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Un Certain Regard
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Critics' Week

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Quinzaine des Réalisateurs

Koroshi
de Masahiro Kobayashi

Koroshi (Film noir) de Masahiro Kobayashi

Un homme banal, une vie banale, une histoire qui, au départ du moins, pourrait l'être. L'homme est en effet le parfait Japonais moyen, salarié, marié, père de famille. Il a pourtant perdu son emploi il y a quelques mois et n'a jamais pu l'avouer à sa femme. Alors, il continue de subvenir aux besoins de sa famille grâce à des économies secrètes et passe sa journée à jouer dans un casino. Un jour, alors que le casino est fermé et que ses économies s'épuisent, un inconnu l'aborde pour lui proposer du travail : il s'agit de tuer...

Après Kitano et Kiyoshi Kurosawa, voici une nouvelle découverte du cinéma noir japonais. Comme les deux K précédents, Kobayashi se révèle être un prodigieux inventeur de formes. On n'est pas prêt d'oublier ces nombreux meurtres filmés en hors-champs et la silhouette de Ryo Ishibashi qui s'enfuit en courant comme un dératé sur des fonds blancs de neige. On n'est pas prêts non plus d'oublier le propos du film, rarement en effet nous aura-t-on donné à voir une crise sociale à travers une métaphore si réussie : les cibles du tueur, tous chômeurs, doivent être éliminées car au fond, la société ne tolère pas l'inutilité d'un homme qui ne travaille pas. Ce principe terrifiant qu'observe Kobayashi semble ancré dans le nature humaine, Imamura en avait d'ailleurs lui aussi donné une illustration saisissante dans sa palme de 83 La Balade de Narayama dans laquelle un village ensevelissait vivante toute une famille jugée parasite. Cruel, inventif mais également plein d'humour, Koroshi impose la marque personnelle d'un réalisateur qu'il conviendra de suivre par la suite. En attendant ce film est sans doute la perle qu'il ne faut pas rater à la Quinzaine cette année.

Yannis Polinacci

MASAHIRO KOBAYASHI

Grande Route d'un petit Voyou "Mon parcours dans le cinéma est une série d'échecs !" confiait l'an dernier Masahiro Kobayashi avec un grand sourire. "Dès que j'ai un rêve, c'est déjà un échec !" "Je rêvais de faire du cinéma depuis l'âge de 17/18 ans. Mais faire des films demande une énergie considérable. Je ne savais pas si j'en serais capable. C'est sans doute pourquoi j'ai fait beaucoup de choses avant d'y parvenir." Masahiro Kobayashi présentait l'an dernier dans la sélection Un Certain Regard son deuxième film, La Route des Petits Voyous, l'odyssée tragi-comique d'un policier et d'un yakuza (Akira Emoto) dont l'amitié est entretenue puis éprouvée par une étrange rivalité amoureuse... posthume. Né à Tokyo en 1954, Masahiro Kobayashi devient d'abord chanteur folk aux côtés de Wataru Takada (compositeur de la musique de La Route des Petits Voyous). En 1980, il décide de partir en France pour rencontrer son idole... François Truffaut, animé du secret espoir de devenir son assistant. Pendant une semaine il se nourrit de lait et de pommes, avant d'apprendre que François Truffaut était parti aux Etats Unis avant même son départ pour la France. Pendant son séjour, un Français le traite de "singe" ("monkey"). Il se servira de ce mot blessant pour baptiser sa propre maison de production basée à Tokyo, "Monkey Town Productions". Attaché à son indépendance, Masahiro Kobayashi fait (presque) tout lui même, de l'écriture du scénario à la réalisation. Son premier film Closing Time (1996) obtient le Grand Prix du 8° Festival du Film Fantastique de Yubari, avec les compliments d'Anna Karina, Mireille Darc et Wong Kar Wai. Malgré la présence de l'excellent Akira Emoto (L'Anguille, Kanzo Sensei) et un beau scénario romantique, onirique et élégiaque, son second film, La Route des Petits Voyous, est desservi par une mise en scène aux effets de style inutilement appuyés et ne trouve pas un accueil positif auprès du public et de la critique. Akira Emoto a dit de son réalisateur : "Masahiro Kobayashi est un metteur en scène plutôt classique et romantique. Il adore Truffaut alors c'est plutôt ce côté qui compte pour lui..." "Il y a des choses que je peux faire et d'autres non" répond l'intéressé. "Je ne me rends pas toujours compte au stade du scénario si les scènes que j'écris sont réalisables ou non. Cependant, je veux exploiter mes possibilités le plus possible. Je ne veux pas limiter mes goûts. Je veux faire des films à chaque fois différents. Mais peut-être qu'à la fin, ce n'est pas plus mal d'être un réalisateur classique..." A défaut d'être un réalisateur classique, Masahiro Kobayashi a prouvé qu'il les connaissait (ses classiques). Dans Koroshi en effet, le héros apprend à tuer en regardant des vieux films français, de Melville et Becker. Dans La Route des Petits Voyous, les personnages interprétés par Akira Emoto et Kippei Shiina ont des dialogues truffés de clins d'oeil à Retour vers le Futur, le Parrain et Reservoir Dogs. Ces références sont toutefois toujours intégrées avec beaucoup d'humour et reflètent l'immense amour du cinéma qui anime Kobayashi. Amour que ses films, surtout lorsqu'ils sont aussi réussis que son dernier opus,qui concourt au Prix de la Jeunesse, font amplement partager aux spectateurs.

Robin Gatto et Yannis Polinacci

Casting Ryo Ishibashi, Nene Otsuka, Sansyo Shinsui, Ken Ogata
Scénario
Masahiro Kobayashi
Production
Seiichi Ono / Monkey Town Production
Durée 1h26'
Montage
Naoki Kaneko

Cannes 99 - Cannes 98 - Cannes 97 - Cannes 96 - Cannes 95