Hannibal en fanfare, les Français en force

Le Berlinale PalastMalgré l'absence du Chancelier allemand Gerhard Schroeder qui a du renoncer mercredi soir à venir ouvrir officiellement le Festival de Berlin pour raison de maladie, la Berlinale s'est ouverte comme prévu par la projection de Stalingrad de Jean-Jacques Annaud. Cette fresque historique raconte l'histoire véridique de deux snippers, l'un russe et l'autre allemand, qui se sont affrontés lors de la bataille de Stalingrad. De production allemande, le film est le plus cher jamais produit par l'industrie cinématographique germanique. Il fut accueilli chaleureusement par tout le monde... sauf la presse locale qui l'a jugé trop long et ennuyeux. Ainsi qu'un producteur allemand l'a dit : "Personne n'est jamais aussi dur avec les films allemands que le presse allemande."

HannibalSorti en fanfare aux Etats Unis et battant de records d'affluence dès ses premiers jours d'exploitation, Hannibal, la suite du Silence des Agneaux, est quant à lui arrivé à Berlin avec un personnage qui a désormais un véritable statut de star. Interprété par Anthony Hopkins, le personnage du Docteur Lecter n'en finit plus d'attirer les foules et fut la cause de pas mal de bousculades lors de sa projection dimanche dernier. Selon l'acteur britannique, cette fascination est la même que celle que, de tout temps, le public a nourri pour des personnages comme Iago ou Richard III de Shakespeare ou le Fantôme de l'Opéra, des personnages qui représentent le mal mais son prisonnier de leur destin tragique. Reste à savoir comment ont réagi les specateurs face à un film qui, loin de satisfaire aux attentes suscitées par le premier volet, n'apporte rien au personnage de Lecter, si ce n'est quelques scènes gores qui frôlent souvent le grotesque (il est conseillé de laisser son paquet de pop corn de côté lors de la séquence finale).

Un autre film était particulièrement attendu par la foule : Don's Plum, le film indépendant interdit de projection aux Etats Unis par ses deux acteurs principaux Leonardo Di Caprio et Tobbey Maguire qui l'avaient tourné au début de leur carrière. Auréolé de cette aura de scandale, le film a suscité un intérêt incroyable de la part de spectateurs curieux de voir ce que les jeunes stars avaient bien pu tourner de sulfureux durant leur prime jeunesse. Là encore, une certaine déception fut de mise car ce film en noir et blanc improvisé à 80 % qui raconte les angoisses existencielles d'une bande d'adolescents ne recèle rien de dommageable pour Tobby et Leo, si bien qu'on se demande pourquoi les deux acteurs ont dépensé une telle énergie pour faire interdire le film aux Etats Unis.

A ma soeurAlors qu'il est en fête chez lui (avec des parts de marché deux fois plus importantes qu'à l'ordinaire), le cinéma français est également présent en force à Berlin. Trois films le représentent en effet en compétition : A ma soeur de Catherine Breillat, Félix et Lola de Patrice Leconte et Intimité de Patrice Chéreau. Toujours provocatrice et incandescente dans sa froideur clinique à aborder le désir, la réalisatrice de Romance signe avec ce nouvel opus racontant la rivalité entre deux soeurs un film moins cérébral que ses précédentes réalisations mais tout aussi fort.

Felix et LolaLe réalisateur de La Veuve de Saint Pierre et de Ridicule retrouve quant à lui l'univers plus intime qui lui a valu quelques uns de ses meilleurs films, de Tandem au Mari de la Coiffeuse. Se déroulant dans l'univers de la fête foraine comme La Fille sous le Pont se déroulait dans l'univers du cirque, Félix et Lola vaut surtout pour la prestation de ses deux acteurs : le toujours impeccable Philippe Torreton (Capitaine Conan) et l'extraordinaire Charlotte Gainsbourg qui pourrait briguer ici (pourquoi pas ?) un prix d'interprétation en récompense de sa belle performance. Déjà projeté à Sundance, le film de Patrice Chéreau est pour sa part programmé plus tard dans la semaine. On en reparlera en temps voulu.

ChloeEnfin, il serait injuste de terminer ce premier compte rendu sans parler d'un film bien intriguant : Chloe de Go Riju qui n'est autre que l'adaptation japonaise du célèbre et magnifique roman de Boris Vian L'Ecume des Jours. Troisième film d'une série de cinq films produits par l'audacieuse maison de production japonaise Suncent CinemaWorks, Chloe suit les très beaux Eurêka de Shinji Aoyama (qui joue d'ailleurs dans le film) et Hotaru de Naomi Kawase, tous deux prix FIPRESCI de la critique internationale respectivement à Cannes et à Locarno l'année dernière. Alors, ainsi que le dit le fameux proverbe, pourquoi pas un troisième à Berlin ? On peut y croire, même si les membres de la presse (nous vous rassurons, c'est un jury spécial qui vote et non tous les journalistes) ont déserté les fauteuils lors de la projection du film, jugé sans doute trop lent pour leur état de fatigue. Peut-être s'en mordront-ils les doigts dimanche ?

Yannis Polinacci et l'équipe de Filmfestivals.com à Berlin


Berlin 2000 | Berlin 99 | Berlin 98 | Berlin 97