La
Chine est occupée par le Japon. Dans un village reculé, miraculeusement
épargné par la guerre de résistance contre l'occupant, un paysan,
Dasan, est menacé, une nuit, par des soldats de l'armée chinoise.
Ils déposent chez lui deux sacs dans lesquels se cachent un prisonnier
japonais et son interprète chinois. Six mois passent sans que
les soldats ne se manifestent. Le village étant à proximité d'une
tour de garde japonaise, les paysans gardent le secret en proie
à une panique grandissante. Malgré la hargne du japonais, une
certaine humanité se crée dans sa relation avec Dasan. Mais la
situation s'enlise et les villageois décident de mettre à mort
le prisonnier.
Construction
d'une route permettant l'accès du matériel au village, cinq mois
de tournage, épuisement de tous les stocks chinois de films Kodak
noir et blanc, "Guizi Lai Le" est réalisé dans des
conditions extrêmes. "Nous avons visionnés pas mal de documentaires
sur cette guerre", raconte le réalisateur. "Cette histoire nous
semblait être microcosmique, une sorte de gros plan sur un détail
qui impliquait une sorte de réduction. Alors pourquoi ne pas réduire
aussi le spectre des couleurs?". Pour celui qui se définit comme
un "non-professionnel de la réalisation", le deuxième long-métrage
de Jiang Wen est pourtant une réussite cinématographique évidente.
Noir et blanc jamais esthétisant, caméra maîtrisée, la question
centrale de "Guizi Lai Le" est la guerre, la guerre
qui change les gens. "Ce qui alimente la guerre, ce n'est pas
nécéssairement la force de l'un, c'est aussi la faiblesse de l'autre;
il y a une inter-dépendance en jeu", pousuit-il.
Propre acteur de son film, Jiang Wen est le premier cinéaste asiatique
à monter les marches cette année. Si souvent la forme narrative
du cinéma asiatique passe par l'image, "Guizi Lai Le"
doit aussi beaucoup à certains de ses dialogues, particulièrement
les traductions volontairement érronées de l'interprète chinois.
Il demeure que 2h44, c'est un peu long ... avis aux amateurs !
David
Dibili