----
Un Certain Regard
----
Critics' Week

----Quinzaine des Réas.









Critics' Week
Happy end
de
JUNG JI-WOO

Une belle plante et un brin de Liaison Fatale

Les actrices du cinéma Sud-Coréen n'hésitent plus à aborder des rôles ultra sexy.
Prenons trois exemples. Dans Girl's Night Out, Kang Soo-Yeon (grande star du cinéma Coréen, Prix d'Interprétation Féminine à Venise en 1987 dans Surrogate Mother d'Im Kwon Taek) fait fi des préliminaires du générique d'introduction pour annoncer d'emblée : "Je me sens comme un grand vagin". La suite du film montre à quel point elle aurait tort de ne pas se sentir aussi bien dans sa peau.
Dans Lies, L'Empire des Sens burlesque de Jang Sun-Woo présenté au dernier Festival de Paris, une jeune étudiante vierge sur le point de se faire déflorer annonce face à la caméra avec un naturel mutin: "Au bout d'une heure de conversation au téléphone avec lui, je mouillais complètement".
Et dans Happy End, la belle Do-Yeon Chun entame les 5 premières minutes du film par une intense scène d'amour, implorant son amant: "Prends moi, j'en ai très très envie". On comprendra que dans ces conditions, les mâles coréens se sentent un peu fatigués. Et quand en plus ils sont au chômage et trompés par leurs femmes comme le mari de Happy End, on comprendra qu'ils se sentent encore plus mal, au point de déraper lentement mais sûrement vers un complet pétage de plombs...
Happy End est le premier film de Jung Ji-Woo, après plusieurs courts très remarqués, dont le Gingembre (1996), qui, à l'inverse de Happy End, décrivait l'histoire d'une femme délaissée par son mari. Jung Ji Woo n'a pas choisi ses acteurs par hasard. Le mari délaissé, pleutre et peu attrayant, est interprété par Choi Min-Sik, le redoutable terroriste de Shiri, le plus gros succès du box office coréen l'année dernière. Jung Ji Woo a sans doute éprouvé un malin plaisir à "travestir" sa star en homme de maison effacé, rancunier et grand consommateur de romans à l'eau de rose et de soap operas.
Quant à Do-Yeon Chun, il s'agit d'une star de la télévision, l'équivalent d'une Julia Roberts en Corée, et la voir dans un rôle aussi charnel et tragique a causé une véritable surprise chez ses fans. Avec son casting impeccable (complété par Jin-Mo Joo en amant possessif) et sa mise en scène flirtant aisément entre M/Other de Nobuhiro Suwa et Liaison Fatale d'Adrian Lyne, Happy End est un cas étonnant de premier film totalement mature et parfaitement abouti, jusqu'au bout extrême de ses multiples ambiguïtés.

Robin Gatt

JUNG JI-WOO

Jung n'a aucun liens de parenté avec John Woo ni même Carl Jung. Formé à l'université de Chunang, il a été remarqué pour un court métrage intitulé "A Bit Bitter". Montré au festival de Yamagata au Japon, "A Bit Bitter" a été primé par la critique au 3e festival de courts de Séoul. Jung Ji-Woo est un cinéaste de ce que l'on peut appeler "la génération des producteurs anonymes". Il s'agit d'un système de production qui oblige les réalisateurs à tout miser sur leur premier film sous peine d'être exclu du milieu. Les producteurs anonymes travaillent beaucoup sur le marketing et "Happy End" en a énormément bénéficié; le film avait été dramatisé, "scandalisé", avant même que le tournage ne soit terminé. Jung Ji-Woo a choisi, pour gagner à ce jeu de roulette russe, de se méler à la Nouvelle Vague du cinéma psychologique qui déferle actuellement en Corée.

Antoine Coppola (auteur du livre Le Cinéma Coréen : du Confucianisme à l'Avant-Garde)

Casting Min-Sik Choi, Do-Yeon Chun, Jin-Mo Joo
Scénario Ji-Woo Jung
Producteur Eun Lee

Cannes 99 - Cannes 98 - Cannes 97 - Cannes 96 - Cannes 95