Avril
1671. Le Prince de Condé cherche à gagner les faveurs du roi Louis
XIV et à se voir confier le commandement d'une campagne militaire
contre les Hollandais. François Vatel, son fidèle intendant, est
chargé d'organiser les festivités commanditées pour le bon plaisir
du roi pendant trois jours au chateau de Chantilly, chez Condé.
Ici point de scènes de bataille, à peine quelques fers croisés,
car c'est par la petite porte, celle des cuisines, que Roland
Joffé explore l'univers royal et luxueux de la cour du Roi Soleil.
Avec la minutie d'un anthropologue, le réalisateur palmé à Cannes
en 1986 pour "Mission" rend compte du tour de force extraordinaire
entrepris par Vatel. Sculptures de glace, déluge de mets les plus
rafinés et feux d'artifice sont au menu. "Un film historique est
un exercice à vous rendre fou ... Le souci du détail peut certainement
faire perdre la tête". Il fait en tous cas tourner celle du spectateur.
Grand ordonnateur, Vatel virevolte au milieu de ses troupes, trempe
son doigt dans une sauce pour y vérifier le sel, fait le compte
des denrées arrivées.
Gérard Depardieu campe sobrement ce cerveau des cuisines, presque
débarassé des "tics" que ses détracteurs lui reprochent si souvent.
Sa fulgurante histoire d'amour impossible avec Anne de Montausier
(Uma Thurman), une courtisane favorite du roi, ne fera que sceller
son funeste destin. Homme du peuple qui voit ses ouvriers mourir
pour le plaisir d'un souverain alors que les siens crient famine
aux portes du chateau, objet de manipulations et victime d'un
sens du devoir trop écrasant, Vatel est écartelé entre deux mondes.
Dans la lignée d'un cinéma spectacle que l'on connait bien, Roland
Joffé évite pourtant l'écueil de la macédoine indigeste que sont
ces productions internationales aux castings sans frontières.
Il dit vouloir rendre hommage "à tous ceux qui travaillent derrière,
à tous ceux qui frappent aux portes de notre Occident si riche
mais si égoiste". "Vatel" n'est tout de même pas un grand film
politique. Il adopte un point de vue original et propose une vraie
idée scénaristique (peut-être un peu délayée) : du bon travail.
David
Dibilio