Les
tableaux noirs, ce sont ceux que transporte un groupe d'hommes
sur le dos, arpentant les chantiers d'un pays dévasté : le Kurdistan
iranien, non loin de la frontière irakienne. Loins de chez eux,
ce sont des instituteurs qui errent de village en village cherchant
des élèves et portant sur leurs épaules le lourd fardeau de l'instruction,
tel Sysiphe poussant son rocher. L'un d'eux rencontre des enfants
qui font de la contrebande entre les deux côtés de la frontière
et qui se montrent peu désireux d'apprendre ; un autre croise
sur son chemin un groupe de vieillards qui cherchent à regagner
leur terre natale, et parmi eux une jeune veuve qu'il décide d'épouser
afin de l'instruire.
Pour son deuxième film après La Pomme, présenté
à Un Certain Regard il y a deux ans, et à 20 ans tout juste, Samira
Makhmalbaf se voit déjà offrir les honneurs de la compétition
cannoise. A juste titre d'ailleurs car sur un sujet proposé par
son père, le grand Mohsen Makhmalbaf, et produit par lui, la jeune
cinéaste a réussit une oeuvre à la fois simple et forte, une véritable
métaphore politique sur le peuple kurde, traitant de problèmes
aussi durs que l'exil, l'analphabétisme, la misère ou la guerre.
Loin d'alourdir son propos, la réalisatrice fait au contraire
preuve d'une maîtrise et d'une grâce stupéfiantes, et comme Kiarostami
dans son dernier film, Le Vent nous emportera, allie
beauté, simplicité et profondeur, comme pour nous rappeler qu'il
est des pays où certes on souffre mais où la lumière semble avoir
été créée pour s'imprimer sur la pellicule et donner quelques
unes des oeuvres les plus fortes de l'histoire du cinéma.
Yannis
Polinacci
Samira
Makhmalbaf
Fille
du cinéaste Mohsen Makhmalbaf, Samira est âgée de vingt ans. A
hiut ans, elle joue dans le film de son père Le Cycliste.
Elle suit entre 1994 et 1997 des cours de cinéma dans une école
privée. Elle tourne deux courts métrages Désert (une fiction)
et Ecoles de Peinture (un documentaire). En 1997, elle
est assistante à la réalisation du film Le Silence, mis
en scène par son père et elle réalise son premier long métrage
La Pomme, présenté à Cannes en 1998.