Rencontre avec Jean-Jacques Annaud, réalisateur de Stalingrad, film d'ouverture

"Le regard d'un acteur est le plus beau des paysages."

JJ AnnaudJean-Jacques Annaud est sans doute l'un des cinéastes français le plus renommé internationalement. Dans sa carrière bilingue (français/anglais), il a remporté deux Césars et un Oscar, maîtrisant à la perfection de grosses productions internationales comme La Guerre du Feu, Le Nom de la Rose ou 7 ans au Tibet. Il revient avec l'une d'entre elles, Stalingrad, en ouverture du Festival de Berlin. Voici un florilège des propos qu'il a tenu en conférence de presse, à laquelle assistaient également ses acteurs Jude Law, Rachel Weisz et Bob Hoskins.

Sur les Influences

Le Cinéma soviétique m'a beaucoup influencé lorsque j'étais étudiant en cinéma. A l'IDHEC, j'avais comme professeur d'histoire du cinéma Georges Sadoul, un homme passionné par les épopées des années vingt. Mon modèle a longtemps été Eisenstein, mais j'amais aussi beaucoup Poudovkine. Avant de commencer ce film, j'ai montré un certain nombre de ces films à mon équipe. J'ai choisi La Ballade d'un Soldat (Grigori Chukrai, 1960), et Quand Passent les Cigognes. Et évidemment le film de Tarkovski L'Enfance d'Ivan (1962). Je dois reconnaître qu'Eisenstein a beaucoup influencé mon film. Pendant des années, il a été mon "maître", à tel point d'ailleurs que le premier travail que j'ai fait en sortant de l'IDHEC été supervisé par l'un de ses amis Léon Moussinac.

Sur le Tournage à Berlin

StalingradJ'ai réalisé très tôt que le seul moyen de tourner ce film était de construire un grand plateau. Cela a donc influencé les paramètres dès le début. J'avais besoin de beaucoup d'espace pas trop éloigné d'une grande ville où je pourrais trouver des gens d'expérience pour l'équipe. J'avais aussi besoin d'une rivière sauvage où je pourrais faire toutes ces explosions sans tuer trop de poissons !

Nous avons fini par trouver un endroit près de la frontière polonaise. Ajouté à cela, il y a à Berlin une communauté russe importante où nous pouvions trouver des acteurs. J'avais déjà tourner Le Nom de la Rose avec une équipe allemande, et comme ce fut une expérience fantastique, je me suis dit : "Pourquoi pas retravailler avec une équipe allemande ? Ce sont des gens très fiables."

Sur ses Passions

StalingradMa passion, c'est de faire des épopées intimes. J'aime le cinéma dans lequel les images remplissent l'écran... Je ne crois pas qu'il soit possible de faire un film sans centrer l'action sur le héros. Parmi les plans que je préfère tourner, il y a les gros plans où je ne cadre que les yeux de mon protagoniste. Parce que c'est le plus beau des paysages, c'est un paysage qui vous raconte une histoire, qui vous émeut. Je n'aurais jamais pu m'intéresser à un film qui n'aurait été que le compte rendu des faits de la bataille de Stalingrad.

Sur les Chansons

Nous avons utilisé des chansons russes traditionnelles que les membres de notre équipe russe nous suggérées. Deux de ces chansons étaient parmi les plus chantées par les soldats pendant la bataille de Stalingrad.

Sur le "Final cut"

Jude Law et JJ AnnaudJe suis responsable de chaque image et de chaque son de mon film. Maintenant, je sais qu'il y a cette idée en Europe de cinéastes européens toujours en lutte contre les démons de Los Angeles. Je n'ai jamais connu une telle expérience. Bien sûr, mais j'agis ainsi à chacun de mes films, j'ai fait quelques modifications lorsque le film était terminé. Mais je les ai décidées moi-même. Je dois admettre que mon expérience avec Hollywood a toujours été bizarre en fait, parce que cela s'est toujours passé très amicalement. Si le film a des défauts, c'est moi qui en suis responsable, et non pas les gens de Los Angeles.

Propos recueillis par Robin Gatto


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