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En
compétition à Berlin, Joint
Security Area est le plus gros succès en Corée
pour une production nationale. S'intéressant à la
fracture entre le Nord et le Sud, "JSA" démarre
comme un film d'action pour se terminer en comédie terriblement
humaine. Park Chan-wook et son acteur principal Song Kang-ho étaient
à Berlin pour la présentation avant de se rendre au
Festival Panasia de Deauville où le film allait décrocher
trois prix : Lotus d'Or du meilleur film, Prix du meilleur acteur
et prix du public. Comme quoi, il n'y a pas que les spectateurs
coréens qui sont séduits.
Quelle
est votre opinion sur la division entre la Corée du Nord
et la Corée du Sud?
Park
Chan-wook: Je pense qu'on sent bien dans le film toute l'ironie
de la division coréenne. Les personnes qui ont visité
la zone démilitarisée de Panmunjom où le film
se déroule saisiront sans doute toutes les nuances du titre,
Joint Security Area (Zone de Sécurité Conjointe).
Cette zone frontière est une zone où les soldat sud
et nord-coréens se font directement face, c'est l'endroit
où ils sont le plus près les uns des autres. Quand
on regarde cette zone du côté sud-coréen, ou
de l'extérieur, tout a l'air très paisible, mais derrière
cette paix apparente, il y a beaucoup de tensions. C'est comme une
scène de théâtre où s'expriment beaucoup
de conflits. Il y a une grande contradiction entre cette tension
interne et le sentiment d'impuissance et même de lassitude
qui accueille cette tension à l'extérieur. Je crois
que les coréens ressentent bien toute cette ambiguïté.
Toutes les personnes, civils, soldats ou politiques, qui visitent
la zone de Panmunjom se comportent parfois d'une manière
très étrange. Cette zone provoque des comportements
différents, parfois tragiques. La division est aussi une
ligne de l'imaginaire qu'on ne franchit pas sans séquelle.
Mais à part ça, on sait bien que tout va continuer
de manière paisible, donc toute l'ironie est là.
Pensez-vous
que la Corée du Sud est assez mature pour accueillir un tel
film?
Si
l'on observe le climat politique actuel de la Corée, on se
rend compte que le pays est assez mature pour un tel film (vu
par plus de 3 millions de personnes, JSA est le plus gros succès
du box office sud-coréen et a remporté pratiquement
tous les Césars locaux, ndlr). Cependant, au début
du tournage, nous nous demandions si nous pourrions même terminer
le film. On avait peur que les gens ne comprennent ni ne tolèrent
ce que nous essayions de faire. Mais soudain, pendant le tournage,
il y a eu cet immense mouvement de réconciliation entre les
deux Corées. Et maintenant, les gens disent même que
la fin du film est un peu vieux-jeu...
Ce
film est-il basé sur des faits réels?
Ce
film n'est pas basé sur une histoire vraie. Cependant, il
y a beaucoup de rumeurs qui donnent à penser que de telles
amitiés nord-sud ont réellement eu lieu et continuent
d'avoir lieu. En fait, je peux le confirmer. J'ai effectué
beaucoup de recherches qui abondent dans ce sens. J'ai eu beaucoup
d'entretiens avec des soldats qui, très probablement, ont
maintenu des relations amicales avec des soldats de l'autre bord.
Mais bien entendu, je ne peux vous communiquer de noms ni de détails
précis.
(Question
à l'acteur vedette Song Kang-ho) : Avez-vous vécu
des expériences en rapport avec votre rôle?
Song
Kang-ho: Quand j'ai fait mon service militaire, je me suis en fait
retrouvé affecté à la zone frontière.
Et on se sent si proches des soldats nord-coréens qu'on a
vraiment l'impression de les regarder les yeux dans les yeux. Beaucoup
de gens nous ont vraiment aidés quand il s'est agi de définir
adroitement nos personnages, en nous faisant part de leurs expériences.
Je pense en tout cas que toute personne peut vraiment s'identifier
à mon personnage et ressentir ce qu'il ressent dans cette
situation.
Pouvez-vous
commenter le rôle de l'humour dans votre film?
Park
Chan-wook: Si l'on parle d'humour, premièrement, je ne voulais
pas faire un film trop dur, alors je l'ai parsemé de petites
scène assez drôles. Dans la seconde partie du film
entre les 4 soldats, je voulais montrer que bien qu'il y ait des
différences entre ceux du nord et ceux du sud, ils peuvent
malgré tout apprécier le fait d'être ensemble
et partager des choses. C'est pour faire passer ces idées
que j'ai aussi introduit de l'humour. Par exemple, dans une scène,
un soldat du sud montre une photo d'une grande actrice à
un soldat du nord et lui dit: "C'est ma fiancée!"
Mais le soldat du nord ne comprend pas ce qu'il lui dit. C'est un
des symboles que j'ai utilisés pour faire passer les différences
qui existent entre les deux pays. Aussi, je montre ces soldats en
train de boire et de porter des toasts en écoutant une chanson
d'un chanteur décédé, et cette musique les
aide à partager des sentiments entre eux et aussi pour ce
chanteur. J'ai introduit cet élément pour montrer
ce qui peut, dans le même temps, différencier et réunir
les gens.
Propos
recueillis à Berlin par Robin
Gatto
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