Une
nuit quelconque dans une métropole non identifiée.
Quelques scènes étranges de la vie singulière
de ses habitants : un employé se fait renvoyé de
façon humiliante, un magicien manque de scier son malheureux
volontaire, un embouteillage gigantesque se déploie dans
la ville tandis qu'une procession inquiétante traverse
les rues. De tout ce chaos se détache un personnage : Karl
qui vient de mettre le feu à son entreprise pour toucher
la prime d'assurance et pour qui aussi tout fout le camp depuis
que son fils est devenu fou à cause de ses poèmes.
Karl prend peu à peu conscience de l'absurdité de
la vie.
Annoncé
comme un film OVNI, Songs from the second floor
clôt la compétition sur une note chaotique et cataclysmique.
Le film de Roy Anderson doit son statut particulier au fait d'avoir
mis quatre ans à voir le jour, tourné plan séquence
fixe par plan séquence fixe au long des mois dans son studio
personnel, utilisant trompe-l'oeil, maquettes et toutes autres
sortes de trucages à l'ancienne. Cette succession de sketches
à l'humoir noir acéré nous plonge rapidement
dans un monde kafkaïen étrange et inquiétant.
Anderson a une imagination débordante et sa maîtrise
de l'espace scénique met en valeur avec une rigueur clinique
les événements singuliers et cocasses, souvent burlesques,
qui se déroulent tout au long du film. Cette technique
de mise en scène précise, affinée depuis
des années dans des spots publicitaires et des courts métrages,
laisse souvent pantois d'admiration, amusé et effrayé
devant ce film monstre qui pourrait créer la surprise.
Yannis
Polinacci
Portrait
de Roy Anderson
Né
en 1943 à Göteborg en Suède, Roy Anderson étudie
la littérature puis le cinéma. Il obtient en 1969
le diplôme du Swedish Film Institute et réalise dès
l'année suivante son premier long métrage, A
Swedish Love Story, qui reçoit le Grand Prix du festival
international de Berlin. Son second film, Giliap, est quant
à lui présenté à la Quinzainne des
Réalisateurs à Cannes en 1976. Ses méthodes
de travail ne correspondant pas aux normes en vigueur, il décide
alors de produire lui-même ses propres films.
Roy Anderson commence à réaliser des spots publicitaires
atypiques et décalés, dans lesquels il développe
un style très personnel : des plans larges au grand angle
qui mettent en scène, en une seule prise de vue et de manière
burlesque, les archétypes de notre société.
Ces films lui valent des récompenses importantes, notamment
huit Lions d'or à Cannes.
En 1981, il fonde le studio 24, une société de production
indépendante située au coeur même de Stockholm,
spécialement conçue pour ses besoins. Avec une équipe
soudée, ce véritable labiratoire permet à
Roy Anderson de produire et réaliser ses films en toute
liberté. Deux courts métrages, Quelque choses
est arrivé (1987) et Monde de gloire (1991),
lui permettent d'affiner son style et la maîtrise du plan
séquence et remportent à leur tour de nombreux prix.
En mars 1996 commence le tournage de Songs from the second
floor qui durera quatre ans.