Star
jusqu'au bout des ongles, une carrière au sommet, Honey Whitlock
est belle, riche et très capricieuse. Lorsqu'elle accepte d'honorer
de sa présence l'avant-première de son nouveau film " Some
kind of happiness " à Baltimore, elle ne sait pas que Cecil
B. Demented, un cinéaste radical et indépendant, est prêt à tout
pour réaliser le film de sa vie. Quitte à kidnapper la star.
Il est drôle de constater que, présenté à Cannes, le dernier opus
de John Waters prend un écho particulier. Car " Cecil B.Demented
" n'est rien d'autre qu'un grand coup de pied dans la grande fourmilière
du cinéma. Pas celui montré sur la Croisette, bien sûr ! Celui
de Hollywood, et de préférence celui des majors. Celui des trilogies,
des remakes et du pop-corn. Mais quand même, le film fait parfois
miroir avec le plus " prestigieux des festivals du monde " : les
stars, les palaces, les buffets gratuits … Un soupçon d'autodérision
et un iconoclaste patenté sur les marches du Palais, voilà qui
auguraient plutôt bien de la dernière livraison de Waters. Pourtant,
on est un peu déçus. Même si l'on garde beaucoup d'affection pour
l'un des réalisateurs cultes de l'underground américain, il n'empêche
que John Waters a pas mal consenti à Hollywood depuis quelques
années. Depuis " Cry Baby " (1990) et la disparition
de son égérie, Divine.
Le
personnage de Cecil B.Demented, fou, révolutionnaire, intégriste
et visionnaire du cinéma ne fait aucune concession pour son art.
Au nom de la Sainte Trinité Fassbinder-Warhol-Anger, et de quelques
apôtres (Almodovar, Preminger …), il est le justicier du cinéma
qui va faire payer à tous les suppôts de Satan leur abdication
en faveur du Dieu Argent.
C'est une bonne idée que cette bande de fous furieux qui accompagne
Cecil B.Demented dans ses escapades punitives. Gourou d'une secte
qui fera des émules, Demented et sa joyeuse équipe liquident tout
et tous pour tourner le film ultime qui lavera le Cinéma de tous
ses péchés.
Mais
que recherche exactement Waters dans la mise en scène de ce personnage
qui n'est autre que lui-même ? A l'image de Demented, ses premiers
8 mm, à la fin des années 60, sont restés … très confidentiels.
Qui connait " Eat your make-up " (67) ou "Roman
candles" (66) ? Mais beaucoup aujourd'hui donneraient
cher pour les voir … Le couple Waters-Divine, la crotte de chien
de " Pink Flamingo ", l'odorama de " Polyester ", tout cela n'était-il
pas une entreprise de dynamitage du cinéma ? " Cecil B. Demented
" est-il un film nostalgique, une auto-célébration du temps passé
? Car le provocateur a un peu vieilli, la verve n'est plus la
même et sa haine un peu atténuée. D'ailleurs, la sélection à Cannes,
n'est-elle pas la remise d'un brevet de bonne conduite ? Aurait-on
pu imaginer Divine montant les marches ? Après une carrière passée
à briser les tabous et secouer les préjugés, on peut bien pardonner
à John Waters de s'être assagi …
David
Dibilio
John Waters
Originaire
de Baltimore, il devient le " Pape du trash ". Obsédé par la violence
et le gore, il commence à réaliser au milieu des années 60, sous
l'influence de Warhol, Meyer ou encore Godard. Ses sujets deviennent
de plus en plus choquants et réjouissent un public qui dévore
les chroniques provoquantes qu'il écrit dans plusieurs journaux
de Baltimore. Le succès arrive en 1972 avec " Pink Flamingos
", d'un mauvais gout délibéré, grace à l'interprétation de Divine,
un travesti qui deviendra son égérie. Producteur de ses films
avec sa société Dreamland, il est remarqué par Hollywood avec
" Hairspray ". Il tourne " Cry Baby " en 90 avec
Johnny Depp et " Serial Mom " en 94 avec Kathleen Turner.