News du 15 mai 2000
LES FILMS

SHIRI de Kang Jegyu
Kangjegyu Film
Corée du Sud

Les années 70 et 80 ont vu le cinéma d'action exploser une premiere fois sous l'impulsion de cinéastes américains tels que William Friedkin (French Connection, Police Los Angeles), Sam Peckinpah et John McTiernan. Puis les occidentaux découvrirent les mille et une merveilles de l'Asie, John Woo, Tsui Hark, Ringo Lam, Kirk Wong... Les années 90 officièrent donc un mariage de raison et de passion entre le cinéma américain et Honk Kongais dont le plus beau bébé est sans conteste Matrix des frères Wachowsky. Le cinéma français s'y met à son tour grâce à Christophe Gans, qui a fait appel pour son dernier film, Le Pacte des Loups, aux talents de Philip Kwok. Cependant, il faut aussi savoir qu'au début des années 80, pour concrétiser les plus folles séquences de Zu..., l'enfant terrible du cinéma Honk Kongais, Tsui Hark, avait fait appel à des spécialistes d'effets spéciaux américains réputés.

Personne ne pouvait se douter que la Corée du Sud accoucherait en 1999 de l'un des meilleurs films d'action du siècle, idéalement nourri de toutes ces influences Hollywoodiennes et Honk Kongaises. Il y a en effet du Michael Mann et du John Woo dans Shiri, un coktail inespéré et des plus détonnants qui en fait un film adulte, intelligent, excitant, élégant et même terriblement émouvant.

Les 15 premières minutes du film donnent le ton. On y voit des terroristes nord-coréens s'entraîner à tuer, égorgeant, massacrant, décapitant à tour de bras. Le meilleur élément de cette sordide troupe s'avère être une femme, Kim. Elle devient la partenaire de choix du Maître, Park, et le suit à Séoul où les deux échaffaudent un plan machiavélique pour mettre un terme aux négociations de paix entre les deux Corées. Deux agents de l'O.P. mettent tout en oeuvre pour stopper leurs sanglants agissements. A cet écheveau d'intentions machiavéliques et d'efforts justiciers viendra s'ajouter un terrible secret qui risque bien de tout bouleverser...

Kang Jegyu ne fait pas dans la dentelle. L'écran est littéralement éclaboussé de sang. Mais il le fait avec style, alliant le lyrisme de John Woo et les élégantes percussions de Michael Mann. Et surtout, il ne laisse jamais la pyrotechnie et les cascades (époustouflantes) étouffer la riche psychologie des personnages, tous parfaitement crédibles et jamais carricaturaux. Il faut signaler que le grand méchant du film est interprété par l'excellent Choi Minsik, actuellement à l'affiche de Happy End dans la section Semaine de la Critique.

Shiri est le plus gros succès du cinéma Sud-Coréen, devant Titanic (peu de pays peuvent se vanter d'un tel exploit) et mérite amplement une sortie dans les salles de cinéma européennes. Quand au réalisateur Kang Jegyu, il convient désormais de le surveiller de très près. Ce nouveau prodige n'a assurément pas fini de nous éblouir.

Robin Gatto

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