Sélection Officielle

Kippour
d'Amos Gitaï

Israël, 6 octobre 1967, en cette journée de Kippour, tout est calme. La guerre éclate, les troupes syriennes et égyptiennes marchent sur l'Etat hébreux.Weinraub laisse sa copine et part avec son ami Ruso rejoindre l'unité dans laquelle ils ont fait leur service militaire. Mais sur les plateaux du Golan le chaos est total et il est impossible d'avancer. Les deux amis font marche arrière et décident d'intégrer une équipe de secouristes de l'armée de l'air. Leurs missions consistent à aller secourir les aviateurs touchés en territoire ennemi. Le groupe est soudé et motivé. Mais l'enthousiasme du début ne tarde pas à laisser la place à l'écoeurement devant les morts et les blessés pour lesquels eux-mêmes risquent leurs vies.

Coup de semonce dans le Festival, voici le film choc de la compétition.

D'entrée de jeu, Gitaï surprend et prend le risque de dérouter ceux qui avaient tant apprécié Kadosh (premier film israëlien en compétition) l'année dernière. Une des premières séquences du film montre un couple qui fait l'amour enduit de peinture. Ensuite, on est directement plongé dans la guerre. Le cinéaste alterne alors des plans séquences de combat ou de trajet sur le front avec des plans séquences intimes montrant les soldats et les relations qui se nouent entre eux. Le film s'attache à un petit groupe de personnages dont pourtant on apprend pas grand chose, et à montrer des scènes de combats "anodines" (mais ce que dit le film c'est qu'aucune scène de combat n'est anodine) c'est à dire dramatisée en aucune manière. En ce sens Kippour est vraiment un film anticonventionnel : loin des codes du film de guerre qui tendent à surdramatiser les événements et les relations humaines ou à asséner un message parfois trop lisible de manière trop claire (du style La Ligne Rouge ou Il faut sauver le Soldat Ryan), le film d'Amos Gitaï adopte un regard distant et extérieur. Tout ce passe comme dans un documentaire (mais sans les faux affects de caméra tremblée ou autre artifice) tant rien ne semble fictionnel ni narratif.

Pourtant, loin d'ennuyer, le film fascine par ses images magnifiques. Gitaï continue de faire merveille de son sens du cadre et de la lumière, déjà remarquable dans ses films précédents. Mais ici le parti pris formel est assumé avec un rigueur qui n'avait jamais été tenue de manière aussi absolue. On comprend dès lors la métaphore de la scène d'amour : Gitaï est un peintre. Déjà dans Kadosh, les portraits féminins évoquaient une palette et une lumière à la Vermeer. Le cinéaste reprend ici les mêmes teintes avec une préférence pour le vert, celui de la terre et des tranchées, et le rouge, plus discret mais menaçant de paraître à tout moment sous forme de sang. Cette formalisation extrême, qui fait qu'un champ de bataille ressemble à une toile verte marquée de raies de gouache épaisse, tend le film vers l'abstraction. Et, de manière paradoxale et géniale, toute la charge émotionnelle du film vient de là, car face à tant de retenue, la moindre secousse terrasse. Ainsi, Kippour, émouvant à force d'hermétisme, a tous les attraits d'un monochrome : la beauté, l'audace et le mystère.

Yannis Polinacci

Amos Gitaï

De nationalité israëlienne, Amos Gitaï est né en 1950 à Haïfa. Il fait des études d'architecture à l'université de Berkeley. Il se lance ensuite dans le théâtre et le cinéma, se forgeant tout d'abord une solide réputation de réalisateur de documentaire avec des films comme Une Maison à Jérusalem, Wadi, Brand New Day ou l'Arène du Meurtre avant de passer à la fiction. Sa reconnaissance dans ce domaine interviendra sur un plan internationnal avec sa trilogie sur les villes israëlienne Haïfa, Tel Aviv et Jérusalem dans les films Devarim, Yom Yom et Kadosh qui lui vaut l'honneur d'être le premier réalisateur israëlien à être sélectionné en compétition officielle à Cannes. Kippour est son huitième long métrage de fiction. Il avait déjà réalisé en 1997 un documentaire du même nom.

CREDITS

réalisation : Amos Gitaï
scénario et dialogues : Amos Gitaï, Marie-José Sanselme
interprétation : Liron Levo, Tomer Ruso, Uri Ran Klauzner, Yoram Hattab, Guy Amir, Juliano Merr
image : Renato Berta
montage : Monica Coleman, Kobi Netanel
production : MP Productions, Le Studio Canal +, Arte France Cinéma, R&C Productioni
distribution :Océan Films
durée : 2h03


Casting Liron Levo, Tomer Ruso, Uri Ran Klauzner, Yoram Hattab, Guy Amir, Juliano Merr
Scénario Amos Gitaï, Marie-José Sanselme
Production MP Productions, Le Studio Canal +, Arte France Cinéma, R&C Productioni
Distribution Océan Films

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