce célèbre mythe antique.Tourné en tout juste trois semaines, Asi es la Vida est en effet le premier film sud-américain à avoir été réalisé en vidéo numérique. Ce procédé a non seulement permis à Ripstein de tourner dans des endroits étroits tout en se rapprochant des comédiens mais aussi de donner libre cours à son penchant pour les plans séquences aux mouvements de caméra éloborés et vertigineux. Ripstein scrute sa tragédie et la travaille au corps, mais ce regard n'est pas pour autant dénuer de distance. Cette dernière intervient par l'entremise d'un humour ironique ravageur qui, notamment, emploie en guise de choeur antique une vieille télévision en noir et blanc et des mariachis volontiers ringards. Voir par exemple la rageuse Médée/Julia se frapper en cadence la tête contre un mur tandis que les musicos lui martellent une chanson sur le retour improbable de son mari est un moment de pur étonnement et d'ahurissement hilare. Mais c'est de ce genre de délicieuse surprise dont le film est avare en fin de parcours, lorsqu'il déroule l'histoire de Médée dont le public aura depuis longtemps compris qu'il était question. Ainsi, à l'inverse de certains des plus grands films de Ripstein, comme Principio y Fin, dont la séquence finale était un direct au coeur étourdissant, Asi es la vida est si vertigineux au démarrage qu'il laisse un peu sur sa faim, mais les trouvailles du plus grand cinéaste mexicain valent plus que jamais le détour.

Yannis Polinacci

Casting Arcelia Ramirez, Patricia Reyes Spindola, Ernesto Yanez, Luis Felipe Tovar
Scénario Klaus Pohl Wanda
Producteur Jorge Sanchez, Laura Imperiale

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