En
1963, Selma, mère célibataire et émigrée tchèque aux Etats-Unis,
est ouvrière dans une usine. Son salut, c'est sa passion pour
la musique et les comédies musicales hollywoodiennes. Selma garde
un lourd secret : elle perd la vue et son fils Gene connaîtra
le même sort, sauf si elle réussit à mettre assez d'argent de
côté pour lui payer une opération.
Il est des films dont la rumeur les précède de loin. Des évènements
que l'on attend. Des projets secrets dont rien, ou presque ne
filtre. A peine quelques photos. Un projet : une comédie musicale.
Et un casting de choc : Lars von Trier, Bjork, Catherine Deneuve.
Après
quelques incartades cinématographiques, c'est le premier vrai
rôle (et quel rôle) de la chanteuse islandaise à l'écran. Aussi,
le fruit des amours entre celle qui personnifie mieux que quiconque
l'originalité et la créativité musicales des années 90 et celui
dont le cinéma, flamboyant et renouvelé, l'a vite imposé comme
un réalisateur contemporain majeur ne devait donner naissance
qu'à un chef-d'oeuvre. Catherine Deneuve, qui s'est personnellement
engagée sur le projet, ne s'y est pas trompé, continuant ainsi
son itinéraire exemplaire de comédienne.
Et
le résultat est là. Pari audacieux, "Dancer in the dark" est un
mélodrame comme on n'en voit peu. D'abord contactée pour écrire
les chansons du films, Bjork a accepté le rôle de Selma après
de longs mois d'insistance de la part de Lars von Trier. Et même
si elle juge, essentiellement sur le plan humain, cette expérience
de "catastrophique", elle y est parfaite. Et le film du danois,
en rupture du Dogma, une vraie réussite.
Présenté
comme la dernière partie de sa trilogie "Coeur d'Or",
après "Breaking the waves" et "Les idiots",
"Dancer in the dark" est d'abord réussi parce qu'il
est la rencontre entre deux artistes hors norme, qui bousculent
les conventions. Deux univers singuliers, personnels et solitaires.
Les chansons du film, rêveries de Selma, s'envolent et décrochent
du réel alors que les scènes d'émotion, intenses, au plus proche
des comédiens, ne sombrent jamais dans le ridicule. Une semaine
après le début du Festival : un très sérieux prétendant à la Palme.
David
Dibilio
Lars
von Trier
Danois,
le réalisateur de "Breaking the waves" en 1996 (Grand prix
du Jury à Cannes), Lars von Trier est l'un des grands réalisateurs
européens. Avec "Les Idiots" (98), il est l'un des fondateurs
du Dogme, "voeu de chasteté du cinéma" qui vise à éviter les nombreux
trucages, la lumière aditionnelle ... et à privilégier la prise
de son directe afin de retrouver la spontanéité, la vérité du
cinéma. Lars von Trier a également réalisé une série fantastique
pour la télévision : "The Kingdom I et II".
Propos
de stars :
Catherine
Deneuve
conférence
de presse "Dancer in the dark", 17 mai 2000
sur le tournage de "Dancer in the Dark"
"C'était
une aventure, c'était très excitant. Cela me faisait un peu peur
aussi. Il y a eu beaucoup de préparation pour de scènes très brèves
dans le film mais qui demandaient beaucoup de travail, surtout
pour les scènes de danse, qui sont montées de manière extrèmement
serrée dans le film. Nous avons eu beaucoup de scènes de mise
au point, pour que tout le monde soit très à l'aise ensemble.
Même si cela ne dure que trois secondes, il faut que tout cela
ait l'air très naturel".
sur Lars von Trier
"J'aime
beaucoup l'univers de Lars von Trier, ses films lyriques et mélodramatiques,
j'aime beaucoup cela au cinéma". " Il fait preuve d'une grande
maîtrise sur le plateau. Il a l'air très sûr de lui. Mais il est
sûr de ce qu'il fait, il n'est pas sûr de lui". "Même s'il se
trompe, il sait le reconnaître".
sur les rumeurs de tension entre Bjork et le réalisateur pendant
le tournage
"Aucun
films ne se fait sans heurt, sans problème ou sans tension. Plus
le tournage est intense, plus la tension est intense. Bjork ne
joue pas, elle est. Le tournage a été très difficile pour elle.
Elle n'est pas là pour en parler mais ce n'est pas très important".
sur l'absence de Bjork à la conférence de presse
"Bjork,
contrairement à ce que l'on pourrait penser, est quelqu'un de
très timide. L'image que l'on a d'elle dans ses vidéos n'est pas
exacte. En tant que chanteuse, elle travaille dans un univers
très privé, très intime, et être confrontée à une équipe tous
les jours a étè très difficile pour elle. Aussi, elle ne pouvait
pas être là pour en parler devant autant de journalistes de la
presse internationale ce matin".
sur Bjork
"C'est
quelqu'un de terriblement attachant. Comme dans le film, mon personnage
est un peu son ange gardien, sur le tournage, j'avais aussi un
peu un rapport de protection avec elle".
tourner
en anglais
"Tourner
en anglais, ce n'est pas dèjà chanter, mais c'est déjà être un
personnage. Il y a eu pas mal d'improvisation. Il s'agissait davantage
d'appprendre l'idée des dialogues que les dialogues de manière
exacte. Parfois, on disait aussi les dialogues des autres, on
échangeait."
sur les avantages de la vidéo
"C'est
une première expérience pour moi. Il n'y a pas de techniciens
sur le plateau, seulement l'assistant de Lars et l'ingénieur du
son: C'est plus de souplesse et beaucoup de liberté. C'est formidable
pour les acteurs. Mais il y a le piège d'une utilisation très
banale. Ce n'est pas le cas avec Lars, je n'ai pas hésité une
seconde. Les rapports sont plus simples, plus directs entre les
acteurs et le metteur en scène. C'est beucoup de plaisir, une
grande intimité aussi."